Lecture / Ecriture
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Bétibou de Claudia Pineiro

Claudia Pineiro
  Les veuves du jeudi
  Bétibou

Claudia Piñeiro est une romancière, dramaturge et auteur de scénarios pour la télévision, née près de Buenos Aires en 1960.

Bétibou - Claudia Pineiro

Une romancière dans l'enquête
Note :

   Comme dans "Les veuves du jeudi", l'action se déroule en grande partie au country club La Maravillosa, proche de Buenos Aires. Mais à la différence du roman précité, nous avons affaire ici à un récit chronologique très classique.
   
   Les personnages principaux appartiennent au monde du journalisme. Le quotidien El Tribuno, dirigé par Lorenzo Rinaldi s'intéresse aux faits divers, et dans le cas précis au meurtre d'un habitant de La Maravillosa, un certain Pedro Chazarreta, veuf depuis trois ans, et soupçonné d'avoir assassiné sa femme, Gloria Echagüe. Jaime Brena est proche de la retraite et son poste a déjà été pourvu par "le gamin des faits divers" — on ne connaîtra pas son nom — et ils vont constituer un duo d'enquêteurs, renforcé par la romancière Nurit Iscar, alias Bétibou, jadis maîtresse de Rinaldi qui lui demande de travailler de nouveau pour son journal en rédigeant une chronique depuis l'intérieur du country club où elle s'installera avec des copines.
   
   La où la police, toujours représentée par le commissaire Venturini, ne veut voir que des suicides ou des accidents dans la disparition de Chazaretta et de ses amis, la bande d'El Tribuno échafaude une théorie bien plus complexe après avoir inspecté minutieusement la scène de crime. Une photographie enlevée d'un cadre, le témoignage d'une femme de ménage sur cette photographie, ainsi que des rencontres — dont on ne dira rien ici — permettent à l'équipe de presse de reconstituer toute cette sombre affaire.
   
   Le roman, rédigé de manière remarquablement précise, est enrichi par les discussions entre le gamin des faits divers et Jaime Brena. Ils s'opposent au début par leur manière de travailler : Internet et les réseaux sociaux pour l'un, le terrain pour l'autre. Leur complémentarité va payer. Le roman en constitue d'ailleurs une sorte d'illustration pédagogique.
   
   Plus encore que dans "Les veuves du jeudi", l'auteure multiplie les remarques critiques contre les excès sécuritaires ridicules des gardiens du country club, d'ailleurs incapables d'empêcher trois des assassinats successifs dans leur zone de compétence.
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critique par Mapero




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Betty Boop au pays des gauchos
Note :

   Argentina. Argentina. Il me semble lire beaucoup d’auteurs argentins ces derniers temps ? C’est moi, ou ? Toujours est-il que ce "Bétibou", de Claudia Pineiro est hautement recommandable. Un polar dans le genre "social". Un polar qui fait voyager et permet de s’immerger – un peu – dans une société mal connue, au moins ici, en Europe.
   
   Bon, Argentina mais pas n’importe laquelle. Argentina mais Buenos Aires. Et Buenos Aires pas n’importe où ! On parle là du country-club "La Maravillosa", genre de zone résidentielle pour riches, ultra protégée et isolée du reste de la ville.
   
   N’empêche. C’est dans ce country-club que vient d’être commis un meurtre troublant, l’égorgement de Pedro Chazarreta, un pas drôle soupçonné d’avoir lui-même mis fin aux jours de sa femme de la même manière (quel manque d’originalité !) trois ans auparavant dans la même maison, la sienne propre.
   
   Jaime Brena, titulaire à l’époque de la rubrique "Faits divers" au journal El Tribuno, fut amené à traiter de cette affaire. Cette fois-ci, tombé en disgrâce auprès du tyranneau local, Lorenzo Rinaldi, Directeur du El Tribuno, il est placardisé au rayon "Etudes sociologiques à la c…". Il regarde, vaincu, son tout jeune remplaçant inexpérimenté ne pas trop savoir quoi faire ni comment se comporter. Il faut dire que ce "gamin", comme il le nomme, ne jure que par internet et manque singulièrement d’appétences pour le contact direct et l’enquête sur le terrain.
   
   Jaime Brena va insensiblement se rapprocher de lui, le briefer et ils vont finir par former une équipe qui enquêtera à rebours de l’enquête officielle, mal engagée.
   
   Mais nos deux journalistes ne vont pas rester un duo puisque Nurit Iscar, ex-maîtresse de Lorenzo Rinaldi, le Directeur, romancière brisée par le même Rinaldi va finalement collaborer avec les deux journalistes. Cause commune de cabossés de la vie et d’un jeunot sans expérience…
   
   Et nous voilà à découvrir le monde des "country-club" à la Buenos Aires, un peu d’Argentine (mais pas trop) et à bien patauger dans une histoire humaine bien gérée par Claudia Pineiro.
   Je me suis personnellement facilement immergé dans ce petit monde créé par Claudia Pineiro et ai pris bien du plaisir à découvrir Bétibou.
   
   "Comment quelqu'un peut-il dire "Vous me permettez le coffre ?", en omettant le verbe ? De quel verbe s'agit-il, d'abord ? Voir, ouvrir, regarder ? Et l'autre, comment se fait-il qu'il comprenne et qu'il obtempère ? Il n'existe pas de verbes tacites. "Vous me permettez le coffre", cela pourrait vouloir dire "Vous me permettez d'emporter le coffre", "de vous sortir le coffre", "de vous brûler le coffre", "de vous pisser dans le coffre". Qui a donc volé ces verbes au gardien, au chauffeur, à ceux qui se sont retrouvés sans verbes et qui ne le savent même pas ? Pourquoi ce vol n'intéresse-t-il personne ? N'est-ce donc pas un délit, de voler des mots ? Dans ce cas, ne vole-t-on que le mot, ou vole-t-on aussi ce qu'il désigne ?"

critique par Tistou




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