Lecture / Ecriture
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Le Vieux Saltimbanque de Jim Harrison

Jim Harrison
  De Marquette à Veracruz
  Faux soleil
  Lointains et Ghâzals
  L'été où il faillit mourir
  Sorcier
  En marge - Mémoires
  Julip
  Un bon jour pour mourir
  Dalva
  Retour en terre
  Lettres à Essenine
  Nord-Michigan
  Les jeux de la nuit
  Légendes d'automne
  Une odyssée américaine
  Grand Maître
  Péchés capitaux
  La Route du retour
  Nageur de rivière
  Le Vieux Saltimbanque

Auteur des mois d'avril et de mai 2006

Jim Harrison est né en 1937 dans le Michigan. Il a commencé à écrire dès l´adolescence, par conviction et par ennui, dit-il à peu près.
Il a fait des études de littérature et a commencé à publier de la poésie, puis, des articles, des scenarii, des recueils et ses premiers romans.
Alors qu´il avait débuté dans l´enseignement dans l´état de New York, il abandonne rapidement cette voie pour se consacrer uniquement à l´écriture, et retourner dans le Michigan.


Il est mort d'une crise cardiaque le 26 mars 2016, il avait 78 ans.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Vieux Saltimbanque - Jim Harrison

Auto-fiction crépusculaire
Note :

   Un écrivain septuagénaire se remémore les débuts difficiles depuis son enfance qui le laissa borgne suite à un accident de jeu, son amour pour la poésie dans son adolescence, les débuts de sa vie active à tirer le diable par la queue pour subvenir aux besoins de sa famille, les années affolantes de scénariste à Hollywood, les désenchantements et les plaisirs, ses cauchemars et ses lancinantes terreurs, heureusement contrecarrées par des activités comme la pêche ou en compagnie de ses animaux familiers.
   
   Il y a des livres étrangers dont il ne faudrait pas traduire le titre : The Ancient Minstrel est tellement plus parlant que Le Vieux Saltimbanque le dernier roman ou devrais-je dire "livre-mémoire" de Jim Harrison. Je ne voulais pas particulièrement lire ce livre dès sa sortie et si peu de mois après la disparition de mon écrivain favori, mais j'ai succombé à la tentation et abandonné ma lecture en cours pour partir avec ce bouquin en long week-end.
   
    J'ai passé de merveilleux moments à lire les premières pages, j'étais dans le train, un lieu tout à fait propice pour être transformé en salon de lecture, pour peu que vos voisins respectent le silence qui sied aux endroits publics.
   
    Mon plaisir est un peu retombé avant la centième page car pour moi qui connaît tout ce qui peut être connu de cet auteur (romans, nouvelles, poèmes et différents articles écrits sur Harrison) je n'ai rien appris de nouveau. Il s'agit bien d'une autobiographie, où l'auteur distille méthodiquement le patchwork de sa carte du tendre, tenue d'un côté par des figures solaires : auteurs, animaux, amis, amours préférés, et de l'autre le reflet sombre de ses dépendances et aversions : alcoolisme, manque d'argent, recherche de l'authentique (conduisant à un état dépressif).
   
    Il reste le style généreux que j'aime tant, la description des promenades, le goût des choses, l'observation tendre de tous ses amours qui sont comme des couches disposées une à une pour transformer la silhouette d'un petit garçon curieux en vieil homme rattrapé par le temps.
   
   Par la suite, il envoya au gouverneur de l'Etat une lettre imprudente disant qu'il était l'auteur de Légendes d'automne, son livre le plus connu, qu'il avait besoin de conduire sa voiture et d'explorer des endroits nouveaux pour écrire et gagner sa vie. Il ne pouvait quand même pas rester assis chez lui et écrire Légendes de mon arrière-cour. Cette lettre resta sans effet. Il prit son mal en patience et décida un beau jour qu'il était capable de conduite de nouveau." (p.17)

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critique par Wictoriane




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Adieu
Note :

   Jim Harrison (1937-2016), de son vrai nom James Harrison, est un écrivain américain. Il a publié plus de 25 livres, donc les renommés Légendes d'automne, Dalva, La Route du retour, De Marquette à Vera Cruz… Membre de l'Académie américaine des Arts et des Lettres, Jim Harrison a remporté la bourse Guggenheim et a déjà été traduit dans 25 langues. Le Vieux saltimbanque, paru quelques semaines avant le décès de l’écrivain en mars 2016, vient tout juste d’être traduit chez nous.
   
   Ce dernier opus s’inscrit dans la lignée d’En marge (2003), c'est-à-dire un texte autobiographique. Il n’en est ni le prolongement, ni la suite réelle puisque certains faits se retrouvent dans l’un et l’autre ouvrage. Par contre l’écrivain adopte ici une autre forme de narration, plutôt bien vue, écrite à la troisième personne, ayant "décidé de poursuivre mes mémoires sous la forme d’une novella." C’est d’ailleurs le principal attrait de ce livre qui nous permet de retrouver son style d’écriture tant apprécié.
   
   Le contenu, ce sont des coups d’œil dans le rétroviseur, sans chronologie aucune, ni scoops ou révélations tardives. Nous retrouvons donc les grandes obsessions de l’américain largement distillées dans son œuvre, la bonne bouffe, les bons coups à boire, les bons coups à…. Heu.. les femmes, et puis la pêche, et l’écriture et la poésie. Le bouquin est très court, Jim Harrison ne peut donc s’attarder longtemps sur les points abordés, d’ailleurs y tient-on vraiment, puisqu’il y a beaucoup de déjà lu ou su par d’autres sources, comme les interviews ? Peut-être, quand même, aurais-je aimé plus de développements sur ses séjours en France et à Paris, ou bien quand il observe le monde littéraire de son pays ou pas ("Qui donc avait décrété que les écrivains étaient si importants pour le destin de l’humanité ? Shakespeare et quelques rares génies pouvaient revendiquer cet honneur, mais des milliers d’autres tombaient dans le vide de l’oubli.") mais ça ne s’inscrivait pas vraiment dans son projet.
   
   Alors à qui s’adresse ce livre ? Principalement aux amoureux du poète disparu – alors que paradoxalement il n’y a rien à y apprendre pour eux – pour retrouver une dernière fois, sa voix, sa truculente sagesse le posant pour toujours comme un homme libre, s’exonérant des diktats du monde moderne, tellement attaché à la Nature et qui déclarait dans un entretien accordé au magazine LIRE (octobre 2015) : "Mais l’épitaphe que je préfère, c’est ce vieux dicton indien : "Nous aimions la terre, mais nous n’avons pas pu rester.""
   
   "Il se sentit vexé mais il savait très bien que, dans leurs moments de faiblesse, les écrivains avaient toujours cherché des fondements philosophiques à leurs créations. Dans son cas, tous ces prétendus fondements étaient franchement risibles. Pareilles velléités intellectuelles étaient presque toujours le fait de l’écrivain le plus mauvais du groupe, celui qui avait le plus à gagner, un bref éclair d’immortalité illuminant "le mouvement". Les Beats étaient différents, pensa-t-il, ils avaient vraiment de la substance, surtout en comparaison des poètes académiques dont ils se démarquaient et qui évoquaient un lopin de maïs durant une année de sécheresse. "L’écriture automatique" de Jack Kerouac fonctionnait quand on était un bon écrivain ; sinon, c’était du charabia."

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critique par Le Bouquineur




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Avant la tribunal de la bienpensance
Note :

   Bon, passons tout de suite sur le plus mauvais, à savoir cette couverture mochissime (format poche).
   
   Jim Harrisson, pour moi cela reste un bel article dans la revue Lire et puis c’est tout. Mais vu le bien que tout le monde disait de ces mémoires, je me suis lancé, surtout que ce n’est pas très long.
   
   Amusant cette distanciation que fait l’auteur en narrant tout à la troisième personne. En même temps, quelle lucidité sur lui, sur le monde qui l’entoure, sur l’amour, sur le monde universitaire. Drôle sans être une pochetronnade, on ne sait pas trop si l’auteur est honnête et travailleur, ce qu’il réfute, il reste et se définit avant tout comme un poète. Un amoureux des grands espaces. Pour bien comprendre, il est important de lire la préface appelée aussi note de l’auteur. C’est le parfait mode d’emploi avant de commencer la lecture.
   
   Je ne sais toujours pas si j’ai envie de lire les légendes d’automne même si le titre m’a toujours fait de l’œil ou bien Dalva, mais un jour je recroiserai sans doute Harrison.
   
   Juste pour la question dans l’air du temps, j’ai choisi un extrait non représentatif de ces mémoires. Parlant de son envie de tester le viagra pour se donner un peu de splendeur voici ce qu’il nous dit :
   
   "Il n’avait pu s’empêcher d’essayer une fois l’année précédente, lors de la rencontre annuelle de la Modem Language Association à Washington, ville qu’il détestait pour des raisons politiques mais qu’il tolérait quand elle accueillait de vieux amis écrivains. Il prit pour cible une étudiante en master à qui il avait fait l’amour des années plus tôt. quand elle était en deuxième année. Le prix à payer était la rédaction d’une lettre de recommandation dithyrambique pour le programme d’"écriture créative" de Hunier Collège, à New York. Il accepta aussitôt ce marché. Elle était un peu pote­lée, mais avait eu autrefois un beau corps. Après avoir dîné et bien bu, ils rejoignirent la chambre du vieux poète au Mayflower. Elle était pressée, car elle devait voir un ancien petit ami qui, lui aussi, enseignait l’écriture. Malheureusement, le comprimé donna une désagréable teinte vert foncé aux murs gris de sa chambre, et il jouit en une minute. Il s’excusa, puis elle partit très vite retrouver son ancien copain, sans avoir transpiré."
   Si ce n’est la critique acide du milieu, ne devrait on pas le trainer à titre posthume au tribunal de la bienpensance ?

critique par Le Mérydien




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