Lecture / Ecriture
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Le magasin des suicides de Jean Teulé

Jean Teulé
  Le magasin des suicides
  Darling
  Je, François Villon
  Le Montespan
  Mangez-le si vous voulez
  Charly 9
  Fleur de tonnerre
  T comme: Je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps
  Entrez dans la danse
  Comme une respiration

Jean Teulé est un romancier français né en 1953, en Normandie. Il fut d'abord dessinateur de bandes dessinées, avant de travailler à la télévision pendant plusieurs années, puis se consacrer à l'écriture de romans.

Le magasin des suicides - Jean Teulé

« Avec nous, vous réussirez votre mort »
Note :

   Dans un futur indéfinissable, sous des pluies acides, peuplé de catastrophes en tout genre, le moral de la population n’est évidemment pas sous les meilleurs auspices et nombreux sont ceux qui n’ont d’autres alternatives que d’en finir avec la vie au plus vite. Alors, dans ce climat de profonde morosité et pour qui voudrait vraiment faire des affaires, quelle meilleure idée que gérer un magasin des suicides ! Ainsi, depuis plusieurs générations déjà, la famille Tuvache tient une échoppe très prospère en plein cœur de la cité des Religions Oubliées. Tout y est, depuis la simple corde jusqu’au poison raffiné, en passant par les armes les plus sordides.
   
   Mishima et Lucrèce, les parents, entretiennent à merveille ce commerce sinistre entourés de leurs trois enfants.
   Vincent, l’aîné, est un anorexique migraineux et Marylin, sa sœur, souffre de tant d’insoutenables complexes qu’à eux deux ils encouragent largement les affaires familiales. Mais tout ceci est sans compter le petit dernier, Alan, qui incarne le mouton noir de la famille. Il est, hélas, pourvu d’un indéfectible optimiste et d’une joie de vivre ostentatoire qui met bien souvent en péril l’entreprise de ses parents. Il est le grain de sable qui va enrayer la machine.
   
   Le sujet, il faut bien le reconnaître, est d’une originalité absolument séduisante d’autant que le ton est à la légèreté et à l’humour. Mais voilà, l’auteur a concocté là un cocktail euphorisant dans lequel il a sans doute oublié quelques ingrédients car après les premiers effets tout à fait prometteurs, l’ensemble perd assez vite de sa consistance et glisse petit à petit dans une sorte de mièvrerie.
   
   Autant les deux premiers tiers du livre sont éblouissants de trouvailles, autant le dernier s’épuise et donne l’impression que « bon, c’est bien gentil mais il va falloir conclure… ». Dommage !
   ↓

critique par Véro




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Finalement, la vie est belle!
Note :

   Bienvenue au Magasin des suicides : «Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort !»
   Tel est le slogan de ce magasin, qui, vous l’aurez compris, vend tous les articles possibles et imaginables pour réussir son suicide : poisons, cordes, pistolets jetables, bonbons empoisonnés ( pour les clients les plus jeunes) et mêmes de nouveaux produits issus de leur imagination… Cette famille hors du commun est composée du père, Mishima, de la mère Lucrèce, de Vincent, névropathe souffrant d’effroyables maux de têtes, de Marilyn, dépressive incurable et d’Alan… la joie personnifiée !
   
   Tout se déroulait sans souci, chaque client jusqu’ici était satisfait du produit qu’il avait acheté (puisqu’il ne revenait pas), tout le monde dans la famille avait son propre désarroi, mais Alan créait vraiment beaucoup de problèmes… tout d’abord à l’école, d’où il ne ramène que des dessins pleins de couleurs, de soleil, d’arc-en-ciel… puis en grandissant, il parvient même à perturber les ventes au magasin en insufflant sa bonne humeur aux clients…
   
   Pour éviter tous soucis, Mishima décide d’envoyer Alan dans les commandos suicidaires… C’est à ce moment là que des changements vont s’effectuer dans les esprits des membres de la famille… malgré eux, la joie et le sourie d’Alan leur manque… et son retour inattendu créera un véritable électrochoc…
   
   Avant de commencer cette lecture, mettez-vous dans l’état d’esprit que vous allez lire une farce, quelque chose de totalement irréel, de complètement déjanté aussi… ces personnages ne peuvent être que pure fiction, tenez-vous le pour dit… C’est une lecture facile et j’avoue je m’attendais à la chute, mais c’est un bon moment, récréatif, pas à marquer dans les annales, mais intéressant et original…
   ↓

critique par Mme Patch




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Peut-on rire de tout?
Note :

   La simple lecture du titre de ce court roman vous donne froid dans le dos?
   Comme je vous comprends!
   Et la 4ème de couverture n'arrangeait en rien mon angoisse à l'idée d'ouvrir ce livre qui représentait pour moi, non seulement la mort (peur universelle pour notre société), mais surtout, l'incompréhension pour ce choix, pour ceux qui restent.
   Je ne suis pas là pour juger le suicide, et ce n'est pas le propos de ce livre qui est, rappelons-le, une oeuvre de fiction, mais ayant été confrontée à ce choix de départ de proches, l'appréhension n'était guère loin...
   
   Grâce à la plume de Jean Teulé, à son imaginaire, vous oubliez la tristesse qui touche l'entourage (à une exception mais qui passe dans votre lecture), et vous vous trouvez entraîné dans une sarabande, dans une folie qui à cette heure me fait penser à Saint-Saens et au Carnaval des animaux: Fossilles; pied de nez incontournable et sourires assurés.
   Bref, je me suis laissée embarquer dans cette histoire dès le premier chapitre et n'ai pu m'empêcher de sourire à l'évocation de cette drôle de famille au service des suicidés, dont l'héritage commercial semble se transmettre via les gênes, à une exception prêt. Et oui, il faut bien un vilain petit canard dans une famille !
   
   C'est là la place d'Alan, l'heureux enfant de la famille par qui tout va arriver. Mais quoi? C'était bien la question que je me posais. Par quelle pirouette l'auteur allait-il nous modifier le cours de l'histoire (car il semblait évident que tel était son but!)?
   
   Autant j'étais ravie par les 100 premières pages et devant ce livre qui filait je me disais que Jean Teulé aurait pu faire plus long pour mon plus grand plaisir, autant j'ai finalement trouvé quasi poussifs ces derniers chapitres, et l'opposition extrême imaginé par l'auteur. Par contre la dernière phrase m'a surprise!
    ↓

critique par Delphine




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Traitement médiocre d'une bonne idée
Note :

   Chez les Tuvache, le suicide, c'est une institution. Dans ce petit magasin entouré de tours gigantesques et où n'entre jamais un rayon de soleil, on trouve tout pour réussir sa mort, puisqu'on a raté sa vie, comme le proclame la devise de l'échoppe : des cordes au poison, en passant par les parpaings ou les revolvers, tout y est, il n'y a qu'à choisir en fonction de ses goûts et de son budget. Et comme chez les Tuvache, on fait bien les choses, toute la famille porte les noms de "suicidés" célèbres : Lucrèce (Borgia), Mishima, Marilyn (Monroe), Vincent (Van Gogh) et Alan (Turing). Hélas, le petit dernier, Alan, justement, est un enfant difficile : il sourit en permanence et prend toujours le bon côté des choses. On a vu mieux pour faire marcher un magasin de mort, où les clients sont salués d'un "Mauvais jour" puis d'un "Adieu", puisqu'on espère bien ne pas les revoir... Autant dire que les Tuvache sont loin d'être enchantés de cette joie de vivre qui fait mauvais effet sur les clients. Mais rien n'y fait, et plus Alan grandit, plus il semble déterminé à répandre le bonheur et l'optimisme autour de lui...
   
   Teulé aime provoquer, c'est un fait. Aussi, lorsqu'il s'attaque au business de la mort de façon décalée et décomplexée, on peut s'attendre à ce qu'il le fasse à fond. Pourtant, force est de constater que, malgré une bonne idée de départ, délicieusement morbide, il ne pousse pas son intrigue jusqu'au bout : le livre s'essouffle rapidement, trop sans doute pour un roman de moins de deux cents pages. Même si les descriptions des techniques de vente des Tuvache puis des sabotages de leur fils peuvent faire sourire, l'ensemble reste beaucoup trop gentil et pas assez grinçant. Autant dire que les Monty Pythons cités sur la 4e de couverture sont bien loin : l'humour noir, réellement corrosif, est bien trop peu exploité, sur un sujet qui pourtant n'en manquait pas. Les personnages sont en outre caricaturaux et manquent d'épaisseur, et le roman se termine en queue-de-poisson, donnant une impression d'inachevé, de brouillon, comme s'il ne s'agissait que d'une ébauche et que le véritable roman restait encore à écrire. L'univers futuriste imaginé autour de l'histoire, avec ses pluies acides, ses attentats et ses catastrophes naturelles en série, est trop peu développé, réduit à quelques détails donnés rapidement, presque gratuitement.
   
   Ajoutons que le style, comme souvent chez Teulé, est désespérément plat, malgré quelques citations de Baudelaire insérées ni vu ni connu, souvent grossier et sans grand intérêt. Espérons qu'au moins l'auteur s'est amusé en écrivant ce livre, à défaut d'avoir réussi à amuser son lecteur.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Lecture ambiguë
Note :

   Dire qu’entrer dans ce Magasin des Suicides est déconcertant relève d’une opinion minimaliste.
   Évidemment, le lecteur avisé ne se laissera pas dérouter longtemps par le cynisme de la proposition. Chaussons nos lunettes "second degré" tout de suite ou passons au large.
   Dans un monde tout gris à l’avenir indéfini, Lucrèce et Mishima Tuvache font leur possible pour satisfaire une clientèle déprimée qui ne songe qu’à en finir... Cette petite entreprise familiale utilise les talents de tous ses membres, enfants compris donc. Mais si les deux aînés (Marilyn et Vincent prénommés comme les icônes du genre!) se montrent zélés et commerçants qualifiés, il n’en va pas tout à fait de même pour le petit dernier, Alan, qui affiche dès son plus jeune âge un optimisme indéfectible. La preuve, dans son berceau le nourrisson sourit déjà sans raison… Une vraie tare dans ce monde évolué où la géographie s’est bizarrement distordue.
   Alors, comme tous parents soucieux de bien élever leur progéniture, Lucrèce et Mishima se démènent pour ramener le petit Alan à des pensées plus moroses… Voilà la matière de ce traité caustique du mal-être ambiant et de la déprime institutionnelle.
   
   Jean Teulé semble vouloir nous amuser avec cette fable drolatique. À dire le vrai, elle n’est désopilante que d’un certain point de vue, car elle nous oblige à réfléchir à notre propre formatage social. Certes, imaginer une société où le suicide est, sinon encouragé, reconnu "d’utilité publique", paraît incongru et donc drôle, divertissant parce qu’improbable. Mais sommes-nous si éloigné du propos, nous qui vivons des temps où les sujets douloureux de l’euthanasie et de la fin de vie se discutent passionnément? Je ne suis pas certaine d’ailleurs que Jean Teulé ait envisagé une telle extension à sa fiction, mais attendez-vous à frémir quand vous arriverez aux dernières pages. Finalement, ce livre nous laisse au bord d’un malaise indéniable et ce roman que l’on prenait pour un divertissement anodin, à la lecture facile, laisse une trace ambiguë dans notre magasin des souvenirs.
   
   Pour ceux qui apprécient la dégustation de morceaux choisis afin de se convaincre, je prélève quelques extraits brefs qui illustrent le ton badin de l’auteur :
   " Accrochés au plafond, des tubes au néon éclairent une dame âgée qui s’approche d’un bébé dans un landau gris :
   — Oh, il sourit!
   Une autre femme plus jeune — la commerçante — assise près de la fenêtre et face à la caisse enregistreuse où elle fait ses comptes, s’insurge :
   — comment ça, mon fils sourit? mais non, il ne sourit pas. Ce doit être un pli de la bouche. Pourquoi il sourirait?" (page 7)
   **
   "La nouvelle fonction de la fille Tuvache s’avère être un succès à l’ébahissement de ses parents.
   — Après des études qui furent un véritable suicide scolaire, elle a enfin trouvé sa place…Au rayon frais, soupire la mère.
   — Depuis le kit Alan Turing, c’est la meilleure idée qu’on ait eue, confirme le père.
   Et le tiroir-caisse fonctionne. Il y a une liste d’attente. Aux gens qui téléphonent pour réserver un Death Kiss, Lucrèce répond :
   —Ouh, là, là, si vous voulez, mais pas avant une semaine!
   Il y a tant de candidats au baiser de la Mort qu’il faut vérifier que des clients ne reviennent pas plusieurs fois." (Page 66)
   

critique par Gouttesdo




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