Lecture / Ecriture
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Hécate de Frédéric Jaccaud

Frédéric Jaccaud
  Hécate
  Exil

Hécate - Frédéric Jaccaud

Comme d’autres fouillent la boue
Note :

   Frédéric Jaccaud, Frédéric Jaccaud, né à Lausanne en 1977, est un écrivain suisse. Titulaire d’une licence ès Lettres, il publie régulièrement des articles critiques sur les littératures de genre dans différentes revues et a tenu une chronique régulière sur des œuvres oubliées traitant de voyages imaginaires, d’utopies et de science-fiction. Son premier roman, Monstre (une enfance) date de 2010 et La Nuit est sorti 2013. Son troisième bouquin, Hécate (Faits divers) vient tout juste de paraître.
   
   "Le 2 février 2010, Sacha X, médecin de Ljubljana, est retrouvé sans vie à son domicile, le corps déchiqueté par ses trois bullmastiffs. Là s'arrêtent les faits chroniqués en leur temps par la presse internationale. Entre alors en scène un jeune flic, Anton Pavlov, témoin imaginaire de cette scène indescriptible. Cet amoureux secret de littérature se laisse dès lors entraîner dans une quête du sens qui le mènera au-delà de l'obscène : comprendre l'histoire de cette mort étrange, trancher le voile et découvrir derrière celui-ci la beauté, la vérité ou la folie."
   

   Paru en Série Noire, si le roman est réellement noir, il ne s’agit pas pour autant d’un polar au sens classique du terme et Anton Pavlov, flic, n’est qu’un agent de la circulation qui a pu pénétrer sur les lieux du drame et en visualiser la scène révélant une perversion sexuelle masturbatoire aboutissant à la mort. A partir d’un fait divers réel lu dans la presse, Frédéric Jaccaud construit un roman dérangeant car touchant les tréfonds de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus sordide. Ce n’est pas un roman avec enquête comme on l’entend généralement, s’il y a une recherche elle est d’ordre psychanalytique.
   
   Il m’est assez difficile de vous parler du bouquin, parce qu’il est très court (130 pages) d’abord et surtout parce que l’auteur tente d’explorer les zones sombres de nos personnalités, les pensées secrètes qui hantent certains d’entre nous et de "comprendre l’incompréhensible, l’odieux, l’horreur, ou plus tragiquement, chercher une parcelle d’humain dans ce qui semble le plus inhumain." En se risquant à ce petit jeu, Anton Pavlov n’est pas chien et donnera beaucoup de lui-même. Trop peut-être.
   
   Ecrit en courtes phrases semblant banales et laissant craindre un style affligeant, bien vite c’est tout le contraire qui saute aux yeux. Cette concision, cette économie de mots n’en est que plus fort encore et le lecteur est pris, comme le lapin dans les phares de l’automobile la nuit, tétanisé au fur et à mesure que se dévoilent les faits mais fasciné aussi, devant l’épilogue qui s’annonce presque évident. Un roman remarquable et puissant en si peu de pages, moi je dis chapeau !
   
   Bien entendu le roman est dédié à Paul Morand – comprenne qui pourra.
   
   "Les policiers entassent les bullmastiffs dans le fond du camion ; empoignés à quatre mains par la peau du dos et jetés avec violence. Les portes du fourgon claquent et mettent un terme à cette exhibition triste, où la force brute est matée par la torture. La foule commence à ressentir de la pitié pour ces molosses, mais un rugissement, dans lequel s’entremêlent plusieurs timbres, déchirant et agressif tout à la fois, ébranle l’atmosphère contemplative – Il paraît qu’un type s’est fait bouffer dans l’un des appartements là-haut. L’homme lève la tête comme d’autres fouillent la boue ; voir ; la démonstration canine a aiguisé leur goût du sordide."

critique par Le Bouquineur




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