Lecture / Ecriture
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Romain Gary s'en va-t-en guerre de Laurent Seksik

Laurent Seksik
  Les derniers jours de Stefan Zweig
  Le cas Eduard Einstein
  L'exercice de la médecine
  Romain Gary s'en va-t-en guerre

Laurent Seksik est un médecin et auteur français né en 1962.

Romain Gary s'en va-t-en guerre - Laurent Seksik

Un roman, pas une biographie
Note :

    Le dernier ouvrage de Laurent Seksik raconte deux jours dramatiques, les 26 et 27 Janvier 1925, de la vie du petit Roman, qui deviendra Romain Gary.
   
    Dans l'existence de Roman, il y a la mère. Nina, jeune femme fantasque et libre. Elle a vécu une existence difficile avec la perte d'un premier enfant, la difficulté d'être acceptée par la famille son mari très religieux, et maintenant son mari la quitte.
   
    Elle vit dans le ghetto de Vilno en Lituanie, avec son fils des jours difficiles. Sa boutique de chapeaux est fermée, elle manque d'argent.
   
    Nina ne vit que pour son fils, elle est malheureuse, et son rêve, dans une société où persécution et antisémitisme augmentent, est de vivre à Paris avec lui.
   
    Et puis il y a le père, Arieh, fourreur comme l'étaient son père et son grand-père. La figure du commandeur pour le petit Roman. Un père volage qui les as quittés pour vivre un amour plus serein avec une nouvelle femme.
   
    C'est le mensonge et la trahison que Roman découvre, en même temps que sa fascination pour ce père absent.
   
    Le livre est un roman, pas une biographie. Les amateurs de Romain Gary vont certainement pousser de grands cris.
   
    L'auteur avec ses mots et son rythme soutenu, raconte les modes de vie du ghetto juif à Vilno. Seksik en fait un personnage sombre et vivant à la fois, avec ses rues, ses boutiques, ses habitants et l'insupportable haine qui monte.
   
    Faire d'un personnage réel une fiction audacieuse et pleine de mélancolie est je pense un hommage qu'aurait fort apprécié Romain Gary.
   
    Seksik nous touche par la justesse du ton, par la précision historique qui entoure l'histoire d'un couple qui se déchire.
   
    Les dernières pages donnent la parole au boucher nazi qui a liquidé le ghetto de Varsovie (60 000 juifs éliminés, le lecteur n'est plus dans la fiction) dans un dialogue avec Arieh, et cet ultime adieu au père face à l'extermination est très émouvant.
   
    Une envie de relire Gary, "La promesse de l'aube" pour retrouver Nina et comprendre qu'aimer c'est toujours difficile.
   
    Ce livre raconte la peur, la trahison et la plus profonde misère humaine, il raconte une époque qui plonge dans la barbarie.
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critique par Marie de La page déchirée




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Gary est à la mode
Note :

   Laurent Seksik, médecin et écrivain, s’est fait une spécialité de la composition de romans directement inspirés de la vie de personnages historiques célèbres. Après Albert Einstein et Stefan Zweig, c’est à Romain Gary qu’il s’intéresse dans sa dernière production. Plus exactement, à une journée particulière de la vie du jeune Gary, âgé en 1925 de dix ans.
   
   On pense souvent que la vie aventureuse et mouvementée, que la destinée de Romain Gary devaient avant tout à sa mère. C’est elle qui dut élever son fils après la séparation avec son mari. A moitié foldingue, chapelière déchue et désormais sans autre revenu que les dettes qu’elle contracte sans pouvoir les rembourser ou les arnaques minables qu’elle tente d’organiser, elle compense une personnalité aussi imprévisible que furieuse par un amour maternel infini.
   
   Pour Laurent Seksik, c’est en fait le père de Gary, Arieh Kacew, fourreur de son état, qui joua un rôle déterminant pour l’avenir de son fils. L’enfant vouait une adoration respectueuse à son père et était absolument convaincu que celui-ci reviendrait habiter au domicile conjugal.
   
   Alors, l’écrivain imagine une journée particulière où toutes les certitudes de celui qui est encore un enfant vont, une à une, s’écrouler. Celle de pouvoir bénéficier de la sécurité maternelle en réalisant combien sa mère est acculée à la misère et d’un caractère instable. Celle qu’il est facile de tromper la gentille vigilance du rabbin de la communauté en lui racontant une série de mensonges éhontés. Celle des amitiés trompées lorsqu’il doit subir coups et outrages de ceux qui en veulent à ses biens, à sa réputation ou à sa religion.
   
   Mais la plus grande trahison sera paternelle quand le fils réalisera que la nouvelle compagne, jeune, lumineuse, sensuelle et aimante de son père est enceinte et que, de fait, jamais son père ne reviendra auprès de sa précédente épouse.
   
   Vilnius fit l’objet d’un terrible massacre des Juifs par les Polonais au début du XXème siècle avant que de devenir un nouveau lieu d’extermination organisée par les troupes SS. Pressentant la montée brune, la mère de Gary eut la lucidité de fuir la ville avant qu’il ne fût trop tard pour aller s’installer à Nice en France, entraînant avec elle son fils. Cela ne l’empêcha pas d’être rattrapée par les forces du Mal mais sauva le jeune Romain du destin fatal qui allait être réservé à tout ce qui lui restait de famille à Vilnius.
   
   Avec beaucoup de talent et de gouaille et une bonne dose d’humour juif délicieux, Laurent Seksik jette un nouvel éclairage sur l’enfance d’un aventurier et homme de lettres qui allait marquer la deuxième partie du XXème siècle.

critique par Cetalir




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