Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Ados: Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre de Ruta Sepetys

Ruta Sepetys
  Ados: Le sel de nos larmes
  Ados: Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre

Ados: Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre - Ruta Sepetys

Roman de prise de conscience
Note :

   Thèmes : Déportation, Histoire, Peuple
   
   
   "Ce témoignage a été écrit pour laisser une trace ineffaçable et tenter l’impossible : parler dans un monde où nos voix ont été éteintes. (…) J’espère de tout cœur que les pages ici cachées feront jaillir de votre âme la source de compassion la plus profonde. J’espère aussi qu’elles vous inciteront à faire quelque chose, à en parler à quelqu’un. C’est le seul moyen de nous assurer que les hommes ne permettront pas au mal de se reproduire sous cette forme."
   

   Lettonie, Lituanie, Estonie et Finlande : les Etats Baltes. Quatre pays qui ont été annexés par le régime de Staline au début des années 40. On connaît bien l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. On ne sait que trop l'horreur et l'inhumanité qui se sont emparées de tout un peuple : les Juifs. Par contre on connaît moins une partie de l'Europe qui elle aussi a été touché par les assauts du nazisme qui est remonté jusqu'en Lituanie par l'entremise du régime stalinien. C'est ce que nous raconte Ruta Sepetys : la déportation d'une famille lituanienne et leur long voyage jusqu'en Sibérie, dans un camp de travail forcé. 1941 : Lina Vilkas, 15 ans est arrêtée avec sa mère et son jeune frère Jonas par le NKVD, police soviétique. Aux premiers questionnements viennent s'ajouter l'angoisse, l'incompréhension et la peur. Lina ne sait pas où est son papa. Issue d'une famille d'aristocrates, elle s'apprêtait à rentrer en école d'Arts. Son père, universitaire et intellectuel fait partie des indésirables.
   
    Staline a décidé de déporter tous les opposants au régime soviétique : lettrés, bibliothécaires, professeurs sont considérés comme des criminels et seront arrachés à leur pays sans espoir d'un possible retour. Les plus jeunes, les enfants, les adolescents retourneront dans leur pays bien des années plus tard. Lina raconte son histoire et celle de sa famille : de longues et difficiles années de déportation, dans des conditions inhumaines, entre puanteur, maladies, froid, fatigue extrême et désespoir. Le plus dur est de survivre, se battre et continuer à vivre même si on meurt de faim, de soif, de froid. Il faut lutter contre les agressions physiques, les attaques psychologiques des soldats qui traitent les prisonniers comme des animaux.
   
   On ne peut considérer ce roman comme une œuvre de fiction. Pour moi, je ne vois pas Lina, sa mère, son frère, Andrius comme des personnages. C'est un roman qui s'appuie sur des anecdotes réelles, ce qui place le lecteur dans un contexte de réalisme émotionnel, poignant et saisissant. On ne peut qu'être attaché à Lina, cette adolescente combative, courageuse, touchante et par l'amour inouï qui enracine cette famille, formant un seul et même espoir. Roman de prise de conscience inévitable, Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre est porté par une plume fluide, limpide, sobre et émouvante, sans jamais tomber dans l'excès de sentiments. Parce que certaines choses doivent être dites avec simplicité, Ruta Sepetys n'en épargne pas la sensibilité et l'intensité du propos. Comme tous les romans qui évoquent des sujets graves, malgré toute la violence et la cruauté des faits, il y a une note lumineuse, pleine d'espoir. C'est celle de Noël, où chacun se serre les coudes. C'est celle d'une sœur qui protège son frère, d'une mère exemplaire qui protège ses enfants coûte que coûte, en se sacrifiant. C'est celle d'un regard, d'une main réconfortante, d'un amour qui naît entre deux adolescents qui partagent un vécu et affrontent ensemble le pire. Solidarité, courage, petits bonheurs que l'on trouve dans un crayon et un papier, joie et rires car être déporté c'est aussi continuer à se battre pour vivre, grâce à ce qu'ils n'ont pas pu leur prendre : leur volonté.
   
   Il est des lectures qui sont essentielles, difficiles mais inévitablement nécessaires. Des lectures qui transmettent une histoire et font un devoir de mémoire. Il est des romans qui même si l'on en ressort sonné, en larmes, le cœur serré et révolté, sont tout simplement magnifiques et bouleversants. "Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre" en est l'exemple poignant, un classique de la jeunesse à transmettre aux futures générations, aux côtés du Journal d'Anne Frank et du Garçon au pyjama rayé.

critique par Laël




* * *