Lecture / Ecriture
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La secte des égoïstes de Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt
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  La secte des égoïstes

Éric-Emmanuel Schmitt est un auteur d'origine française né en 1960 et naturalisé belge en 2008.

La secte des égoïstes - Eric-Emmanuel Schmitt

N’y a-t-il vraiment rien?
Note :

   Premier roman de EE Schmitt, "la secte des égoïste" est presque une nouvelle (une centaine de pages) qui se lit d’un trait. Mais, par un effet magique, tout comme il existe des pavés d’un millier de pages qu’on oublie en une saison, il y a des météores littéraires qui vous font réfléchir à ne plus trouver le sommeil. Je ne fais pas exception à ce postulat et je me suis retrouvé dans mes plus terribles doutes une fois terminé la lecture.
   
   Construit comme une enquête, le personnage principal part à la recherche de renseignements sur un certain Gaspard Languenhaert, fondateur d’une secte bien particulière dont il sera le seul membre, et pour cause : ce dernier est persuadé que le monde qui l’entoure n’est que le fruit de son imagination.
   
   Le roman est paru en 1994. Depuis, le Grand Ecran nous a offert l’univers entièrement façonné de Matrix auquel on pense en premier lieu. Puis le Truman Show. Pour ma part, j’ai automatiquement songé aux digressions de Philip K. Dick et ses faux semblants, ces vérités cachées derrière les mensonges les plus honteux (ou l’inverse), ces réalités apocryphes qu’un seul grain de sable peut faire s’écrouler sur d’autres mondes sans plus de consistance. Une mise en abime infernale qui nous réjouit au plus point.
   
   Cette spirale satanique s’empare alors du lecteur : et si rien n’existait à part moi? Si j’étais l’auteur et le metteur en scène de tout un monde, tout un univers qui graviterait autour de ma personne, se moquant d’un seul coup de toutes les lois physiques? Si j’étais Dieu. Et, soudain, l’atroce découverte : si, au contraire, je n’existais pas?
   
   Et me voilà replongé dans mes doutes existentiels de mes vingt ans.
   
   J’avais découvert l’horreur absolue en réfléchissant à mon humble condition de mortel suite à un débat d’une haute volée philosophique entre potes (non, nous n’avions même pas l’excuse d’être ivres). Pour un agnostique ou un athée, l’inexorable avancée du Temps est une angoisse… infinie. Un jour ou l’autre, je meurs. Soit. Il faut bien se faire une raison. Et puis, immortel ce n’est plaisant qu’un temps : voir tous ceux que l’on aime partir avant soi, c’est d’un ennui… mortel. A moins que nous devenions tous, en même temps, éternels. C’est pas une solution, nous sommes d’accord. Bref, je meurs. Il est aisé de deviner ce que va devenir mon corps. Mais mon "moi", ce que je pense, ma conscience, ce qui me définit, disparait-il également? Et pour combien de temps? Car la spirale devient vertigineuse alors. Le temps ne s’arrête jamais. On ne peut se consoler de la mort du soleil. L’univers n’est constitué QUE de soleils qui naissent et qui meurent. Depuis les théories sur l’expansion de l’univers, on sait qu’aucun Big Crunch ne succédera au Big Bang Originel (qui lui, a eu la bonne idée de tout inventer d’un coup : la matière ET le temps). Une fois que toutes les étoiles de l’univers se seront éteintes, il continuera sa dilatation, à un rythme moins effréné certes, mais le Temps ne stoppera pas pour autant. Où sera mon esprit, ma conscience (mon âme diront certains) alors? Puisque je ne crois ni en une vie éternelle, ni en des réincarnations à la chaine… de toute manière lorsque la vie aura déserté le vaste univers, peu de chance de s’incarner en quoi que se soit. Un vague nuage, quelques poussières d’étoiles à la rigueur. Plutôt limité comme condition de vie. Il n’est pas imaginable de devoir rester (où ça d’ailleurs?) une éternité dans les replis du temps. Je n’en dormais plus de la nuit (c’est peut-être à cette intention que l’on a inventé les clubs et discothèques - je n’y vois pas d’autre explication). Et puis, finalement, j’ai trouvé la solution, comme on résout un Rubik’s Cube. Le jour de mon trépas, je m’endormirai dans un rêve, une seule et unique image, la plus belle possible j’espère, qui me tiendra lieu d’éternité à tout jamais.
   
   Voilà où mène la lecture de cette nouvelle. Faites bien attention avant de tourner la première page.

critique par Walter Hartright




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