Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le théâtre en liberté de Victor Hugo

Victor Hugo
  Le dernier jour d’un condamné
  Bug-Jargal
  Notre-Dame de Paris
  Les Travailleurs de la Mer
  L'Homme qui rit
  Claude Gueux
  Han d'Islande
  Ruy Blas
  Quatrevingt-treize
  Le théâtre en liberté
  Mille francs de récompense
  L'intervention
  Han d'Islande

Victor Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a compté dans l’Histoire du XIXe siècle.
(Wikipédia)

Sa biographie en bande dessinée ici.

Judith Perrignon a fait de sa mort le sujet de son roman "Hugo vient de mourir".

Le théâtre en liberté - Victor Hugo

Torquemada
Note :

   "Torquemada" est un drame en quatre actes et en vers de Victor Hugo écrit en 1869 et publié en 1882 en réaction à de nouveaux pogroms en Russie. Il fait partie du recueil "Théâtre en Liberté" qui rassemble 4 drames et 5 comédies. Nous avons déjà lu ensemble la pièce "Mangeront-ils" au cours d'une lecture commune pour le challenge Victor Hugo.
   Torquemada n'a jamais été donnée du vivant de l'auteur. Le moine dominicain Tomás de Torquemada (1420-1498) qui fut le premier inquisiteur est un personnage historique.
   Le moine espagnol Torquemada, considéré comme hérétique, est emmuré vivant. Il est délivré par don Sanche et doña Rosa, de jeunes gens purs et innocents qui ont été élevés ensemble et ont découvert l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre. Pris de pitié pour le sort affreux qui attend le moine, ils le délivrent.
   Torquemada part à Rome où il obtient l'absolution du pape et revient en Espagne pour y fonder l'inquisition. Cependant le roi Ferdinand amoureux de Rosa veut la séparer de son amoureux. Il les envoie au couvent et cherche à tendre un piège à don Sanche pour le tuer. Son premier ministre, le comte de Fuentel, les délivre et les confie à Torquemada. Celui-ci reconnaît en eux ses deux sauveurs mais lorsqu'il apprend que ceux-ci l'ont délivré à l'aide d'une vieille croix pour soulever la pierre de sa prison, il décide de sacrifier leurs "corps" sur le bûcher pour sauver leurs "âmes".
   
   Le sens
   Avec le personnage de Torquemada, Hugo critique avec virulence le fanatisme religieux et l'intolérance. Au personnage de Torquemada qui fonde la religion sur la peur, il oppose saint François de Paule, un ascète, un saint, pour qui la religion ne peut reposer que sur l'amour.
   Sa critique du pouvoir monarchique s'exerce à travers les personnages d'Isabelle et Ferdinand d'Espagne, les rois catholiques, personnages tout aussi implacables.
   
   Il y a dans cette pièce tardive de Victor Hugo (il avait quatre-vingts ans quand il la publie) de grands moments où les vers flamboyants rappellent le jeune romantique Hugo. Le personnage de l’inquisiteur espagnol est un personnage impressionnant. Il incarne le fanatisme porté à la plus haute puissance car Torquemada va jusqu’au bout de sa logique et de sa foi pervertie. Puisque brûler des corps, c’est sauver des âmes, il tient la promesse qu’il a faite aux jeunes gens en les "sauvant" c’est à dire en les livrant au feu.
   La critique au moment de la parution en 1882 a reproché à Hugo ses erreurs en ce qui concerne l'histoire et la psychologique. Dans La Revue des deux mondes Louis Ganderax écrit :
   "L’interprétation du poète, si éloignée qu’elle soit de la vérité historique, l’est encore plus de la vraisemblance humaine : elle est justement contraire à la psychologie du chrétien. Comment un chrétien pourrait-il croire qu’en brûlant un hérétique, il le sauvera contre son gré ? Pour que la douleur de la chair profite à l’esprit, il faut que l’esprit l’accepte et l’offre au Seigneur ; le supplice n’a pas la valeur morale du martyre, et le ciel n’admettra pas ce racheté malgré lui.
   Donc ce Torquemada n’est ni vrai, ni possible ..…"

    Louis Ganderax semble oublier que le fanatique ne raisonne pas comme un être normal. De plus, si comme il le dit, le personnage perd en vérité psychologique, il gagne, je pense, au point de vue dramatique. Le poète a voulu faire de ce moine un symbole du fanatisme religieux, il a voulu frapper les esprits en créant un personnage monstrueux dont le raisonnement échappe à la part d’humanité que chacun porte en soi. L'Histoire nous apprend que ces raisonnements existent ! Torquemada me fait penser à Savonarole à Florence et plus près de nous à Hitler. De ce fait, ce moine illuminé a une telle force qu’il met en relief tout ce qu’il y a d’atroce dans l’Inquisition. Il représente tout ce que hait Victor Hugo, l’intolérance, la haine de l’autre, l'atteinte à la liberté, le rejet de ceux qui n’obéissent pas à la norme, la volonté de domination des esprits. Torquemada n’est plus un homme, c’est un monstre et l’on pourrait en dire autant des autres personnages, les rois catholiques : Isabelle et Ferdinand qui représentent le pouvoir monarchique absolu… ou presque absolu car les souverains doivent se courber devant le pouvoir religieux.
   
   Quant à la vérité historique, Louis Ganderax a certainement raison. Victor Hugo a une grande connaissance de l'Espagne, un pays qu'il a visité, qu'il aime, et sa culture est immense. C'est pourquoi ses didascalies sont très précises sur le décor et les costumes mais elles trahissent avant tout une préoccupation esthétique et poétique. Lorsque la vérité historique le gêne, il la sacrifie volontiers à l'Idée ou au Sens qu'il veut donner. C'est avant tout un poète, un visionnaire et il écrit ici un texte engagé qui dénonce les abus de pouvoir de l’église et de la royauté. La pièce est évidemment une démonstration et parfois elle l’est un peu trop à mon goût ! je n’ai pas aimé par exemple le passage ou Torquemada rencontre Saint François de Paule et la discussion théologique qui s’ensuit et qui est trop démonstrative. De plus cette scène ne sert pas l’intrigue, elle l’arrête.
    Pourtant Victor Hugo voulait que le drame peigne le "vrai" , soit conforme à "la nature", en mêlant comme dans la vie, "le sublime au grotesque", "le bien et le mal", "le tragique et le comique". Mais le drame finalement a été bien autre chose du moins chez Victor Hugo. La conception antithétique de la vie, le noir et le blanc, l’ombre et la lumière, qu’il développe dans toute son œuvre, romans, poésies, dessins, et pas seulement dans le théâtre, a été animée par le souffle du grand poète. Loin de refléter la réalité, le drame frappe l’imagination, l’exalte, donne une dimension décuplée à l’intrigue d’où naît la beauté.
    Finalement Louis Ganderax a raison sur certains points mais pour moi sa critique passe à côté de ce qu'est le drame hugolien ! Ce qu'il y a de bien c'est qu'il ne pourra pas me répondre et me mettre en difficulté. Après tout le pauvre homme a écrit cela en 1882, il y a prescription ! Et il fallait un certain courage pour critiquer Victor Hugo, vénéré comme un prophète, à l’époque !
    ↓

critique par Claudialucia




* * *



La forêt mouillée
Note :

   La forêt mouillée de Victor Hugo appartient au recueil de Théâtre en liberté. C’est une comédie en un acte écrite en 1854 pendant l'exil de Hugo à Guernesey et qu'il n'a pas jugée assez bonne à publier ! J'avoue que je suis assez d'accord avec lui ; j’ai du mal à en voir l’intérêt si bien que je n’ai pas grand chose à en dire !
   
    Hugo montre ici un homme ridicule que la nature accable de sarcasmes. Le personnage Denarius (qui signifie denier et rime avec niais) "sous des apparences de contemplateur, est à l’évidence un grotesque qui se méprend entièrement sur la réalité de la vie naturelle." Son lyrisme est entaché de pédantisme et la nature n’a de cesse de se moquer de lui.
   et cela donne ceci :
   Denarius :
   Yeux purs qui vous ouvrez dans l’ombre au bleu matin,
   Douces fleurs, je ne veux aimer que vous.
   
   Chœur des fleurs :
   Crétin !
   
   Une pierre :
   Fossile !
   
   L’âne :
   Âne !
   
   Une grenouille :
   Crapaud !
   
   Les fleurs :
   Porte ailleurs tes semelles !
   

   Je sais bien que Hugo voulait écrire une comédie à la Shakespeare et que ces papillons et fleurettes qui parlent peuvent rappeler "Le songe d'une nuit d'été" mais on est loin de la poésie du Songe et la réflexion ne va pas aussi loin.
   
   Le thème traité est léger, presque inexistant : Denarius n’a jamais été amoureux et a horreur des femmes qu’il accable de sarcasmes. Apparaît dans la forêt Balminette accompagnée de madame Antioche qui discutent de leur protecteur respectif. Balminette a trouvé "un vieux", riche, qui lui promet une vie somptueuse. Elle est décidé à abandonner son amant en titre Monsieur Oscar qui est pauvre.
   
   Denarius s’amourache d’elle au premier regard. Ainsi, lui qui méprisait les femmes tombe amoureux à première vue d’une grisette vénale et sans cœur. Il s'agit donc d'une satire de ce genre d'homme qui feint d'aimer la Nature mais ne la comprend pas et qui affirme ne pas s'intéresser aux femmes mais ne les connaît pas ! Evidemment, il s'agit d'une réminiscence transposée du "Songe de la nuit d'été", pièce dans laquelle la reine des Fées, Titania, tombe amoureuse d'un homme à tête d'âne.
   
   Peut-être la pièce aurait-elle dû avoir une suite ? Telle qu’elle est, elle s’arrête là. Et il me semble que c’est bien mince pour y trouver un grand intérêt !
   
   La pièce n’a été mise en scène pour la première fois qu’en 1930 et l’on comprend pourquoi !

critique par Claudialucia




* * *