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Biographies non autorisées de Jacques A. Bertrand

Jacques A. Bertrand
  Comment j'ai mangé mon estomac
  Biographies non autorisées

Biographies non autorisées - Jacques A. Bertrand

Chroniques pour parler de soi et des autres
Note :

    Rentrée littéraire 2016
   
   "La chronique est un art singulier. Pour ces "biographies", Jacques A. Bertrand s'est autorisé de sa seule fantaisie, poétique et drôle. Celles de Dieu ou de Lucifer, pour lesquels il éprouve une égale sympathie, celle de lui-même dont il doute de l'existence. Celles de la Vague, du Clown, de la Larme ou du Cheval exceptionnel. Sans oublier la Première Épouse, le Temps, la Joie, le Destin... Ni la Fumée, dont les fumeurs de cigarillos, mais aussi les grands prêtres, les politiques, M. et Mme Tout-le-monde, se servent volontiers comme d'un écran. Car tout a une histoire – qui se passe d'"autorisation"." (éditeur)
   

   Comme je n'aurais pas mieux dit, eh bien je reproduis, enfin, c'est surtout parce que ce n'est pas facile de faire un résumé d'un livre de chroniques... J'aime les livres de Jacques A. Bertrand depuis que je l'ai découvert il y a vingt ans avec son très beau "Le pas du loup" qui racontait les moments suivant le décès de sa maman et j'avais apprécié la délicatesse de l'auteur. Depuis, je l'ai relu plus ou moins fréquemment, pas toujours chroniqué soit parce que le blog n'était pas ouvert, soit parce qu'au début, je ne parlais pas forcément de tous les livres que je lisais.
   
   "Biographies non autorisées" est évidemment un moyen détourné de parler des autres et de lui-même, de son rapport à la vie, à l'amour, à la mort et à l'humour qui sauve -presque- de tout, de prendre soi-même ou la vie trop au sérieux, et qui par une pirouette permet de se sortir de toutes les situations : "Le clown est un gentleman. Roger Nimier affirmait un jour à Antoine Blondin que, dans certaines circonstances, l'homme élégant se devait de porter un nez rouge. Rien n'est plus vrai. Nous en avons toujours un dans notre poche. Chacun de nous a sa douleur secrète. Le port du nez rouge est fortement conseillé. Avec une larme d'élégance." (p.120)
   

   Chez Jacques A. Bertrand tout est élégance et légèreté qui cachent la gravité et la profondeur ; ce "nous" par lequel il se désigne pourrait être de la prétention, mais il est de la discrétion, une manière de rester incognito. Dans sa Biographie non autorisée de moi-même, il finit ainsi un paragraphe dans lequel il reconnaît ne pas aimer se mêler aux foules -et que je pourrais rependre à mon compte si je m'en souviens suffisamment longtemps : "Il n'est pas impossible que je sois un peu snob. Je ne suis personne, soit, mais je ne voudrais pas qu'on me prenne pour un autre." (p.85)
   

   Une écriture malicieuse et joyeuse qui sait se faire mélancolique lorsqu'elle évoque justement la mélancolie, poétique ou onirique lorsqu'elle s'attarde sur l'araignée, Athéna ou la première vague, plus sérieuse lorsqu'elle parle des fondamentalistes dans une Biographie non autorisée de l'Homo Fundamentalis qui résonne fortement depuis les derniers attentats : "L'intégrisme n'est pas l'intégrité." (p.124), un auteur malin et érudit sans être pédant, des chapitres bourrés de références, enfin, bref, une lecture réjouissante.
   
   L'art de la chronique n'est pas aisé, Jacques A. Bertrand le maîtrise parfaitement en y instillant beaucoup de lui, ce qui les rend particulièrement belles, joyeuses, enlevées, ... A déguster sans modération.
    ↓

critique par Yv




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Beaucoup de n’importe quoi,
Note :

   Jacques-André Bertrand est un écrivain français né en 1946. Après avoir passé son baccalauréat (philosophie) il entre à l'École supérieure de journalisme de Lille et devient ensuite journaliste professionnel pendant une douzaine d'années, avant d'écrire et de publier des livres. En 2015, il reçoit le Prix Alexandre-Vialatte pour "Brève Histoire des choses" et l'ensemble de son œuvre.
   
   Un petit bouquin difficile à cerner avec précision puisqu’il ne s’agit pas de biographies à proprement parler, ni d’un essai, ni de nouvelles et encore moins d’un roman, pourtant il y a un peu de tout cela là-dedans, nous dirons donc que ce sont des chroniques. Dix-neuf exactement, pourquoi pas vingt pour faire un compte rond ? Nous ne savons pas, mais qu’importe, ça colle avec l’esprit alambiqué de l’auteur.
   
   Un bouquin qui s’explique par ce qu’il n’est pas : Ce ne sont pas des biographies dans le sens où on l’entend d’ordinaire, la preuve avec celle de la "mélancolie", de la "cellule", du "destin"… pour n’en citer que trois ; ce n’est pas un essai car nous n’y trouverons pas la rigueur ou le développement intellectuel que cela nécessiterait ; ce ne sont ni nouvelles, ni roman, non plus. Pourtant on y trouve des versions personnelles sur la vie et la mort de Dieu, ou de Lucifer. Ici et là émergent des réflexions philosophiques – modestes – ou des dénonciations (les gens nuisibles, les intégristes…) et en creux un portrait de l’auteur.
   
   Ce qui est certain et avéré par contre, c’est que le lecteur retrouvera ici ce qui caractérise l’œuvre de Jacques A. Bertrand, un sens aigu de l’observation du genre humain, un don certain pour l’écriture et un sens de l’humour dont il ne se départit jamais.
   
   Pour autant, ce talent paraît ici un peu gâché par beaucoup de n’importe quoi, porté certes par une plume alerte, une pensée souriante, cultivée et galopante de l’écrivain mais qui ne nous donne en fin de compte qu’un gentil petit ouvrage, très plaisant à lire mais franchement dispensable aussi. Les dix-neuf chapitres vivant indépendamment les uns des autres, faites un essai en picorant au hasard en librairie, l’un ou l’autre, avant de vous engager… si affinités.
   
    "Cependant il faut bien reconnaître qu’il se fabrique beaucoup trop d’enfants. Si au moins la Terre était plate, ainsi que le pensèrent nos ancêtres, et si l’Anglais Newton n’avait pas inventé la gravitation, le surplus, poussé vers les bords, basculerait dans le vide… La vision d’individus tentant de s’accrocher à quelques arbustes au bord de l’abîme aurait pu inspirer à Hieronymus Bosch un de ses meilleurs tableaux."

critique par Le Bouquineur




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