Lecture / Ecriture
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M pour Mabel de Helen Macdonald

Helen Macdonald
  M pour Mabel

M pour Mabel - Helen Macdonald

Une transformation sous l'effet du deuil
Note :

    Rentrée littéraire 2016
   
   "L'autour était un feu qui dévorait ma douleur. Il ne pouvait y avoir en elle ni regrets ni deuil. Ni passé ni avenir. Elle ne vivait que dans l'instant présent et c'était mon refuge."
   

   A la mort subite, et d'autant plus douloureuse, de son père Helen Macdonald plonge sans s'en rendre compte dans la dépression.
   
   Passionnée depuis l'enfance par la fauconnerie, elle décide alors d'apprivoiser un autour, rapace particulièrement rétif, qui ne l'avais jamais attirée auparavant. Mais le monde a changé et elle aussi.
   Commence alors la quête de l'oiseau, puis un enfermement chez elle pour habituer petit à petit l'oiseau à son nouvel environnement. Et là un phénomène étrange survient : "à mesure que Mabel s'apprivoisait, je devenais sauvage." Une transformation "sous l'effet du deuil, du dressage et d'une dépossession de "moi-même." dont l'auteure finira par prendre conscience qu'il est nocif mais qu'elle a ressenti comme nécessaire et bénéfique. Étape après étape nous suivons donc l'éducation de cet oiseau et le retour vers les humains, la disparition de la terreur de Helen Mc Donald.
   
   Écrit plusieurs années après les événements, "M pour Mabel" est un récit émouvant mais avec le recul nécessaire pour que l'auteure analyse avec lucidité les états par lesquels elle est passée. Son écriture, précise et parfois poétique, nous fait partager de très beaux moments comme la rencontre avec celle qu'elle va appeler Mabel, ses balades dans la campagne et toute la gamme d’émotions par laquelle elle passe. Un récit lumineux et constellé de marque-pages ! Un grand coup de cœur !
   
   400 pages addictives.
    ↓

critique par Cathulu




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400 pages et une belle découverte!
Note :

   Fascinée depuis son enfance par la fauconnerie, la narratrice se lance dans d’un projet nourri depuis longtemps : dresser un autour. Le décès de son père est l’élément déclencheur qui lui fait franchir le pas. Sans être novice, férue de littérature en rapport avec les rapaces, Mabel est pourtant son premier autour, un puissant rapace.
   
   Elle s‘isole, ne sort que rarement de chez elle car Mabel a besoin dans un premier temps de s’acclimater. Sans s’en rendre compte, elle tombe dans la spirale de la dépression et focalise toute son attention uniquement sur le rapace. Ses appréhensions sur le premier vol de Mabel, la nourriture et le poids du rapace, toutes les étapes sont décrites et très bien rendues. Ce livre ayant été écrit bien après, Helen Macdonald a ce regard distancié sur les événements de l’époque et sur son comportement qu’elle analyse avec une beaucoup de discernement.
   
   Si Mabel l’a accompagnée durant le chemin du deuil, elle a été également bien plus qu’une béquille pour sortir de sa dépression. Les extraits des carnets de Mr White qui dans les années 30 voulut dresser un autour émaillent le livre. A la froideur de White s’oppose la sensibilité de l’auteur.
   Sur un thème qui a priori ne m’attirait pas, j’ai appris beaucoup d’informations (certaines m’ont intéressée plus que d'autres) mais surtout le récit intime d’Helen Macdonald, cette introspection m’a vraiment touchée.
   
   Le fait qu’elle s’interroge énormément sur son rapport avec Mabel est un point fort et il permet de faire passer certaines longueurs.
   
   Il y a beaucoup de pudeur cette une écriture très visuelle qui dépeint aussi bien la nature, Mabel que les émotions les plus profondes. Une belle découverte !
   
   "L'archéologie de la douleur ne se fait pas avec ordre et méthode. Cela ressemble davantage à la terre que vous retournez à la bêche et où vous découvrez parfois des choses oubliées. Des éléments surprenants refont surface non seulement les souvenirs, mais aussi des états d'âme, des émotions, des visions du monde plus anciennes.
   Il y a un abîme entre la vie viscérale et sanglante que je partage avec Mabel et la vision distanciée, réservée, qui caractérise la façon dont nos contemporains apprécient la nature. Je sais que certains de mes amis considèrent le fait de vivre avec un faucon comme quelque chose de moralement suspect, mais je ne pourrais pas aimer les oiseaux, les comprendre aussi profondément si je ne les avais vu que sur des écrans. J'ai fait d'un faucon un fragment de vie humaine et d'une vie humaine un fragment de la vie d'un faucon, ce qu'il a rendu un million de fois plus complexe et source d'émerveillement à mes yeux."

   
   C'est le billet de Cathulu qui m'avait donné envie.

critique par Clara et les mots




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