Lecture / Ecriture
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Aux petits mots les grands remèdes de Michaël Uras

Michaël Uras
  Chercher Proust
  Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse
  Aux petits mots les grands remèdes

Michaël Uras est un écrivain français né en 1977 au Creusot.

Aux petits mots les grands remèdes - Michaël Uras

Un roman optimiste
Note :

    Rentrée littéraire 2016
   
   Alexandre est bibliothérapeute. Formé au Canada, sa mission est de soigner ses patients en choisissant les livres qui leur conviennent, ceux qui les feront relativiser leur mal-être, leur redonneront goût à la vie et ceux qui leur apporteront les éléments de réponse aux questions qu'ils ne se posent peut-être pas encore mais ça ne saurait tarder. Entre un jeune homme cynique, victime d'un accident de la route, défiguré et muet, un vendeur de montres de luxe à deux doigts du burn-out et un footballeur professionnel, Alex ne chôme pas. En plus il faut rajouter à ses journées, ses relations tendues avec sa mère, les difficiles rencontres avec sa propriétaire qui ne le supporte plus surtout depuis que Mélanie son amie l'a quitté. Alex d'ailleurs aimerait beaucoup qu'elle revienne...
   
   Je qualifie volontiers le roman de Michël Uras de la même manière que je qualifie son héros Alex : fin, délicat, léger et drôle, vif, délicieux et bien que décalé dans son époque, totalement en phase avec elle, les réponses qu'ils apportent étant celles espérées. Alex est sympathique et on se plait très vite en sa compagnie. C'est un jeune homme qui paraît effacé, timide et peu sûr de lui. Néanmoins, professionnellement, il est de bon conseil, tape juste dans ses ordonnances livresques : quasiment que des ouvrages que je n'ai pas lus et qu'il m'a donné envie de lire. Même si Michaël Uras parle beaucoup de livre et de littérature, son roman n'est pas un catalogue, il détaille chaque ouvrage conseillé mais reste sobre, il ne fait pas de critiques argumentées, ce qui aurait pu faire fuir ses lecteurs. Il met en relation les titres proposés avec les vies de personnages qu'il crée, ce qui est bien plus fin pour un roman qui parle de bibliothérapie.
   
   Michaël Uras écrit là un roman optimiste, et l'on suit les aventures d'Alex à travers ses yeux et son esprit. Comme lui on passe parfois du coq à l'âne, ou plutôt de son occupation à un moment précis à une dérive de sa pensée vers Mélanie puisqu'elle occupe en grande partie son esprit et revient sans cesse, dès qu'un détail la lui rappelle : "Je l'installai (Robert Chapman, un de ses patients) dans le merveilleux fauteuil Ikea que Mélanie m'avait laissé. Elle y tenait beaucoup, pourtant. Peut-être reviendrait-elle le chercher un jour. Peut-être reviendrait-elle me chercher un jour. En attendant, elle n'avait toujours pas répondu à mon message. Je commençai par demander à Chapman de me raconter une journée type de sa semaine" (p.100).
   

   Toujours bien écrit -la touche Uras-, ce roman se lit avec grand plaisir et délectation. On y trouve quelques saillies drôles et féroces (réalistes) : "Yann avait lu l'interview que j'avais donnée pour un blog confidentiel dirigé par une fille bizarre qui rêvait d'être reconnue. Profil type du blogueur. Elle enchaînait les interviews de personnes aussi célèbres que moi pour arriver à ses fins. Autant dire qu'il lui faudrait à peu près un siècle pour y parvenir. Le temps d'interroger une personne qui réussirait, se souviendrait de sa première interview et la ferait introniser "blogueuse influente"." (p.137).
   

   Un truc que j'aime bien : au détour d'un chapitre, en plein commissariat, comme un clin d'œil, on croise un monsieur Bartel (Jacques ?), comme le héros de Chercher Proust, le premier roman de l'auteur, totalement obsédé par le grand romancier au point de le voir partout.
   
   Un roman de cette rentrée littéraire à sortir du lot, qui donne envie de s'atteler à la lecture de classiques, qui parle de littérature de manière décontractée et qui se moque un brin des culs-pincés-snobs qui ne peuvent en parler qu'avec des accents élitistes. Et là, je rejoins Michaël Uras : la littérature fut-elle celle des plus grands noms doit être une source de plaisir et de partage.
    ↓

critique par Yv




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Pour un agréable moment
Note :

   "Je ne souhaite posséder que des livres. Il me faudrait un bout de terre où je pourrais les disposer tout autour de moi. Des centaines de livres. Des milliers de livres à gauche, à droite, devant, derrière, au-dessus, en-dessous. Et moi au centre. Ce serait une belle maison. Sans câbles. Sans interrupteurs. Sans faïence. Une maison faite de mots".
   

   Alex est un vrai passionné des livres. Il en a d'ailleurs fait son métier en suivant une formation de bibliothérapeute au Canada. Il est persuadé que les livres peuvent soigner, pourtant dans sa propre vie, ils ont fait fuir sa compagne Mélanie, lassée de cet envahissement littéraire permanent.
   
   Se retrouvant tout seul et plutôt désargenté, Alex a grand besoin de ses trois clients du moment. Yann, un adolescent défiguré par un accident de voiture, reclus chez sa mère qui le surprotège. Anthony Polstra, un as du football, adulé par les supporters mais profondément insatisfait. Et enfin, Robert Chapman, un obsédé du travail, soucieux de retrouver une vie plus normale où il prendrait son temps.
   
   J'ai retrouvé avec plaisir l'humour léger de l'auteur, son regard ironique sur pas mal de nos travers et lorsque l'on aime les livres, on ne peut que vibrer à un certain nombre de passages. C'est le genre de roman où il faut avoir un carnet et un crayon à portée de main pour noter d'autres titres. J'ai suivi Alex avec curiosité, me demandant qu'elles seraient ses suggestions de lecture à ses clients, bien que je sois sceptique sur ce genre de thérapie. Je crois que les livres aident, sans aucun doute, mais je pense aussi que la lectrice est la mieux placée pour aller d'instinct vers ce qu'il lui faut, à un moment précis.
   
   Le petit bémol que je mettrais à ma lecture, c'est qu'Alex se cache un peu trop derrière l'humour et la légèreté. Finalement il ne se dévoile jamais complètement, même si en filigrane on devine sa peine d'avoir perdu Mélanie et son désir de la reconquérir.
   
   Le personnage qui m'a le plus touchée est sans conteste Yann, enfermé dans l'appartement de sa mère et étouffé sous sa maladroite sollicitude. Les figures de mère ne sont pas gâtées d'ailleurs dans l'histoire, celle d'Alex est redoutable.
   
   En résumé, un roman plaisant qui fait passer un bon moment, sur un thème qui nous concerne de près.

critique par Aifelle




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