Lecture / Ecriture
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L'homme qui a vu l'inondation – Là-bas, près de la rivière de Richard Wright

Richard Wright
  L'homme qui a vu l'inondation – Là-bas, près de la rivière
  L'homme qui vivait sous terre

Richard Nathaniel Wright est un écrivain et journaliste américain né en 1908 à Natchez et mort en 1960 à Paris. Il a été le premier écrivain afro-américain à écrire un best seller.

L'homme qui a vu l'inondation – Là-bas, près de la rivière - Richard Wright

Inondations
Note :

   Folio 2€ a choisi d'extraire ces deux nouvelles de deux recueils différents pour nous les présenter ici.
   
    La première, "L'homme qui a vu l'inondation", tirée de "Huit hommes", est très brève, à peine dix pages. Elle nous fait découvrir une famille noire, les parents, la fille, qui retrouvent le peu qu'il reste de leur misérable logis quand l'inondation commence à redescendre. Ils n'avaient presque rien, ils ont moins encore, à part des dettes chez le commerçant local (blanc) qu'ils ne pourront jamais rembourser. Théoriquement, ils ne sont pas esclaves, mais la différence n'est pas probante, au point qu'ils songent à s'enfuir, comme s'enfuyaient les esclaves noirs d'autrefois; mais le commerçant aussi y a songé et il veille à ce que tout reprenne comme avant dès la décrue. Ne pas se décourager.
   
   La seconde nouvelle, "Là-bas, près de la rivière", extraite des "Enfants de l'Oncle Tom", est encore plus dramatique. Nous sommes pendant une inondation. La crue se poursuit au moment où nous découvrons la famille noire de Mann et Loulou. Bientôt, grimper au plus haut des maisons ne suffira plus, déjà, il faudrait gagner les collines environnantes, mais pour cela, encore faut-il avoir un bateau. Ceux qui n'en ont pas seront si possible ramassés par les navettes organisées par les autorités. Les choses ne pourraient pas aller plus mal. Alors que l'eau atteint la maison misérable, Loulou livre un autre combat : elle tente de mettre son bébé au monde, mais les choses se présentent mal. Elle lutte depuis quatre jours et ne parvient pas à expulser le nouveau né. Il faut absolument l'emmener à hôpital mais pour cela il faudrait un bateau... Les bateaux, seuls les Blancs en ont, jusqu'à ce qu'ils soient réquisitionnés pour les sauvetages. Mann a envoyé son frère Bob essayer d'en avoir un, mais Bob ne revient pas.
   
   Cette longue nouvelle n'est qu'une lutte contre la mort qui attaque sous tous les angles : inondation, accouchement dramatique, ségrégation. La vie d'un Noir ne vaut pas cher. Pour certains Blancs, elle ne vaut même rien. Pour d'autres, plus justes, elle ne vaut quand même pas autant que celle d'un blanc. Partout où ils se rencontrent, les Blancs donnent les ordres et les Noirs obéissent. Les jugements sont expéditifs et sans nuances, on a vite fait de pendre un Noir soupçonné, là où un Blanc s'en tirerait avec de la prison. Des morts, il y en aura plusieurs, même pas noyés. Tous victimes de l’intolérance et du non-respects d'autrui. Cette nouvelle est encore plus dramatique que la première qui était pourtant déjà désespérée et désespérante.
   
   Les nouvelles sont précédées d'une préface de Julia Wright, qui établit le parallèle avec Katrina qui ravagera la région 70 ans plus tard et la persistance en ces lieux et en ces circonstances, des ravages de l'injustice humaine. Mais Katrina n'aurait-elle pas eu lieu que ces deux nouvelles poignantes nous toucheraient quand même. Elles ont toutes deux quelque chose à nous dire. Elles nous parlent d'un monde où les conditions de vie, déjà dangereuses et éprouvantes à cause des éléments, sont encore aggravées par une folie humaine appelée ségrégation, par les lois de l'exploitation de l'homme par l'homme, un monde où la bêtise et la misère tuent autant que les tornades et les inondations.

critique par Sibylline




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