Lecture / Ecriture
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Fictions de Jorge Luis Borges

Jorge Luis Borges
  Six problèmes pour Don Isidro Parodi
  Fictions
  L'Aleph

Jorge Luis Borges est un écrivain et poète argentin né en 1899 et décédé en 1986.

Fictions - Jorge Luis Borges

Exhortation
Note :

   Note : 5/5 (et dommage que l’on ne puisse pas lui mettre plus !)
   
   Je n'ai peur de rien, je ne crains rien, même pas peur, même pas mal, je m'attaque à plus fort que moi mais c'est pas grave, je peux vaincre, j'ai des muscles, je peux le faire, oui, c'est sûr, je peux... Enfin, ne c'est pas sûr, je devrais peut-être réfléchir avant de me lancer... Mais quelle chochotte cette fille ! Allez courage la poule mouillée, ce n'est pas le bout du monde ! Bah, un peu quand même, non ? Ecoute miss "je tremble devant mes auteurs préférés", dans la vie il faut savoir prendre des risques, alors tu serres les dents, tu te dégourdis les doigts et tu te dépêches de commencer cette note sinon je t'oblige à lire un chapitre supplémentaire de ton livre de biologie ! Effectivement, avec ce genre de menace...
   
   Bon, après ce passionnant compte-rendu de débat intérieur, je vais maintenant aborder le sujet qui était la cause de ces hésitations : Fictions de Jorge Luis Borges.
   
   Fictions fait partie de ces livres, somme de courts récits dans ce cas précis, que j'adore mais que j'ai un mal fou à commenter parce qu'ils sont si riches que je sais n'avoir qu'effleuré leur contenu. Dans le cas de Borges, cette impression est encore plus juste car ses récits sont des imbrications stupéfiantes d'allusions, de références, d'illusions. Après deux lectures de Fictions, je sens que je suis encore loin d'avoir saisi toute la richesse de l'écriture de Borges.
   
   Il est difficile et surtout peu pertinent de raconter les différents récits contenus dans Fictions, je vais donc juste évoquer ceux qui m'ont le plus plu mais il est nécessaire de garder à l'esprit que ces quelques mots ne rendent absolument pas compte du génie de Borges :
   
   - Tlön Uqbar Orbis Tertius : ce récit est celui de la découverte d'une encyclopédie complète d'une planète inconnue. Borges créé un monde fictif et ses différents courants de pensée.
   
   - Pierre Ménard, auteur du Quichotte : une réflexion sur la lecture et la manière dont la lecture interprète un roman à partir de l'histoire d'un homme qui a écrit à l'identique le Quichotte de Cervantes.
   
   - La bibliothèque de Babel : le monde est une bibliothèque infinie qui semble contenir tout ce qui peut être écrit. Une description à la fois fascinante et effrayante.
   
   Bon, cette note est au ras des pâquerettes, je n'ai pas vaincu, je suis allongée KO sur le ring. Pour résumer, ami lecteur, ne fais pas attention à la forme (ni au fond d'ailleurs) de cette note et ne retiens que ces quelques mots : Borges est à lire et relire absolument.
   
   (Et lançons une pétition pour que l'illustration de couverture de Fictions change!)
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critique par Cécile




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Jorge Luis Borges, aveugle mais pas trop.
Note :

   2 étoiles (même si j'ai adoré une des nouvelles, mais une c'est peu!)
   
   Borges aurait sans aucun doute aimé la rage que déploie sa veuve pour contrôler son oeuvre. Parce qu'une femme qui devient tigresse, seule contre tous, c'est exaltant, non?
   Monsieur Passouline trouve totalement absurde et scandaleux sa main mise et son choix financier pour rééditer les oeuvres complètes de feu son époux. Une polémique a fait rage sur son blog quant à savoir si Maria Kodema (Mme Borges) avait le droit moral, raison ou pas de stopper la réédition des oeuvres complètes de son époux aux éditions La Pléiade.
   
   Arguments lancés pour diaboliser cette veuve: 40 ans de moins que Borges - séductrice - manipulatrice - légataire universelle de l'oeuvre de Borges.
   Etonnant que tout ce petit monde ait à ce point pris Borges pour un crétin, affaibli et diminué...
   Je pense qu'il aurait hurlé à lire ces commentaires qui font de lui un vieillard lobotomisé, articulé par une jeune femme cynique et sans scrupule.
   On a la femme qu'on mérite... Voilà ce qu'aurait dû méditer la bande de loups hurlants qui rôdent autour de la République des livres.
   Pourquoi Borges n'a-t-il pas légué l'ensemble de son oeuvre à une fondation ou une bibliothèque (comme le fit Leibniz à la Bibliothèque Royale de Hanovre)? Peut-être parce que Borges avait confiance en Maria Kodema, partageait son point de vue sur la façon de gérer ce patrimoine littéraire? Peut-être que la tête pensante n'était pas celle que l'on suppose et qu'un vieillard même malade est plein de ressources... D'autant que Maria Kodema n'a pas fréquenté Borges durant les dix derniers jours de sa vie mais bien durant ses dix dernières années. Ce qui me semble amplement suffisant pour décider si elle ferait ou ne ferait pas une héritière borgésienne digne de ce nom.
   Et tout en n'étant pas fan de Borges, je lui reconnais cette lucidité de pouvoir et de savoir décider de qui saurait gérer son oeuvre après sa mort. Il se trouve qu'après dix années de réflexion, Monsieur Borges a décidé que ce serait Maria Kodema, que cela plaise ou non.
   Pauvre Borges, encensé comme écrivain génial puis ramené au rang d'amibe impotente presque dans la même phrase!
   Et il faut que ce soit des gens comme moi, n'aimant pas la conception structurelle et formelle de son écriture pour lui rendre la dignité de ses choix!
   
   Laissons donc tomber ces discussions vides de sens et surtout de bon sens car dans tout choix amoureux, la conclusion qui s'impose est souvent la plus laconique: "Non mais, de quoi j'me mêle ???"
   
   Jorge Luis Borges n'a écrit aucun roman.
   C'est un point à relever car la littérature sud-américaine se caractérise souvent par une production de "gros" romans, riches et colorés.
   "Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée que l'on peut très bien exposer oralement en quelques minutes."
   Et vlan! Voilà pour les oeuvres que beaucoup ont mis des années à construire... pardon, à délirer si j'entends bien J.L Borges.
   
   J. L Borges avait une antipathie pour le moins constante pour tout ce qui touchait à notre beau pays. Il n'a jamais aimé Paris à qui il a préféré la snob Genève et notre langue lui inspirait une certaine nausée: "La langue elle-même est à mon avis plutôt laide. Les choses ont tendance à paraître triviales quand elles sont dites en français".
   Eh oui n'en déplaise à certains, Borges était francophobe!
   C'est à cela que nous mesurons notre immense capacité à pardonner puisque Borges est tout de même devenu illustre dans ce pays qui lui déplaisant tant, par l'entremise d'un français (Roger Caillois) à qui il a tout de même reconnu devoir sa célébrité non seulement en France mais également chez lui, en Argentine!
   
   Borges n'a pas toujours été borgesien! En 1930, il écrit "Evaristo Carriego" et décrit avec force et chaleur la vie d'un poète de tangos des bas-fonds de Buenos Aires.
   Mais dès 1936, Borges entre dans sa Babel, décide de placer à un niveau supérieur l'art de raconter: raconter un non-récit! Le système littéraire borgésien est installé: inventer une planète fictive, commenter un livre qui n'existe pas, citer un écrivain imaginaire, réinventer la conception de l'univers, enlever le sens qu'ont les choses de la vie, leur ôter leur signification, entrer dans une cacophonie intellectuelle sans repères pré-établis.
   Cela n'est pas sans rappeler Kafka... précurseur du borgesisme?
   
   Si Borges tenait tellement à rendre la réalité extérieure impensable était-ce pour nous rappeler qu'elle transcende toujours les représentations que nous pouvons en faire?
   Si oui, alors l'allégorie platonicienne de la caverne est à mon sens moins... obscure.
   
   Cela dit parlons de la seule nouvelle que j'ai hautement appréciée dans le recueil intitulé "Fictions" et qui s'intitule: "Le miracle secret"
   Eh oui à force de vouloir m'emmener dans un labyrinthe d'absurdités absconses, je me suis perdue et n'ai retrouvé mon souffle qu'à la lecture de cette nouvelle qui était au préalable insérée dans un recueil intitulé "Artifices" ("Artifices" et "Le jardin aux sentiers qui bifurquent" ont été réunis sous un seul recueil: "Fictions").
   Malgré des pages que D. Fernandez qualifie de "tarabiscotage exsange", j'ai trouvé ma pépite!
   Et oui, "Fictions" fut ma roche dure et aride qui ne donne rien sauf ... "le miracle secret".
   
   Le fond: belle imagination, réelle trouvaille pour parler du temps qui passe. Car pour évoquer ce temps qui fuit, Borges va le figer pour mieux le décortiquer.
   Difficile de vous en parler sans rien vous dévoiler... Car je répète haut et fort qu'une nouvelle ne doit jamais être dévoilée; tout est dans la chute.
   
   Il n'empêche que ce traitement du temps et de l'espace (car il en est aussi question) est assez prodigieux. Dans un genre tout à fait différent mais avec une manipulation spacio-temporelle tout aussi époustouflante, je vous recommande plus que chaudement "L'étrange histoire de Benjamin Button" de Scott Fitzgerald.
   
   La forme: difficilement critiquable. L'écriture est impeccable. Précise sans être sèche. Les termes qui suggèrent une temporalité omniprésente abondent: horloge, infini, éternité, aube, délai, etc., etc. Peut-être trop parfois...
   
   Nous sommes donc à Prague, en 1939, le 19 mars. Les troupes nazies sont entrées quatre jours auparavant et pour la capitale tchécoslovaque six longues années d'occupation, d'oppression, d'assassinats et de souffrances commencent...
   Jaromir Hladik est arrêté sur dénonciation: il est juif. Il est aussi et surtout un auteur qui a traduit le sepher yezirah (un des textes centraux de la Kabbale). Il sera donc condamné à mort.
   
   Voilà... Je n'en dirai pas plus.
   
   Je trouve J.L Borges aveugle (ceci n'est pas un jeu de mots) quant à ses critiques défavorables sur la richesse imaginative du roman, sa luxuriance textuelle (élément qui provoque chez beaucoup un réel plaisir) néanmoins je le trouve cohérent. Il est en effet capable de déclencher le même plaisir dans une histoire d'une dizaine de pages et d'y imprégner le même enthousiasme, la même force du souvenir: cette courte histoire vaut sans nul doute un long roman.

critique par Cogito




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