Lecture / Ecriture
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La succession de Jean-Paul Dubois

Jean-Paul Dubois
  Une Vie française
  Une année sous silence
  Vous plaisantez, monsieur Tanner
  Hommes entre eux
  Je pense à autre chose
  Si ce livre pouvait me rapprocher de toi
  Le cas Snejder
  La vie me fait peur
  Les accommodements raisonnables
  La succession
  Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Jean-Paul Dubois est un journaliste et écrivain français né en 1950.

La succession - Jean-Paul Dubois

Très émouvant
Note :

    Le dernier roman de Jean-Paul Dubois nous entraîne dans la vie de Paul, comme toujours chez Dubois, et dans une histoire à l'humour caustique qui cache de bien sombres choses, comme toujours.
   
    Paul, le héros, vit depuis quelques années à Miami où il joue en professionnel à la pelote basque. Il est heureux dans la passion du sport, dans une certaine insouciance avec de sincères amitiés, il lui manque un peu d'amour mais pour Paul ce sont ses plus belles années, en plus il les vit sous le soleil.
   
    Il apprend le suicide de son père à Toulouse. C'est du huitième étage, que ce médecin toujours en activité, a décidé de mettre fin à ses jours.
   
    C'est le retour en France pour Paul, à Toulouse, dans la maison familiale pour régler les problèmes de succession avec un détour dans le Pays Basque, qu'il aime (mais tout le monde aime le Pays Basque !) et où il a découvert la pelote un certain été.
   
    Paul se souvient du dernier été et de sa fuite, refusant d'être médecin, refusant la succession assurée, le cabinet médical dans la maison à Toulouse. Le départ pour Miami et ses frontons, et l'océan et les années qu'il mettra entre lui et sa famille trop névrosée, trop décalée.
   
    Il faut dire que des suicides il y en a eu. D'abord son grand-père dont la vie et l'itinéraire peuvent susciter des interrogations cocasses, ensuite l'oncle qui a toujours vécu avec eux et sa mère et dont les comportements restent encore aujourd’hui énigmatiques.
   
    La plume de Dubois se fait ironique, les anecdotes pétillent et l'humour est léger.
   
    Puis les souvenirs reviennent plus lourds, plus profonds et ils nous chavirent.
   
    Paul découvre deux carnets noirs dans le bureau de son père, une étrange comptabilité que Paul va essayer d'analyser car tapie entre les lignes se trouve la véritable succession.
   
    On retrouve avec un réel plaisir tout ce qui fait le style de cet écrivain. Il nous mène dans des histoires où règnent l'absurde et le délirant pour ensuite nous toucher au cœur avec des histoires familiales où le désespoir est profond, trop triste pour y échapper.
   
    Un livre très émouvant, qui trotte dans la tête longtemps après.
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critique par Marie de La page déchirée




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240 pages qui m'ont touchée, émue
Note :

   Après des études de médecine suivies sans grande conviction comme son père, la narrateur Paul Katrakilis a quitté la France pour Miami. Il s’adonne sa passion la pelote basque et en vit modestement.
    "De la mi-novembre 1983 au 20 décembre 1987, je fus donc un homme profondément heureux, comblé en toutes choses et vivant modestement des revenus du seul métier que j’aie jamais rêvé d’exercer depuis mon enfance : pelotari."
   

   Seul son père médecin est encore vivant et il n’a aucun contact avec lui. Que penser d’un père qui se prépare un déjeuner comme si de rien n’était après le suicide de son épouse le jour–même ? Car dans sa famille, son grand-père, son oncle (le frère de sa mère qui vivaient avec eux) et sa mère, tous ont choisi de se donner la mort. Et quand son père agit de même, Paul est obligé de revenir en France pour régler la succession.
   
   Si par succession, on associe la transmission de biens matériels après le décès d’un personne. Ici ce mot prend une dimension supplémentaire. Bien sur, il y a la maison dans laquelle son père avait son cabinet médical et où les chambres de chacun sont restées telles qu’elles depuis des années. De quoi faire remonter le souvenirs. Le grand-père et son bocal où une lamelle du soi-disant cerveau de Staline flotte dans du formol, celle de sa mère si proche de son frère (qu’ils auraient pu former un vieux couple), son oncle si réservé mais expansif dès qu’ils se rendaient sur la côte Basque. Dans le cabinet médical de son père, il trouve deux carnets noirs. Alors qu'il croyait son père asocial, il découvre un aspect méconnu de sa personnalité. Il se décide à reprendre la suite de son père.
   
   Il m’aura fallu un certain temps pour rentrer dans ce livre. Mais à partir de la découverte des carnets l’histoire m’a vraiment plus intéressée. Et c’est à partir de ce moment que je me suis attachée à Paul, à cet homme qui n'a pas de mode d'emploi de la vie et donc incapable d'approcher le bonheur. Alors la fin très glaçante m’a plus que serré le cœur.
   
   Ce roman sur le sens du bonheur, sur la transmission et sur la mort (de plusieurs sortes) est mélancolique mais il comporte de l’humanité sans jamais être larmoyant car l’auteur use d’un humour absurde et les personnages décalés qui entourent Paul permettent d’apporter quelques notes plus légères. Mais de là à apprécier les (trop) nombreuses descriptions sur la pelote basque, non.
   Je découvre cet auteur avec ce titre et ça ne sera pas le dernier. Touchée et émue.
   
   "Le plus étrange, c’est que la mort traversa à plusieurs reprises notre maison et les survivants s’en aperçurent à peine, la regardant passer comme une vague femme de ménage."

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critique par Clara et les mots




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Logique implacable
Note :

   Paul est un homme heureux. Depuis quatre ans, suite à sa rupture des liens familiaux, géographiques, professionnels etc. Paul s'est installé dans une vie de rêve, c'est à dire, exactement l’existence dont il rêvait. Il a dit adieux à une famille hautement toxique, à sa carrière de médecin toute tracée, avec reprise du cabinet paternel et à la France, pour se téléporter à Miami, dans une carrière de pelotari professionnel. La pelote basque, c'était la seule chose au monde qui l'intéressait et le faisait vibrer, alors, pouvoir en vivre, même modestement...
   
   Il nous raconte sa vie maintenant, dans ce monde de soleil, de sport, de parieurs, ce Nirvana d'éternel adolescent. Il a une modeste demeure, une voiture qui tient de la pièce de collection, et un bateau guère plus vaillant, mais qui lui permet quelques échappées sur la grande bleue. C'est d'ailleurs là qu'il va rencontrer et sauver son meilleur ami en la personne d'un jeune chien tombé à la mer ou jeté d'un autre bateau -va savoir- et bientôt il rencontrera la femme de sa vie...
   
   Pendant qu'il nous raconte tout cela, il mêle à son histoire des récits, des souvenirs de sa famille, une famille très étrange, aux mœurs nettement psychotiques, et une famille de suicidés. Des quatre personnes auprès desquelles il a grandi, trois se sont suicidées : son grand-père, son oncle, sa mère. Il ne reste que son père, qui ne va plus tarder à faire de même. C'est de lui qu'il recevra la Succession du titre. Bientôt, s'en sera fini du paradis terrestre qui n'aura duré que quatre ans...
   
   Une très belle histoire, très poignante, pleine de vie (paradoxalement) et de mort aussi (d'accord). Une très belle écriture. Un personnage principal vraiment sympathique (pour moi, du moins) que l'on suit avec intérêt tout au long du récit de ses pensées et de ses souvenirs, récit qui risque d'autant moins de lasser que les anecdotes sur tous ces personnages étranges qu'il a côtoyés sont nombreuses, surprenantes, et bien faites pour piquer notre curiosité et notre intérêt. Le chien, la voiture, le bateau, la maison, feront le voyage -littéraire- avec nous tout au long de ce récit d'une totale cohérence. Je me suis régalée.

critique par Sibylline




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