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D comme: Love Story à l'iranienne de Jane Deuxard

Jane Deuxard
  D comme: Love Story à l'iranienne

Jane Deuxard est un pseudonyme. Il voile l\'identité de deux personnes : un couple. \"Journalistes primés indépendamment au niveau national et international, ils travaillent sous pseudonyme afin de pouvoir poursuivre leur activité de journalistes en Iran, et surtout pour protéger leurs sources, ces Iraniens qu\'ils rencontrent au fil de leurs voyages.\"

D comme: Love Story à l'iranienne - Jane Deuxard

Complètement plombant !
Note :

   Prix Franceinfo de la BD d'actualité 2017
   

   Dessin de Zac Deloupy
   
   Notre couple de journalistes est donc allé en Iran où ils ont rencontré beaucoup de gens, principalement de la classe moyenne, où ils se sont promenés et ont ouvert les yeux et les oreilles. Certains Iraniens, surtout les jeunes, ont accepté de leur parler plus ou moins franchement. C'est la génération de la prise de pouvoir d'Ahmadinejad par le biais d'élections truquées que l'Occident a fait semblant de croire démocratiques, tout comme on a fait semblant de croire que ce régime était moins dictatorial que le précédent alors que clairement, il n'en est rien. Rohani a suivi. En Iran actuellement règne une dictature religieuse absolument épouvantable et "Le bonheur est interdit en Iran."
   
   Alors, évidemment cela ne se fait pas sans la complicité active d'une grosse frange de la société, d'abord les religieux, bien sûr, puis les caïds qui peuvent exercer leur goût du harcèlement, du vol, du viol, du sadisme, sans grande limite hormis celle de le faire au nom d'Allah ; et les familles les plus traditionalistes enfin, qui apprécient de maintenir ainsi un pouvoir total sur tous leurs jeunes, les femmes bien sûr, mais les hommes également. Les rôles sont différents, mais il n'y a pas de liberté, pour personne.
   
   Cela m'a fait penser au travail de Svetlana Alexievitch sur la Russie post-communiste, sauf qu'ici, on est en bande dessinée et cette série de rencontres est ainsi aisément abordable et lisible par tous. Les auteurs ont parfaitement réussi à retranscrire l'épouvantable oppression permanente de cette vie que l'ont fait mener aux Iraniens qu'ils en soient conscients ou non, ainsi la parole est-elle aussi donnée à une jeune femme qui soutient -et elle y croit- que sa vie est plus agréable que celle des Occidentales.
   
   Le pire c'est qu'on ne voit pas comment ils pourront sortir de là. Laisser une dictature s'installer, c'est une chose, la chasser est une toute autre affaire, surtout quand elle est religieuse et entend régner autant sur les consciences et les pensées que sur l'extérieur. Tous les Iraniens qui souhaitent recouvrer leur liberté pensent que cela prendra des décennies.(et Jane Deuxard aussi, sans doute) et le lecteur également. Personnellement, je pense que cela viendra d'un coup sur impulsion de l'extérieur, car clairement, l'intérieur est complètement verrouillé. Beaucoup des jeunes rencontrés ont participé aux manifestations qui ont suivi la prise de pouvoir d'Ahmadinejad, mais la répression a été si féroce, qu'heureux d'avoir seulement survécu, ils n'envisagent absolument plus la moindre rébellion. Et l'emprise ne se desserre même pas avec le temps. "Dès que vous soufflez, vous reprenez un petit coup sur la tête."
   
   Cette Bande dessinée a reçu le Prix Franceinfo de la BD d'actualité et cela est plus que justifié. A lire absolument pour un travail journalistique courageux (faudrait me payer cher pour que je mette les pieds là-bas) et efficace, tout comme l'est le dessin de Zac Deloupy.
   
   "Aux Iraniens qui ont accepté de témoigner, à ceux qui n'ont pas osé. A tous les Iraniens. C'est un honneur de vous avoir rencontrés"

   (personnellement, je ne dirais pas vraiment tous, mais je comprends l'intention.)
   Diffusez, diffusez ! Pour ceux qui oublient ce qu'est ne pas séparer strictement religion et pouvoir.

critique par Sibylline




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