Lecture / Ecriture
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Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe de Donal Ryan

Donal Ryan
  Le cœur qui tourne
  Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe

Donal Ryan est un écrivain irlandais né en 1976.

Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe - Donal Ryan

Profond et émouvant
Note :

   Né en 1976 à Tipperary en Irlande, Donal Ryan a été la révélation des lettres irlandaises en 2013. Son premier roman, "Le cœur qui tourne" (Albin Michel, 2015), vendu à plus de 150 000 ex. dans son pays, a été élu Meilleur livre de l'année en Irlande, finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.
   
   Quatrième de couverture (Albin Michel) :
   "Jeune paysan naïf et solitaire, Johnsey vit à l’écart du monde. Il travaille à la coopérative du village, avec sa famille pour seul lien. À la mort de ses parents, il hérite de leur ferme, éveillant aussitôt la jalousie de la communauté. Et lorsqu’un consortium promet la prospérité au village en échange du rachat de ses terres, Johnsey refuse. Il devient dès lors un ennemi aux yeux des villageois, qui lui déclarent la guerre…"
   

   Mon avis :

   " Avec tous les cinglés qui ne pensent qu'à massacrer tout le monde en son nom, il faut croire que nôtre Seigneur se fiche royalement de savoir qui couche avec qui, il a des soucis beaucoup plus urgents "
   

   Pour certains, Dieu se montre généreux dans la distribution, et pour d'autres il donne moins et c'est le cas pour Johnsey une pauvre cervelle ramollie, un demeuré même pas fichu de faire tourner la petite ferme que son père lui a laissée en mourant. Après la mort du père, la mère n'arrête pas de se ratatiner et s'abandonne sous un manteau de tristesse. et puis un jour, elle lui fait faux bond et part rejoindre son mari.
   
   La solitude, Johnsey ne peut s'y habituer alors... fixer une corde à la poutre, se placer à la bonne hauteur et réussir un nœud coulant... et puis il y a les insultes, les brimades de jeunes chômeurs de son âge. Bousculé, renversé, roué de coups, il se réveille à l'hôpital et fait la connaissance de "jolie voix" l'infirmière et de Dave Charabia, un moulin à paroles. Mais un jour les terres dont Johnsey a héritées deviennent constructibles, et les ennuis commencent.
   
   Une construction originale, le roman est divisé en 12 chapitres, chacun détaillant un mois de la vie de Johnsey Cunliffe. Le jeune homme se souvient à chaque fois de la transformation de la nature au fil des saisons et des travaux à effectuer à la ferme, puis le récit reprend son cours. Roman sur la solitude, la différence, le besoin d'amitié, de tendresse et de sexe, mais aussi sur la cupidité. Un portrait sans concession de la société rurale irlandaise. Le lecteur ne peut que ressentir de l'empathie pour Johnsey. Un roman profond et émouvant porté par des mots simples comme l'est Johnsey Cunliffe.
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critique par Y. Montmartin




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Bye bye Johnsey
Note :

    Après le beau et choral "Le Cœur qui tourne" le roman "Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe" est un peu l'inverse et se conjugue au singulier, un an de Johnsey, 24 ans, modeste paysan irlandais, naïf et solitaire, dans la fermette héritée de ses parents. Dans cette Irlande en plein boum il se retrouve bien seul, timide et introverti, en proie aux vexations et éventuellement aux raclées des plus forts. Il se trouve qu'en ces années bizarres ses maigres terres en viennent à prendre brusquement de la valeur. Et que son refus de céder aux pressions lui vaut un regain d'inimitiés. Le ton de cette chronique qui court sur douze chapitres/mois est plutôt relativement allègre tant Johnsey semble s'accommoder tant bien que mal, sans que le ciel d'Irlande ne soit trop bleu pour autant.
   
    Pas d'amis, bien peu à l'aise avec les filles, le garçon se gave de séries télé sur le canapé et tache d'éviter les mauvaises rencontres. L'une de ces rencontres l'expédie à l'hôpital qui lui sera un havre de paix relative et où il trouvera l'amitié et quelque chose qui pourrait ressembler à de l'amour. N'exagérons rien, le bonheur n'est pas dans le pré, fût il vert Irlande, mais une infirmière lui est très dévouée et il se trouve un copain à la figure défoncée mais qui aime la rigolade. S'ensuivront des semaines de réadaptation qui finalement se révéleront les plus sympathiques de sa très moyenne existence. Vous trouverez dans un "année..." peu de pubs et peu de musique et on n'y danse guère de gigues endiablées.
   
    Le combat de cet homme simple, Donal Ryan nous en fait le récit sans faiblesse et l'humour qui perdure un moment n'empêche pas la gravité du sujet. Il cible cette perte de repères et une inquiétante globalisation économique aux effets désastreux. Dans cette désunion des hommes sur cette terre longtemps l'une des plus pauvres d'Europe, il est à craindre que Johnsey, nanti de son seul et maladroit courage, n'ait pas le dernier mot.

critique par Eeguab




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