Lecture / Ecriture
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Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini

Khaled Hosseini
  Les cerfs-volants de Kaboul
  Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

Khaled Hosseini est un écrivain américain d'origine afghane, né à Kaboul en 1965. Il vit en Californie.

Les cerfs-volants de Kaboul - Khaled Hosseini

Plus haut que les cerfs-volants
Note :

   Voici l’histoire d’Amir, ou plutôt voici l’histoire d’une amitié comme tant de contes nous l’ont déjà bien souvent décrite. L’amitié entre deux enfants, le maître et le serviteur…
   
   Nous sommes à Kaboul dans les années 70. Si pour Amir la vie est faite de réjouissances, il n’en va pas de même pour Hassan, son fidèle et dévoué serviteur. L’un est sunnite, l’autre est chiite, et il est des origines qui ne trompent pas….Certains sont fait pour servir et d’autres pour recevoir. Mais le lien qui unira ces deux garçons sera plus fort que toutes les règles, que l’histoire, et même si elle ne peut s’effacer, il est des âges où l’insouciance de deux gamins n’a que faire des différences d’ethnies, de religion.
   
   Ils iront ainsi, main dans la main, le long des chemins et ruelles, découvrir la vie, dans cette Kaboul encore rayonnante, où les couleurs des « bazars » se mêlent aux odeurs des quartiers. Ils verront ensemble au cinéma du coin, leur premier John Wayne, suppliant par la suite Baba, le père d’Amir, de les emmener en Iran, persuadés que la langue de cet acteur n’est autre que l’arabe…
   
   Mais une passion va les unir plus encore l’un à l’autre, le cerf-volant… Jeu d’adresse et de tactique, chaque année en hiver, les enfants des différents quartiers se rassembleront afin de se livrer des combats de cerfs-volants. Vieille tradition hivernale Afghane, les rues se remplissent dès le matin tôt, dans le but d’acclamer ces jeunes « guerriers » qui vont devoir s’affronter tout au long de cette journée qui s’annonce. Le but étant de couper les fils des autres concurrents, le gagnant, le dernier en vol, se verra ovationner comme un héros de guerre. Mais l’intensité de cette « guerre » se jouera au sol, lorsque les coureurs rentreront en lisse, et s’élanceront à la poursuite du cerf-volant éliminé qui ira au gré du vent, s’échouer quelque part en ville.
   
   Ce sera lors d’une de ces poursuites que changera le cours de leur existence commune…
   Mais bientôt, ce sera aussi Kaboul qui verra ses horizons paisibles disparaître, sa monarchie renversée par l’arrivée des Russes, et ensuite par la prise de pouvoir de ceux qui furent accueillis en héros libérateurs… les talibans…
   
   Khaled Hosseini nous entraîne ici, dans ce que fut Kaboul, avant les événements malheureux de ces dernières années qui ont vu se soumettre une population au règne de l’inflexibilité religieuse, de la haine, de l’intolérance et de la violence sans limites…L’histoire de ces deux personnages nous ramènera à des sentiments plus humains, comme pour nous rappeler que quelles que soit les différences sociales, et les ethnies auxquelles nous pouvons appartenir, il est des valeurs, comme la loyauté et la fidélité, que même le temps ne peut effacer…
   
   A lire et à relire…
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critique par Patch




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La possibilité du pardon malgré l’horreur
Note :

   Roman écrit en 2005, porté à l’écran début 2008 par Marc Forster.
   
   C’est un premier roman, avec toute une page de l’Histoire de l’Afghanistan, page relue à travers deux garçons frères de lait (et même demi-frères) l’un Pachtoun (Amir), l’autre Hazara (Hassan). Sans cette différence vitale (pour la société afghane) il n’y a pas de roman, toute la trame est là : malgré son plaisir à partager les jeux de son camarade-serviteur, Amir, le jeune maître finit par l’abandonner puis même par le trahir. Ils avaient pourtant en commun cette passion des cerfs volants pour lesquels les afghans organisaient des courses aussi réputées que nos coupes de football !
   
   En fait, l’intrigue s’articule sur les événements qui ont marqué ce pays entre les années 70 jusqu’en 2001 avec d’abord la domination soviétique puis l’arrivée des Talibans. Jusque là, les pachtouns qui faisaient partie de la bourgeoisie vivaient en bonne intelligence avec les chiites qui souvent étaient leurs domestiques ; tout cela dans un respect mutuel de la condition des uns et des autres. Quand les soviétiques arrivent, les gens qui avaient de l’argent fuient, les autres restent et subissent misère, violences, exactions.
   
   C’est ce que nous raconte Khaled Hosseini : Amir et son père (bourgeois éclairé mais néanmoins marqué par des coutumes ancestrales) fuient aux Etats Unis pendant qu’Hassan et son père restent à Kaboul. Cependant, Amir ne peut oublier qu’il a fait preuve de lâcheté envers Hassan, d’abord parce qu’il n’est pas intervenu quand Assef, un affreux, l’a violenté, ensuite quand il a provoqué son départ à la suite d’une accusation mensongère. L’histoire ne serait que noire s’il n’y avait ces courses de cerfs volants qui sont une belle tradition afghane et qui soudent indéfectiblement les deux enfants jusque dans l’âge adulte. C’est à travers ceux là qu’Amir parviendra à la rédemption.
   
   "Je me demandai si c’était ainsi que naissait le pardon, non en fanfare, à l’occasion d’une épiphanie, mais à partir du moment où la douleur rassemblait ses affaires et pliait discrètement bagage au milieu de la nuit."
   
    J’avais lu ce roman à sa sortie : à l’époque, j’accueillais de jeunes Afghans dans l’école où j’enseignais le français langue étrangère ; j’étais incapable d’en parler, tant ce qu’ils m’en avaient dit collait au roman. Hormis la partie romancée, je l’ai plus ressenti comme un plaidoyer pour l’amour d’un pays, même si l’auteur nous fait toucher du doigt cette difficulté à accepter ses faiblesses, ses lâchetés pour pouvoir se reconstruire…

critique par Jaqlin




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