Lecture / Ecriture
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Une bouche sans personne de Gilles Marchand

Gilles Marchand
  Une bouche sans personne

Une bouche sans personne - Gilles Marchand

De l'intérêt et du danger de s'ouvrir
Note :

    Rentrée littéraire 2016
   
   "Il fait beau ce matin. J'aurais presque envie d'aller à la boulangerie pour que l'on me confirme l'information."
   

   Ils sont quelques habitués de ce café à se retrouver tous les soirs depuis des années pour bavarder, de tout et de rien, des Beatles. L'un des leurs a toujours une écharpe, été comme hiver. Tout doucement, ses compagnons lui posent des questions, veulent savoir qui il est réellement en dehors de ce café, ce qu'il cache. L'homme à l'écharpe est comptable, un solitaire qui préfère dissimuler sa cicatrice, et ses souvenirs douloureux derrière une vie simple et mutique. Mais peu à peu il décide de commencer à se raconter, là devant ces gens bienveillants, devant la belle Lisa. Et peu à peu aussi, alors qu'il évoque son grand-père, des tas d'histoires rocambolesques, son enfance, le cercle des spectateurs s’agrandit. Tous les soirs, l'homme à l'écharpe se dévoile...
   
   Quel drôle de petit roman que cette bouche sans personne ! Voici en effet un récit qui commence l'air de rien et qui nous emmène petit à petit vers l'extravagance et la vie dans ce qu'elle a de plus sensible et intéressant. J'ai beaucoup aimé que Gilles Marchand y manie aussi bien l'absurde que la poésie ou l'émotion, car cela donne à son roman la dimension d'un ovni et d'un petit bijou littéraire assez délicat. J'ai pensé à "En attendant Bojangles", à Boris Vian. En effet, petit à petit, au fil du texte, plus le narrateur s'ouvre vers l'extérieur, vers les autres, moins il peut accéder à son appartement, moins son travail devient rassurant et confortable. L'accumulation entoure le personnage principal. Mais loin d'être un frein à son bonheur, il apparaît très vite qu'au contraire cela peut sauver une vie, des vies, la sienne.
   
   Une lecture qui laisse une empreinte, donne à réfléchir et vous tire à la toute fin un sourire mêlé de larmes. Une bonne surprise de cette rentrée !

critique par Antigone




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