Lecture / Ecriture
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Comme une feuille de thé à Shikoku de Marie-Edith Laval

Marie-Edith Laval
  Comme une feuille de thé à Shikoku

Comme une feuille de thé à Shikoku - Marie-Edith Laval

Sur les chemins sacrés du Japon
Note :

   Quand on est déjà lecteur des chemins de Compostelle on est toujours à l’affût de ce genre de récit. J’ai lu il y a quelques années le récit du pèlerinage de Léo Gantelet vers les 88 temples japonais, le pèlerinage de Shikoku.
   
   La publication toute récente d’un récit similaire m’a évidement attirée.
   
   Comment une orthophoniste bon teint décide-t-elle de mettre sac au dos et de s’embarquer pour ce périple, parce que le Japon ce n’est pas tout à fait la porte à côté !
   
   Voici ce qu’elle dit
   
   "D’un chemin à un autre, d’un continent à un autre, il n’y a parfois qu’un embranchement au détour d’une discussion fructueuse joyeusement partagée au rythme de la marche"
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   En rencontrant un japonais sur le chemin de Compostelle qui lui parle du pèlerinage japonais, elle est aussitôt attiré par la lointaine Shikoku et ses temples.
   
    1200 km, voilà déjà là on se sent un peu petit, 88 temples où si l’on veut être un pèlerin respectueux, il s’agit de faire ses dévotions, de suivre les préceptes de Kûkai le fondateur du bouddhisme Shingon sur ce chemin. C’est un chemin vers l’illumination, vers le Satori.
   
   Il y a des similitudes avec Compostelle, un carnet à faire tamponner et calligraphier le nôkyôchou, la crédenciale japonaise si l’on veut.
   
   Déjà il s’agit de s’équiper : la tenue du pèlerin ou henro est composée d’une veste blanche, d’un chapeau conique et d’un bâton auquel est accrochée une clochette qui éloigne les bêtes sauvages et l’on a alors
   
   "la délicieuse impression de faire chanter la terre."

   
   Faire ce chemin est éprouvant, la température frôle les 35° et les pèlerins qui font le chemin en totalité ne sont pas légion. L’accueil est le plus souvent sympathique et les haltes sont l’occasion de se restaurer avec les dons faits par les habitants, fruits, poisson, boisson. La météo est très variable et parfois il est difficile de réserver un gîte pour le soir surtout que les conversations téléphoniques sont difficiles "moshi, moshi, allo allo"
   
   Les noms des temples ponctuent la marche, dévotions dans chacun et reprise de la route. Certains chemins sont plus que difficiles, les japonais les nomment Culbuteurs de pèlerin, passages ardus et glissants.
   
   Ensuite il faut accepter les rites du pays du Soleil levant.
   
   L’immersion est totale et malgré les années j’ai retrouvé beaucoup de points communs avec le livre d’Alan Booth : les ryokan, o-furo le bain traditionnel, les repas un peu surprenants, le bento préparé par l’hôte du jour, le jardin qui "irradie d’une indicible tranquillité".
   
   Mais les rencontres, comme toujours dans ce genre d’aventure, compensent largement les vicissitudes du chemin.
   
   Le dépaysement est garanti : la marche dans la brume, les sous-bois, les rizières, mais aussi les singes et serpents en nombre sont au programme.
   
    Un livre plein de sagesse, de questionnement et de joie de vivre et même si l’on ne partage pas la foi totale de Marie Edith, son récit fait passer un excellent moment. Vous repartez avec une flopée de citations que vous aurez plaisir à noter. Une jeune femme qui a réalisé son rêve "faire de ma vie un voyage ininterrompu."
   
   Petite aide pour le lecteur, un lexique en fin de livre pour ne pas mourir idiot et avoir ainsi la liste des 88 temples ... pour votre prochain voyage.
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critique par Dominique




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Le but est le chemin
Note :

   "Je voudrais te transmettre le frisson des départs dans l'allégresse des matins silencieux*". La lumière est encore enveloppée d'une légère nuit bleue. Mes pas se font velours dans cette nature qui s'éveille. Mes bâtons chuchotent en accompagnant les balbutiements du lever du jour. Voilà une nouvelle aurore qui pointe avec audace à travers le voile noir de la nuit, clamant qu'hier n'est plus et qu'aujourd'hui est à réinventer. Constat joyeux qui me porte et n'a de cesse de me nourrir chaque jour davantage".
   * Xavier Grall
   

   Comment se retrouve-t-on sur une île au Japon, avec pour objectif un pèlerinage de 1200 kilomètres à pied, ponctués de 88 temples ? Il suffit de rencontrer un pèlerin japonais sur les chemins de Compostelle et de suivre son conseil. La pèlerine a droit à un tenue spéciale, veste blanche, chapeau conique et bâton avec une clochette qui tinte à chaque pas.
   
   A l'origine du pèlerinage, le moine Kûkai, fondateur du bouddhisme Shingon qui a trouvé l'éveil sur cette île. L'auteure est venue chercher la sérénité et le calme intérieur qui lui manquent à Paris, pensant qu'un changement total de pays et de culture l'y aiderait.
   
   Elle se lance à une période inhabituelle pour le pèlerinage et se retrouve confrontée à de fortes chaleurs, souvent 35°, voire plus, ce qui ne l'empêche pas d'effectuer des étapes de trente cinq kilomètres.
   
   C'est une lecture que j'ai trouvée très apaisante. L'état d'esprit de Marie-Edith Laval étant extrêmement positif, elle transmet ses impressions et ses rencontres avec bonheur, étonnée de se voir considérée avec tant de respect. Les Japonais font plutôt ce pèlerinage en bus, et une occidentale qui le fait à pied est en permanence un sujet de curiosité et de vénération.
   
   Elle est comblée de petits cadeaux (c'est une tradition au Japon), souvent on lui propose de l'avancer en voiture, mais elle tient à tout faire à pied. Jour après jour, sanctuaire après sanctuaire, elle se débarrasse de tout ce qui l'encombrait. Elle se rapproche de l'état qu'elle recherchait, centrée sur l'essentiel. Sa démarche est spirituelle, elle fait son miel de tout ce qui la nourrit. La marche n'est cependant pas facile, les sanctuaires sont souvent en hauteur, il faut gravir un nombre incalculable de marches. Certains passages sont appelés "culbuteurs de pèlerins" tellement les montées sont rudes.
   
   Elle décrit tantôt des temples nichés dans des paysages magnifiques, tantôt des passages dans un milieu fortement urbanisé, bruyant et éprouvant pour la marcheuse. Je dois dire que j'ai particulièrement savouré les fins de journée où elle arrive dans des auberges traditionnelles, avec des bains chauds et des repas magnifiquement préparés.
   
   C'est un récit qui change complètement des écrits sur les chemins de Compostelle et qui m'a charmée, même si je l'ai trouvé parfois un peu exalté. La joie de la narratrice est communicative et sa démarche authentique. Son texte est émaillé de citations tirées de grands auteurs, poètes ou religieux où j'ai retrouvé de nombreuses références.
   
   "Et si nous osions quitter l'autoroute de nos conditionnements et les sentiers battus du bonheur de masse ? Et si nous avions l'audace de la prise de risque, de nous engager sur des chemins de traverse, au plus près de notre unicité ? Simplement, laisser venir ce qui œuvre à notre transformation personnelle, et par là même collective, pour bâtir ensemble un monde où règnent des valeurs humanistes et écologiques.
   Laisser de l'espace et du temps à notre voix intérieure et lui accorder une voie d'expression, là où le mental ne peut que se taire et l'indéfinissable poindre".

   
   En fin de récit, un carnet avec un glossaire et des renseignements pratiques sur le pèlerinage.

critique par Aifelle




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