Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Baudelaire en passant de Didier Blonde

Didier Blonde
  Baudelaire en passant
  Carnet d'adresses
  Leïlah Mahi 1932

Didier Blonde est un écrivain français né en 1953.

Baudelaire en passant - Didier Blonde

Un oeil oblique sur Baudelaire
Note :

   On a beau goûter les sommes biographiques définitives qui font le tour complet d'un auteur, on n'a pas toujours le temps de les ingurgiter. Si j'ai pu avaler le Joyce d'Ellmann, le Roussel de Caradec, le Laforgue de Lefrère, le Fallet de Lécureur ou le Perec de Bellos, m'attendent toujours sur mes étagères, et je ne cite que les plus urgents, le Nabokov de Boyd, le Rimbaud du Lefrère précité, le Jarry de Besnier, le Simenon d'Assouline, le Proust de Tadié et, pour ce qui m'intéresse aujourd'hui, le Baudelaire de Pichois et Ziegler. Heureusement, pour certains écrivains, il existe quelques essais périphériques qui, laissant de côté l'exhaustivité, permettent de découvrir une oeuvre d'un point de vue original, un peu décalé. Il ne s'agit pas de travaux universitaires, d'études de détails, mais d'ouvrages qui prennent un angle d'approche différent. Dans ce domaine, Proust a de la chance : le Comment Proust peut changer votre vie d'Alain de Botton et le Proust fantôme de Jérôme Prieur sont des réussites exemplaires. La démarche de Didier Blonde ressemble d'ailleurs beaucoup à celle de Prieur : partir à la recherche de son sujet au moyen des lieux et des objets qui en portent encore la trace.
   
   Pour Baudelaire, ça commence au cimetière Montparnasse, prétexte à une réflexion sur le nom (Dufaÿs, celui de sa mère, Aupick, Baudelaire ou Beaudelaire), ça se poursuit dans la maison de santé du docteur Duval où il finit ses jours, puis dans diverses rues de Paris où il a séjourné, la plupart du temps de façon très brève. Pas toutes bien sûr, il y en a trop et, de toute façon, beaucoup ont disparu. Chaque halte est prétexte à une rencontre avec un ami (Constantin Guys, Nadar, Madame Sabatier...) ou avec un objet (une photographie, un dessin, un miroir, une malle, un manuscrit...) à partir duquel Didier Blonde révèle une facette de Baudelaire. C'est très intelligent, souvent éclairant, sans pathos inutile (et pourtant, il y a matière), illustré de citations bien choisies qui font passerelle entre l'homme et l'oeuvre.
   
   Extrait. "Il a habité tantôt en haut, tantôt en bas, de plain-pied ou sous les toits, près du ciel ou de la rue. Les témoignages contemporains, ou la tradition orale qui a suivi, ne retiennent, dans la cinquantaine de domiciles parisiens qu'il a occupés, que des mansardes ou des rez-de-chaussée. A niveau d'homme ou d'oiseau, la perspective n'est pas la même, on ne voit pas la ville selon le même point de vue. De près ou de loin, Baudelaire jette un double regard sur Paris : panoramique ou focalisé, celui du balcon ou celui du pavé. [...] Et à l'hôtel Voltaire, sur le quai du même nom [...], le réceptionniste que j'ai interrogé, embarrassé, s'en est tiré comme M.B. de la rue Frochot : "C'était certainement en haut, au cinquième", a-t-il répondu après un moment d'hésitation. Un poète ne peut vivre que dans une mansarde, près du ciel, la tête dans les nuages, c'est la place que Béranger ou Murger, ces spécialistes de la bohème, lui assignent."

critique par P.Didion




* * *