Lecture / Ecriture
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L'affaire Arnolfini de Jean-Philippe Postel

Jean-Philippe Postel
  L'affaire Arnolfini

L'affaire Arnolfini - Jean-Philippe Postel

Un mystère résolu !
Note :

   On croit le connaître bien ce couple Arnolfini, lui le marchand italien venu dans les Flandres, avec son large chapeau noir, elle dans son immense robe verte. Ils se tiennent par la main, elle est peut-être enceinte, et ça se passe vers 1434 alors que Jan Van Eyck est devenu un maître excellant dans l'art d'une peinture à l'huile très soucieuse des moindres détails. Sous-titré “Les secrets du tableau de Van Eyck, roman d'investigation”, l'essai de Jean-Philippe Postel va bousculer les thèses les plus couramment admises sur cette œuvre conservée à la National Gallery à Londres.
   
   Examinant à la loupe les personnages et tous les objets visibles, reprenant les différentes lectures qui ont été faites de ce tableau, aucune jamais pleinement satisfaisante, l'auteur tente de percer le mystère avec une maestria confondante.
   
   "Le tableau peut maintenant se déchiffrer à la façon d'un rébus"
clame Postel en inaugurant son dévoilement. Il remarque l'unique chandelle allumée au dessus d'Arnolfini alors qu'est éteinte celle qui se trouve du côté de l'épouse. Ce signe de mort est ensuite retrouvé sur les petites scènes entourant le miroir : le Christ est vivant du côté du mari, mort du côté de l'épouse. D'autres éclairages de l'essayiste opposent le monde des vivants et celui des morts. De la surgit chez le lecteur cette intuition que l'épouse est décédée et que le tableau a été peint en souvenir des temps heureux du mariage.
   
   Continuant de faire parler — littéralement ! — la peinture, Postel ne manquera pas de vous surprendre, jusqu'à trouver dans le portrait de l'Italienne une ressemblance étonnante avec la femme et modèle du peintre, Margaret Van Eyck.
   
   Bien d'autres surprises attendent le lecteur ! La reproduction de nombreux détails de l'œuvre permet de suivre pas à pas l'enquête de Jean-Philippe Postel.
   
   Désormais, voici un livre incontournable pour connaître l'œuvre du maître flamand et une ressource utile pour les enseignants qui sont amenés à préparer des cours sur l'art du XVe siècle.
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critique par Mapero




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En un passionnant examen
Note :

   J’avais expérimenté il y a peu l’étude détaillée d’un tableau, l’exercice m’avait énormément plu, le billet de Mapero sur un tableau de Van Eyck et son analyse à la manière d’une enquête m’a aussitôt donné envie de recommencer l’expérience.
   
   J’ai lu ce livre avec d’autant plus de plaisir que Van Eyck est un peintre que j’aime beaucoup, j’ai vu plusieurs de ses œuvres à Vienne, à Londres, à Gand, à Bruges et Paris bien sûr.
   Mais suivons Philippe Postel devant le tableau Les époux Arnolfini à la National Gallery de Londres. Je précise tout de suite que l’éditeur a eu l’excellente idée d’utiliser les rabats du livre pour nous permettre de visualiser les détails du tableau.
   
   Tout d’abord la partie facile: c’est une huile sur bois de petite dimension (82cm sur 60) je me souviens à Londres d’avoir été un peu déçue par la taille du tableau. La date est approximative, 1434, et comme pour beaucoup de peintres de cette époque on ne sait pas grand chose de Van Eyck si ce n’est qu’il y eut deux frères et qu’ils sont parmi les premiers à utiliser la peinture à l’huile.
   
   Ce tableau fut très commenté car nous dit Philippe Postel "pour autant que l’on sache, aucun peintre avant lui n’avait jamais représenté un homme et une femme dans une chambre."
   
   En effet, on est loin des vierges à l’enfant ou d’Adam et Eve.
   
   Dans mon souvenir c’était un couple plutôt riche et nouvellement marié, avec une jeune femme enceinte manifestement, quelque chose m’avait frappée à l’époque : ils ne souriaient pas mais alors pas du tout, le mari était-il mécontent qu’elle soit enceinte ? mon souvenir s’arrêtait là.
   
    Riches ? oui ils l’étaient, l’auteur attire notre attention vers "les meubles délicatement sculptés, luxueux miroir, splendide chandelier de cuivre, draperies fastueuses, tapis d’Orient, vêtements fourrés de martre zibeline et de vair"
   
   Quelles étaient les intentions du peintre? plus Philippe Postel nous fait circuler dans la toile plus les questions affluent : pourquoi le chien ne se reflète-t-il pas dans le miroir ? pourquoi une seule chandelle est allumée au chandelier? Le XVème siècle était un siècle où les symboles étaient beaucoup utilisés par les peintres, fruits, chaussures posées là de façon un peu incompréhensible: laisse-t-on traîner des socques de bois lorsque l’on prend la pose pour un tableau très solennel ?
   
   Philippe Postel fait des suppositions, recoupe des informations glanées dans les livres nombreux qui ont commenté ce tableau.
   
   Il analyse avec méthode et précision et n’étant pas critique d’art il utilise les dons d’observation tout à fait indispensables au médecin qu’il est.
   
   Avec brio et érudition Philippe Postel nous fait entrer dans le tableau, plan par plan, détail après détail car tout est matière à symbole et interprétation. Il utilise des travaux d’historiens d’art, de chercheurs, parfois leurs démonstrations recoupent les siennes et parfois au contraire s’en éloignent.
   
   Vous découvrirez que ce tableau est lié avec d’autres œuvres du peintre et vous prendrez plaisir à la lecture patiente de "ce somptueux labyrinthe de reflets et de miroirs"
   
   Amateur de peinture je vous recommande ce livre qui vous engage à "Regarder, regarder encore, regarder toujours, c'est ainsi seulement qu'on arrive à voir" citation que l’auteur a mise en exergue de son livre et qui est de Jean-Martin Charcot célèbre neurologue.

critique par Dominique




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