Lecture / Ecriture
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Charivari de Nancy Mitford

Nancy Mitford
  La Poursuite de l’Amour
  L'amour dans un climat froid
  Charivari

Nancy Mitford est une romancière britannique, née en 1904 à Londres et décédée en 1973 à Versailles.

Charivari - Nancy Mitford

Difficile en fin de compte, de rire de tout
Note :

   Titre original : Wigs on the Green
   
   Fin mars / Début avril, je suis allée me ressourcer dans la campagne anglaise équipée de Wigs on the Green de Nancy Mitford, qui se déroule entre un village et les terres d'une grande propriété. Ce roman m'a donc semblé tout indiqué pour la circonstance.
   
   Cela fait bien longtemps que je n'avais pas lu cet auteur dont j'avais beaucoup apprécié deux titres, découverts alors que ce blog en était encore à ses balbutiements (La poursuite de l'amour et L'amour dans un climat froid).
   
   Dans "Wigs on the Green", quatre personnages viennent de s'installer pour quelque temps dans le village de Chalford et vont lier connaissance. Ayant reçu un petit héritage qui fait de lui un parti un peu plus intéressant, Noel est venu dans le but de séduire l'héritière locale Eugenia Malmains, sur les conseils de son ami Jasper, très opportuniste, également du voyage pour profiter au mieux des nouvelles ressources financières de Noel. Marjorie fuit un mariage prestigieux avec un homme qu'elle n'aime pas. Elle est accompagnée de son amie Poppy, qui a une vision beaucoup plus pragmatique du mariage et s'apprête à flirter avec Jasper pendant que son propre époux a une nouvelle passade avec une jeune fille. Ajoutons à cela Mrs Lace, un peu plus âgée mais toujours séduisante, qui va s'intéresser à Noel à partir du moment où on lui aura fait croire qu'il s'agit d'un mystérieux prince là incognito (ce qui donnera lieu à quelques passages cocasses). Le groupe va rejoindre la branche fasciste locale pour plaire à Eugenia. La jeune fille est enthousiaste et obsédée par la cause en question. Si elle est assez ridicule, ses nouvelles connaissances le sont tout autant en se ralliant au mouvement pour des raisons qui n'ont rien à voir avec leurs convictions politiques. Un grand rassemblement festif en faveur du fascisme va les mobiliser et rythmer leurs rencontres tout au long du roman.
   
   Bien évidemment, l'humour est le maître mot pour Nancy Mitford, qui tourne tout le monde en dérision et ne résiste pas aux boutades. Par exemple, voici une réaction qui m'a amusée suite à un discours particulièrement enflammé d'Eugenia en faveur de la cause fasciste : The yokels stood first on one foot and then on the other. Finally, one of them removed a straw from his mouth and remarked that they had all enjoyed Miss Eugenia's speech very much, he was sure, and how was His Lordship's hay-fever? (p10) 'Les manants se tinrent d'abord sur un pied puis sur l'autre. Enfin, l'un d'entre eux enleva une paille de sa bouche et fit remarquer qu'ils avaient tous beaucoup apprécié le discours de Mlle Eugenia, il en était sûr, et comment allait la fièvre des foins de Sa Seigneurie?) - His Lordship étant le grand-père d'Eugenia, dont le rhume des foins parle davantage à la population locale que les grands discours de la jeune fille.
   
   J'ai passé un bon moment en lisant "Wigs on the Green". Néanmoins, c'est un roman plutôt dérangeant, même si l'on considère qu'il a été écrit dans les années 1930, avant que l'Europe ne prenne pleinement conscience de toutes les implications de la montée du fascisme. Nancy Mitford nous livre ainsi une nouvelle comédie inspirée de ses sœurs Diana et Unity, l'une maîtresse puis épouse du fondateur de la British Union of Fascists, Sir Oswald Mosley, l'autre admiratrice inconditionnelle de Hitler qui ira jusqu'à tenter de se suicider lors de l'entrée en guerre du Royaume-Uni contre l'Allemagne. La publication de ce livre entraîna une brouille entre les sœurs Mitford et Nancy s'opposa à sa réédition en 1951, jugeant notamment qu'il était désormais du plus mauvais goût de faire des plaisanteries à propos du nazisme. Cependant - et c'est ce qui m'a vraiment gênée à la lecture - Nancy disait quelques années plus tôt à ses sœurs que le livre était pour l'essentiel en faveur du fascisme, malgré quelques plaisanteries. Le fait est que non seulement les fascistes du roman ne sont pas plus ridicules que les autres personnages mais qu'in fine, le roman se traduit par un happy end où la jeune héritière Eugenia Malmains réalise son rêve en rencontrant le leader du parti grâce à l'efficacité de son action sur le plan local, le lecteur assistant ensuite à un mariage très joyeux entre les fascistes de Chalford. Je connaissais les attirances obscures de certaines Mitford pour le nazisme ou le fascisme anglais mais n'avais pas réalisé que Nancy était elle aussi plutôt sensible à ce discours et en tout cas suffisamment détachée du sujet pour ne nous livrer ici aucune critique de fond - ni en faire l'apologie d'ailleurs, si tel était son choix. Même en lisant ce roman avec un œil contemporain, même en connaissant l'ambiguïté de la position de Nancy Mitford sur le sujet, difficile de ne pas être gêné par l'insouciance de l'écrivain qui ne s'implique pas sur le plan politique.

critique par Lou




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