Lecture / Ecriture
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Le Conseiller du Prince de Aimé Eyengué

Aimé Eyengué
  Par les temps qui courent
  Le Conseiller du Prince

Le Conseiller du Prince - Aimé Eyengué

Pour un Prince de la Paix
Note :

   A l'heure où l'actualité ivoirienne nous montre combien la paix est fragile, notamment en Afrique où l'élection présidentielle semble devenue l'occasion de faire main basse sur les armes de guerre, il est bon de s'emparer de l'arme de la parole pour essayer de démolir ce monstre qui décidément prend plaisir à montrer sa tête hideuse, riant au nez de tous ceux qui appellent de tous leurs vœux une démocratie qui règnerait sans partage. J'ai nommé la guerre.
   
   L'arme de la parole est d'autant plus efficace qu'elle est utilisée à bon escient par ceux qui se trouvent dans l'entourage direct du premier responsable politique d'un pays. Les "conseillers" ont un rôle capital, car l'avenir d'un Etat, d'un royaume dépend finalement d'eux, il dépend de leur force ou de leur faiblesse auprès de l'élu du peuple. C'est l'objet du livre d'Aimé Eyengué, auteur dont je vous ai déjà parlé ici, qui a publié il y a quelques temps Le Conseiller du Prince, un essai qu'il dédie entre autres "à tous ceux qui, allergiques au parler des armes, militent plus que jamais pour que le parler des mots et le dire du silence des armes aient définitivement raison de la guerre."
   

   Le livre se compose de 19 chapitres qui analysent cette fonction ainsi que l'implication de différents facteurs comme l'argent ou le savoir dans le maintien de la paix. L'auteur insiste sur le rôle de l'intellectuel et surtout sur celui de la femme dans le climat politique. Il ne s'agit pas ici de vous résumer le livre car le but est que vous le lisiez par vous-mêmes, mais si je devais vous proposer quelques chapitres qui ont particulièrement retenu mon attention, ce serait ceux consacrés à l'un et à l'autre.
   
   Dans le chapitre VII intitulé "L'intellectuel et la démolition du vice en politique", Aimé Eyengué s'attaque à un vice en particulier :
   "La Domination : c'est-à-dire la propension qu'a l'homme à se croire supérieur aux autres, avec son intelligence supérieure à une autre, sa race supérieure à une autre, son ethnie supérieure à une autre, sa communauté supérieure à une autre, sa religion supérieure à une autre... tout en supportant mal l'expression de la différence que voudrait lui faire entendre l'autre, lui préférant le conformisme béat, le nombrilisme maladif ou l'ethnocentrisme paranoïaque... Difficile en tout cas de faire entendre raison à quelqu'un qui croit d'avance sa raison supérieure."
   (Le conseiller du Prince, page 59)

   
   Ce passage m'a fait repenser à "La prochaine fois le feu" de Baldwin.
   
   Dans le chapitre XVIII, "Des observations sur le magistère d'une femme", on peut lire ceci :
   Quand le monde aura fini d'être machiste, et qu'il aura compris que diriger un Etat nouveau ou ancien n'est point une affaire exclusivement masculine, alors les vertus de la Parole triompheront définitivement de la guerre. (page 137)

   
   Plus loin :
   "Car la paix vaut mieux que toute la fortune du monde, et l'or de la vie humaine plus que l'or de la terre ou l'or noir. Et seule la femme, qui est le réceptacle du mystère de la conception et connaît bien évidemment les douleurs de l'accouchement, apprécie beaucoup mieux à sa juste valeur le prix d'une vie humaine ; ainsi, plus qu'un homme, c'est elle qui est mieux à même à convaincre la paix à s'installer sans inquiétude dans une Principauté." (page 140)
   

   Bref voici une œuvre, non seulement utile, mais aussi intéressante, qui s'appuie sur des exemples précis, tirés principalement de la vie politique française et d'autres pays aussi, et en accordant une place importante à la politique des Etats africains. Les cas du Congo Brazzaville, d'où vient l'auteur, de la Côte d'Ivoire "qui était pendant longtemps à l'abri des troubles ethniques", sont traités dans cet ouvrage nourri de références littéraires, la première étant "Le Prince" de Machiavel qui fait plutôt état d'un Prince de la Guerre. Comme une riposte, Aimé Eyengué propose donc "Le Conseiller du Prince", essai sous-titré "Pour un Prince de la Paix".

critique par Liss Kihindou




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