Lecture / Ecriture
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Treize façons de voir de Colum McCann

Colum McCann
  Danseur
  Zoli
  Les saisons de la nuit
  Ailleurs, en ce pays
  La rivière de l’exil
  Et que le vaste monde poursuive sa course folle
  Transatlantic
  Treize façons de voir
  Le chant du coyote

Colum McCann est un écrivain Irlandais né en 1965 à Dublin.

Treize façons de voir - Colum McCann

Ecrits sur la violence
Note :

    Dans son dernier recueil de 5 nouvelles, dont un très court roman de 150 pages, Colum Mc Cann nous entraîne au bout de la violence en étudiant ses conséquences psychologiques et traumatiques sur ses personnages.
   
    Faisant écho à sa propre expérience, l'auteur a été victime d'une très violente agression, il arrive à mettre assez de distance pour transformer le lecteur en témoin.
   
    Le résultat est froid et implacable comme les coups qui sont donnés sans raison allant jusqu'à une sauvagerie hallucinée.
   
    La violence donc, comme fil rouge et une lecture qui se veut sans concession.
   
    "Treize façons de voir", la première nouvelle éponyme, plutôt une novella, raconte la dernière journée d'un vieux magistrat, ses dernières heures aussi. Vus par les yeux des caméras, que ce soit chez lui, dans la rue ou au restaurant, ces ultimes moments de vie volée sont poignants.
    Nous regardons le vieil homme revivre ses années de travail, ses relations difficiles avec son fils, ses ambitions, à toute une vie qui est passée et nous assistons aux coups qui lui sont portés.
   
    Dans la nouvelle, "Sh'Kohl", qui veut dire en hébreu les parents qui ont perdu un enfant, l'auteur sonde l'angoisse incommensurable d'une mère adoptive divorcée face à la disparition de son fils.
   
    "Le traité", met en scène une religieuse qui revient 30 ans en arrière après avoir reconnu à la télévision l'homme qui l'avait enlevée, séquestrée et violée. Les mots parlent d'une difficile résilience et l'émotion est forte.
   
    Beaucoup de style et une certaine poésie, malgré la thématique de la violence, se dégagent de ce recueil. L'auteur raconte l'intime et son vécu apporte une réalité confrontée à la fiction.
   
    Il n'en reste pas moins, une inégalité dans les textes. Mais c'est normal quand on lit des nouvelles.
   
    Deux nouvelles sont ultra brèves, il faut du talent aussi, mais je les considère plus comme des réflexions personnelles de l'auteur sur la création littéraire.
   
    C'est un livre qu'il faut découvrir parce que sa construction littéraire est très étonnante et trouve peut être sa source dans la douloureuse expérience de l'écrivain.
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critique par Marie de La page déchirée




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Enquête en vidéo
Note :

   Livre comportant un court roman qui donne son nom à ce livre, plus quatre nouvelles, "Treize façons de voir", "Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes", "Sh'khol", "Traité" et "Comme s'il y avait des arbres".
   
   Les États- Unis sont le lieu de la plupart de ces histoires, mais "Sh'khol" est un retour aux racines irlandaises de l'auteur. La violence ordinaire est le lien qui relie tous les personnages, ils en sont le plus souvent les victimes.
   
   Monsieur Mendelssohn, ancien juge au tribunal de Brooklyn, est un vieil homme qui semble sans problème. Veuf, son épouse Eilenn, irlandaise, fan de poésie, est morte d'un cancer il y a quelques années, ses rapports avec son fils Elliot , arriviste pédant, sont mauvais, sa fille Kalya, petite peste durant sa jeunesse, vit dorénavant en Australie. Sally, une jeune femme de couleur, s'occupe de lui, bref une vie ordinaire. Jusqu'au jour où sortant de son restaurant favori pour un repas avec Elliot, repas gâché par les coups de téléphone de son fils, il est assassiné ! Seul indice, une silhouette coiffée d'une casquette avec les initiales B.C. C'est mince. Le personnel du restaurant, les premiers sur les lieux sont interrogés, problème : quel peut être le motif ce meurtre ?
   Une histoire originale qui nous plonge dans le melting-pot new-yorkais et nous fait découvrir des policiers derrière l'écran des caméras de contrôle !
   
   Quelle heure est-il lorsque des gens dans divers continents veulent se téléphoner pour par exemple se souhaiter la bonne année ?
   "Sh'khol" Rebecca et son mari Alan ont adopté Tom, jeune garçon muet. Plusieurs années plus tard, ils vivent sur la côte irlandaise. Puis Tom vit seul depuis que Rebecca et Alan ont divorcé. Mais un matin Tom a disparu, le monde de Rebecca s'écroule, elle se sent coupable, d'avoir par exemple trop bu la veille... les recherches commencent, la mer est proche.
   
   "Traité", une femme voit un homme, grande classe à la télévision. Elle reconnaît son tortionnaire des années auparavant, quatre semaines prisonnière dans la jungle, les humiliations et les violences. Religieuse, elle fut prisonnière d'un groupe paramilitaire en Colombie. Elle veut revoir cet homme.
   
   Le dernier texte concerne la violence ordinaire en Irlande, les victimes, des travailleurs roumains...
   
   De multiples personnages au fil de ces pages, habitant de "Big Apple", d'Irlande ou d'ailleurs. Braves gens, loin de leurs racines et de leurs cultures, perdus dans l'immensité de cette mégalopole démesurée. Souvent avec la solitude pour seule compagne.
   
   Très belle écriture, un peu plus énigmatique que dans ses précédents ouvrages, donc une lecture moins aisée que d'habitude avec également plusieurs notes groupées en fin d'ouvrage.
   
   Colum McCann emploie parfois le gaélique et fait parler une de ses héroïnes dans cette vieille langue.
   
   Des notes de l'auteur et du traducteur terminent ce livre.
   
   Extraits :
   - Mais c'était il y a combien de siècles ? Il faudrait le noter. Voilà bien le problème, quand on vieillit, n'est-ce-pas ? Les impressions reviennent, pas les dates. Lorsqu'on retrouve la date, l'impression disparaît.
   
   - Elle était mordue de cet irlandais, Heanney, et elle avait un faible pour un autre ébouriffé du cru, Muldoon.
   
   - Seigneur, Dieu, il n'y a rien de pire que le bruit du Velcro.
   
   - La pauvre Eileen ne supportait pas d'écouter les nouvelles d'Irlande du Nord. Ça la rendait folle.
   
   - Elle aimait tant cette nouvelle, neige générale en toute l'Irlande, la chanson de Mickaël Furey à la fenêtre, pauvre Gabriel abandonné, la venue de sa dernière heure.
   
   - Encore une drôle de chose, le sang dont on hérite. Sang qui bataille à l'intérieur, qui fait de nous ce que nous sommes.
   
   - Tout comme le poète fait du lecteur un complice, les inspecteurs deviennent complices du meurtre.
   
   - Beaucoup d'Irlandais dans la bande et ils y allaient fort sur le biberon.
   
   - Il y avait une part de pure exaltation dans son amour pour lui. La présence de l'inconnu. Le voyage hors de l'enfance. La route vers l'identité future.
   
   - Une des choses qu'elle aimait tant sur la côte Ouest de l'Irlande : le temps était une mise en scène, un cinéma.
   

   Titre original : Thirteen Ways For Looking (2015)

critique par Eireann Yvon




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