Lecture / Ecriture
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Les rues d'hier de Silvia Tennenbaum

Silvia Tennenbaum
  Les rues d'hier

Les rues d'hier - Silvia Tennenbaum

Nul ne peut être à l’abri de cet engrenage-là
Note :

   "Il les attendait. Il était désormais clair dans son esprit que l'Allemagne était sur le point d'être purgée de ses juifs".
   

    La famille Wertheim habite Francfort et ce depuis quelques générations. Moritz, le père possède une entreprise de textile qui fonctionne très bien.
   
   La famille réside dans un quartier bourgeois. Elle se considère comme assimilée par l'Allemagne et ne pratique aucunement le judaïsme. De plus, un arbre de Noël se dresse chaque décembre dans le salon. Que peut-il leur arriver ?
   
   Moritz est père de quatre fils dont lui et sa femme sont fiers. Nathan dirige un cabinet d'avocats, est l'époux de Caroline dont il a eu quatre enfants, deux filles et des jumeaux. Les trois autres enfants de Moritz sont Gottfried qui sera envoyé en Amérique après une faute que l'on ne pardonnera jamais. Jacob tient une librairie et n'aspire à rien d'autre. Pour terminer, Eduard, le fils prodigue qui fera tourner la maison mère au décès de Moritz.
   
   Tout ce petit monde vit selon des conventions bourgeoises. On doit tenir son rang. Les petits enfants ne manquent de rien, tout est réalisé pour leur bonheur.
   
   Surtout qu'on ne les compare pas avec ces exilés juifs venant de Pologne. Eux ils sont allemands !
   
   Malheureusement la bataille de Sedan ayant été perdue par les Français, ces derniers désirent une revanche que les Allemands ne dédaignent pas. Eduard va s'y engager dans cette première guerre mondiale car il est patriote.
   
   Après la défaite allemande de cette guerre, peu à peu tout va se modifier pour cette famille bourgeoise. Insidieusement le National Socialisme va s'infiltrer dans les foyers et l'inflation est terrible. Malgré tout une partie de la famille garde toujours ce rang exigé et que peut-il leur arriver ?
   
   Après avoir éliminé les communistes, les vexations envers les juifs vont débuter.
   
   Chacun dans la famille, réagit différemment. Certains resteront là bas et d'autres vont s'exiler en France, en Suisse ou en Amérique, en Palestine.
   
   Même lors des purges, parce qu'ils sont là depuis des générations, ceux qui seront restés s'imaginent qu'eux seront épargnés...
   
   Et un jour, le destin frappe à la porte.
   
   "Les rues étaient jonchées de mendiants et d'enfants sales aux visages vieillis et décharnés. Des femmes étaient assises sur les perrons et tenaient des bébés apathiques dans de vieux chiffons. Des voitures à cheval se frayaient un chemin à travers la foule. Andreas avait l'impression d'avoir laissé le vingtième siècle derrière lui, d'avoir été abandonné de la civilisation"
   

   A la fin du livre, nous comprenons que Silvia Tennenbaum a écrit ce roman pour que l'on n'oublie pas et que ne recommence pas les mêmes erreurs. Combien de fois ne prononce t-on pas cette phrase? et pourtant des horreurs se perpétuent de par le monde.
   
   Ce qu'on perçoit très bien à la lecture c'est l'infiltration qui a pris quand même quelques années, des nazis dans la vie civile et ce bourrage de crâne insinuant que les Juifs étaient responsables de tous les maux des Allemands.
   
   La fin du roman est bouleversante. C'est Claire, l'arrière-petite fille de Moritz qui va porter le poids de l'horreur tout en incarnant l'espoir du futur.
   
   "Deux heures plus tard, le train démarra brusquement. Les valeureux citoyens francfortois s'étaient assis et ils dinaient en écoutant la radio ou en lisant le journal. Le bulletin météo annonçait une grande vague de froid, une masse d'air arctique arrivait tout droit du pôle. Le train cahotait vers l'est. Il mit plusieurs jours à atteindre sa destination"
   
   "Vous êtes juive ? demande la femme. Eva la regarda médusée. Elle imaginait qu'on pouvait désormais l'admettre, n'est-ce pas ? Elle acquiesça timidement. "Et vous avez survécu ? continue-t-elle. C'est un miracle. Je les ai vus emmener les Juifs au Vélodrome d'Hiver il y a deux ans. C'était horrible"
   Eva sécha ses larmes. "Et vous qu'avez vous fait ? demanda-t-elle dans dans son français haché teinté d'accent francfortois.
   "Qu'est ce que j'ai fait ? demanda elle. Que pouvais je faire ? Que pouvions nous faire ? " Elle s'écarta discrètement pour laisser un père et son fils prendre sa place. L'homme avait perdu un bras".

critique par Winnie




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