Lecture / Ecriture
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Une comédie des erreurs de Nell Zink

Nell Zink
  Une comédie des erreurs

Une comédie des erreurs - Nell Zink

Born in the U.S.A.
Note :

    Rentrée littéraire 2016
   
   Milieu années 60, dans une université fief du lesbianisme Peggy, 18 ans, découvre l’hétérosexualité avec son prof de poésie, lui-même plutôt homosexuel au demeurant. Epoque de mauvais contrôle des naissances, les choses s'enchainent un peu trop vite et survient le premier bébé, entrainant un mariage "à l'arraché", vraiment désiré par personne. Mais le couple surnage cahin-caha malgré les frasques tapageuses de Monsieur (Lee) et avec l'aide de sa fortune familiale. (Concernant Lee, je pensais à une sorte de Bowie qui ne serait pas devenu une star et ne serait pas non plus chanteur mais poète et prof à succès.) Une second enfant nait même, une petite fille (Mireille).alors que le premier était un garçon (Birdie). Mais le couple ne trouve pas d'équilibre, Lee multiplie les infidélités en tous genres et Peggy commence à se rebiffer. Si bien que Lee menace de la faire interner... Strictement abusif mais possible. Peggy décide de partir. Elle emmène Mireille, demande à Birdie avec qui il veut aller, il choisit son père, il reste donc là tandis qu'elle s'en va. Lee laisse faire, pensant qu'il n'aura pas de mal à mieux régler les choses avec l'aide de ses avocats, au cours du divorce. Mais les choses ne vont pas se passer ainsi. Peggy se méfie trop et elle décide, dès cet instant, de se rendre introuvable. Dans ce but, elle prendra l'identité d'une femme noire et donnera à Mireille celle de la fille de cette femme, qui est décédée et n'avait que quelques mois de plus. Elle s'installe dans le sud où le racisme perdure tellement que personne n'hésite à cataloguer comme "Noire", ces femmes blondes et ne présentant pas de signes négroïdes, du fait même que c'est ainsi que les présente l'état civil. Lee, malgré ses moyens, ne les retrouvera jamais.
   
   A partir de ce moment, le lecteur suit alternativement Lee et Birdy ou Peg et Mireille (sous leurs nouveaux noms). Ces dernières sont très pauvres et vivent d'une façon on ne peut plus précaire : squat, trafic etc. mais cela n'étonne pas de la part d'une femme noire seule. La misère est totale mais Peg ne se laisse pas abattre et Mireille qui n'a pas connu autre chose, grandit sans regrets. Birdie de son coté connait l’opulence mais aussi une existence hors normes en raison du mode de vie de son père. Je vous laisse découvrir les évolutions bien différentes des deux duos.
   
   Les deux parcours suivis font visiter au lecteur le monde de ce qu'est devenue la ségrégation raciale depuis qu'elle est illégale aux USA et l'autre monde hors chemins battus qu'est celui de l'homosexualité. Tout ou presque semble possible dans les deux et les écarts de fortunes également nous présentent deux mondes. Les deux connaissent leur lot d'hypocrisies et de secrets, les deux luttent pour sauver les apparences et avancer ses pions. Peg fait preuve d'une énorme détermination et d'un courage remarquable si bien qu'à la fin j'ai été un peu surprise de la voir endosser les torts. Elle en a, c'est certain et des gros, mais Lee aussi, même si la loi et l'argent (c'est un hasard?) sont de son côté. Les enfants grandissent et développent leurs propres personnalités. Karen méconnait totalement l'envergure de sa mère, tandis que Lee, personnage fantasque et solaire, est désabusé quant à Birdie qui développe d'autres dons, plus terre à terre. Ces deux cas de relations parents-enfants sont bien explorés et intéressants car fréquents et représentatifs des problèmes de génération dans notre monde.
   
   Le roman illustre également le milieu estudiantin actuel entièrement dépendant de la fortune familiale et les mascarades de la justice s'offrant même le luxe de se contenter de les raconter sans prendre la peine de les souligner, présentant ainsi qu'elles sont habituelles et n'étonnent personne. A noter cependant que j'ai trouvé les arcanes du procès un peu trop tarabiscotées, et leur récit trop détaillé. Je ne demandais pas à en savoir autant. Mais on sait le goût des Américains pour les histoires de tribunal...
   
   Certains reprochent à ce roman son peu de vraisemblance et ils n'ont pas complètement tort mais qu'importe, du moment que les sentiments eux, sont vraisemblables. Moi, ça ne me gène pas. (Si on ne devait apprécier que les romans réalistes...)
   
   Le titre évoque sans doute les erreurs qu'ils ont tous faites (n'en est-il pas de même de nous?) au regard du bilan de leurs vies. Le titre original 'Mislaid" (égaré) est encore plus sibyllin...
   
   Bref, une grosse tranche d'USA d'aujourd'hui avec des morceaux de peinture sociale dedans et une bonne sauce d'intrigue originale et captivante : un bon roman.
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critique par Sibylline




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Un moment de jubilation
Note :

   "(C'était une pratique admise que de laisser son mari camper en été près d'une source de vin doux et de steaks périmés, à condition d'aller le chercher avant l'hiver.)"
   

    Virginie, milieu des années 60 . Peggy, jeune étudiante, s'amourache de son professeur de poésie. Classique me direz-vous .Sauf que tous deux sont homosexuels. Dix ans et deux enfants plus tard, Peggy plaque son mari et son fils, s'enfuit avec sa fille. Pour échapper à d'éventuelles recherches, par un tour de passe-passe administratif, Peggy et Mireille endossent l'identité de noires, ce qui est possible à l'époque pour peu qu'on ait une goutte de sang noir. La petite fille, blonde, ne remet pas en question son identité, pas plus que la société dans laquelle évoluent les deux femmes, car le racisme est encore latent.
   
   Évidemment, les chemins des membres de cette famille atypique finiront bien par se croiser à nouveau...
   
   Roman de l’ambivalence et de l'identité, raciale et sexuelle, "Une comédie des erreurs" est un texte en roue libre où l'autrice se lâche avec un bonheur évident. Humour vachard, écriture brillante, font de ce roman un pur moment de jubilation ! à découvrir sans plus tarder !

critique par Cathulu




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