Lecture / Ecriture
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Rêves arctiques de Barry Lopez

Barry Lopez
  Rêves arctiques

\"Barry Lopez est né en 1945 et a grandi dans le Sud de la Californie et à New York. Il vit depuis 1968 au milieu des arbres dans l’Oregon, et voyage très souvent dans des lieux reculés de la planète, où il s’adonne aussi à la photographie. Dans ses ouvrages de non-fiction, il s’intéresse aux relations qu’entretiennent la culture des hommes et les traits des paysages. En fiction, il soulève des questions liées à l’intime, à l’éthique et à l’identité. En plus de quarante ans de carrière d’écrivain, il a reçu nombre de distinctions, dont celles de l’Académie américaine des arts et des lettres, de la fondation Guggenheim, de la National Science Foundation, et en 2004, il a été élu membre de l’Explorers Club.\"
(Source éditeur)

Rêves arctiques - Barry Lopez

Le passage par le Nord
Note :

   Artic Dreams, Imagination and Desire in a Northern Landscape, 1986
   
    National book Award en 1986
   

    Un Gallmeister comme je les aime, bien dodu, bien dense, avec plein de nature à l'intérieur. Dites, M'sieur Gallmeister, vous pourriez pas en fournir plus? Le noir (et je ne parle pas que du chocolat) c'est bien, l'éco terrorisme (Abbey for ever) c'est incontournable, Lonesome Dove et ses 1200 pages remplies de cowboys, c'est carrément trop court, mais... 450 pages sans un poil de fiction, destinées à "fournir au lecteur un (...) aperçu de la biologie, de l'écologie, de l'archéologie, de l'ethnographie et de l'histoire de l'Arctique", c'est le kif total!
   
    Et je ne suis pas seule, maintenant je le sais. "Du haut d'une falaise, par un temps ensoleillé et venteux de la fin juin, il est facile de se laisser aller à des spéculations concernant l'obscur narval. (L'impression familière de dilatation, de profonde allégresse, que produisent ce genre de temps et l'occasion de voir des animaux, est résumée en un seul mot esquimau : quviannikumut, 'se sentir profondément heureux'.)
   
   Couvrez-vous, c'est parti!
   
   En plus des rencontres avec les habitants et la connaissance de leur milieu naturel, des chapitres sont consacrés au bœuf musqué (qui supporte tranquillement le vent, la neige, par - 40 degrés), au narval (des animaux fabuleusement adaptés à ces régions là) et bien sûr, l'ours!
    Cet animal est incroyable! (note : calme toi, pas trop de points d'exclamation). On a essayé de le photographier sur la banquise à l'infrarouge, mais la bête était trop bien isolée pour apparaître. Les seules traces visibles étaient les empreintes restant chaudes quelques minutes après son passage. Les ours polaires se débarrassent du trop-plein de chaleur de leur corps par les paumes de leurs pattes (oui! En plus il trouve le moyen d'avoir trop chaud!)(oui, je sais, pour les points d'exclamation).
    Excellent chasseur, même s'il rate quand même quelques proies (heureusement pour les phoques).
   La descendance?
    "Les ours polaires sont conçus durant les trois semaines d’œstrus de la femelle, entre avril et mai, mais les ovules fécondés ne s'implantent dans la cavité utérine que beaucoup plus tard"
   

    Maintenant, les mauvaises nouvelles : le plus grand danger qui le menace, écrivait Lopez en 1986, "n'est plus la chasse, mais le développement industriel et ce qu'il amène avec lui." (...) Empoisonnement de l'environnement. Femelles dérangées par le développement de corridors de transport et expérimentations sismiques destinées à découvrir les gisements de minerais et de pétrole. Et puis les influences sur populations de phoques.
    Trente ans plus tard, je crois qu'il faut ajouter le réchauffement climatique.
   
    Naturellement Barry Lopez sait aussi partager son admiration et son respect pour les populations rencontrées, leur culture, leur art et l'utilisation extraordinairement adaptée du produit de leur chasse (en dehors de la nourriture) pour par exemple les habitations, les traîneaux, les vêtements.
    "Les Esquimaux saisissent très vite l'essence de n'importe quel problème mécanique et y apportent une solution.""Comme quelqu'un le fit remarquer un jour, ils sont très malins, ces hommes souriants qui ne connaissent ni les poches, ni les chapeaux, ni la roue."
   
    "Sur l'île Saint-Laurent, un chasseur yup'ik m'a dit un jour que ce que les Esquimaux traditionnels redoutent le plus chez nous, c'est l'ampleur et la profondeur des modifications que nous sommes en mesure d'imposer à ce pays, et le fait que nous pouvons facilement procéder à certains de ces changements par le truchement de l'électronique, depuis une ville lointaine. Les Esquimaux, qui considèrent parfois qu'ils ne sont pas entièrement détachés du monde animal, voient en nous des êtres dont la séparation d'avec ce monde pourrait bien être trop complète. Ils nous appellent, avec un mélange d’incrédulité et d'appréhension, les 'gens qui changent la nature'."
   

    Pour ne pas allonger, je passe le chapitre sur la glace, tellement variable et multiforme, donnant une faible idée des conditions de déplacement dans la région, et des dangers, et ajoute que, de façon logique, Barry Lopez raconte longuement l'aventure de la découverte de l'Arctique par les Européens, celle du pôle et du passage par le nord. Une grande épopée souvent mue par l'intérêt ou la recherche de la gloire, mais ponctuée de son lot de tragédies.

critique par Keisha




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Manifeste pour une planète préservée
Note :

   "Il est possible de vivre avec sagesse sur la terre, et d’y vivre bien"
   

   Il y a des livres dont jamais la lecture ou la relecture ne vous déçoit. J’ai puisé au fil des années dans les livres de nature writing avec plaisir mais parfois avec un enchantement total.
   
   Rêves arctiques est dans ma bibliothèque depuis 1987 et pour écrire cette chronique j’ai fait ma troisième lecture de ce livre magnifique.
   
   Barry Lopez est biologiste et entraine son lecteur de l’Alaska à la Sibérie, du Groenland au grand nord canadien. Il épouse ainsi les mers et les territoires du froid, les animaux qui peuplent ces mers prisent par les glaces (moins aujourd’hui hélas), bref mon imaginaire depuis que je suis enfant.
   "Ce qui rend si stupéfiante l'aurore boréale, pâle rideau arachnéen de lumière qui semble onduler à travers le ciel, c'est en partie sa timidité"
   

   Des chapitres consacrés à la glace, à la neige, à la lumière de l'arctique, au bœuf musqué ou au narval.
   
   La dent du Narval est fascinante, il faut dire qu’enfant j’ai fréquenté ce qu’on appelait alors l’Ecole dentaire histoire de redresser une mâchoire caractérielle, et dans la salle d’attente des vitrines exposaient des trophées peu sympathiques mais... il y avait une dent de Narval qui resta pour toujours dans ma mémoire, mes antennes ont frétillé en lisant les pages que Barry Lopez lui consacre.
   
   Les esquimaux qui sont partout présents, parfois victimes, souvent témoins indispensables de la connaissance de ces lieux où l’obscurité et la lumière si convoitées, se succèdent sans fin. C’est un livre tout à fait complémentaire de celui de Jean Malaurie : les Derniers rois de Thulé.
   
   Si vous ne connaissez rien ou presque à la conquête de l’Arctique, Barry Lopez y consacre un chapitre parfois très critique, lorsqu’exploration était surtout synonyme de commerce, mais aussi des pages emplies d’admiration pour des hommes que la curiosité et l’intérêt scientifique poussaient de plus en plus loin au péril de leur vie.
   
   Ce qui rend son livre si fort c’est l’alliage et l’alliance entre les données scientifiques, les fulgurances poétiques, les observations méticuleuses et les interrogations humanistes. Une quantité d’informations scientifiques sidérantes mais qui ne pèsent jamais, auxquelles vous reviendrez si vous le souhaitez mais qui à jamais laisseront une trace chez vous, pour que le mot Arctique résonne d’une façon différente
   
   Si vous êtes amoureux de l’hiver, de la neige, des paysages du Grand Nord...
   
   Si notre planète vous tient à cœur, si comme moi vous n’irez jamais aux confins de l’Arctique mais que son devenir vous importe...
   
   Alors ce livre doit figurer dans votre bibliothèque et peu importe son année de parution, non seulement il ne s’est pas démodé mais ses mises en garde, ses inquiétudes nous talonnent aujourd’hui.
   
   Un beau manifeste pour une planète préservée.

critique par Dominique




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