Lecture / Ecriture
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La prairie de Fenimore Cooper

Fenimore Cooper
  Ados: Le Tueur de daims ; Le Dernier des Mohicans
  Le cycle de Bas de Cuir
  La prairie

James Fenimore Cooper est l'un des écrivains américains les plus populaires du XIXe siècle. Il est né à Burlington dans le New Jersey en 1789 et mort à Cooperstown dans l'État de New York en 1851
(Wikipedia)

La prairie - Fenimore Cooper

Far, far west
Note :

   Les grands espaces ont toujours eu une influence particulière sur l’homme, une attirance inévitable. C’est peut-être pour cette raison que notre ancêtre quitta la sombre forêt où sont restés, bien à l’abri, tous les autres primates. Chacun de nous possède au plus profond de lui-même cette fibre qui nous pousse vers les horizons lointains, que ce soit sous la forme d’océans sans fin, de montagnes déchiquetées ou ces grandes plaines de l’ouest américain. Le Far West.
   
   Jack London est LA référence en ce qui concerne les contrées montagneuses et enneigées, qui mieux que lui a pu décrire les rigueurs de l’hiver canadien, les rugosités de l’âme humaine qui a osé s’aventurer au-delà des limites de la civilisation? Jf Cooper est son égal en ce qui concerne des étendues moins septentrionales mais pas plus aisées. Il faut une bonne dose de courage et d’autonomie pour vaincre une nature encore sauvage. Vraiment sauvage.
   
   Ce que décrit Cooper n’existe plus. Et depuis plus d’un siècle, même si bon nombre d’américains croient encore qu’ils n’ont besoin ni de la société des hommes ni de leurs lois, une carabine à la main et un imposant 4x4 en guise de monture.
   
   Les indiens (amérindiens) ont été parqué dans des réserves, autant de zoos humains dissimulés sous le prétexte de leur rendre ce qu’ils ont perdu, quand ils ne se sont pas parfaitement intégrés à "l’american way of life", épousant les comportements peu écologiques de leurs conquistadors.
   
   Les fleuves ont disparus. Le Colorado meurt avant de pouvoir de jeter dans la mer, asséché par la démesure de Las Vegas. Le Missouri et le Mississippi qui arrosent le roman en prennent le fatal chemin.
   
   La puissance et la splendeur des bisons n’a pas résisté longtemps face à l’avidité et la bêtise de quelques-uns.
   
   Les grands espaces ont été apprivoisés, dénaturés, cultivés, souillés. Pour qui veut se faire une idée de ce que j’avance, je l’invite à visionner "Lonely are the brave" (seuls sont les indomptés) où Kirk Douglas voue une haine sans limites aux fils de fer barbelés qui morcellent les Open Range (pâtures sans limites) qui sont toute l’essence du Grand Ouest.
   
   La force de "La Prairie", c’est que le roman a été écrit au moment même où se déroule l’action (1827). Cela a force de documentaire, d’un témoignage direct sur une époque révolue. On ne pourra pas taxer Cooper d’avoir travesti la réalité. Il la magnifie dans des rapports humains qui n’ont plus cours. Car, c’est peut-être bien le plus terrible dans l’affaire, lors de cette fameuse conquête de l’ouest, davantage que les rivières, les plaines, les bisons, les indiens, c’est une droiture de pensée, une intégrité dans les manières de vivre, un esprit chevaleresque qui ont totalement disparu de ces grands espaces. L’avidité, la corruption, l’esprit de compétition ont remplacé la vraie justice des hommes, les conseils équitables et l’intégrité des hommes, qu’ils soient rouges ou blancs. Point d’angélisme cependant. Le bon sauvage n’existe pas plus que le vorace conquérant sans foi ni loi. Si les personnages de la Prairie sont de loyaux, justes et honnêtes hommes, à l’exception d’un seul, modèle de la couardise faite homme, ils savent prendre des décisions fermes et sans équivoque.
   
   Se plonger dans ces plaines infinies, c’est retrouver la vraie justesse des choses, une attitude digne, une conduite dictée par une logique et un bon sens inspirés par les conditions de vie rudes.
   
   Enfin, le style Cooper est imagé de tournures d’un langage propre à ceux qui n’ont que le ciel pour toit et les rares ressources d’une nature chiche pour vivre. Sans lyrisme outrecuidant qui aurait alourdi le propos, conservant ce style typique du XIXème qui avait l’élégance aristocratique de ceux et celles qui savent s’exprimer en nuances et d’une manière précise, Cooper nous ravit par sa maitrise d’une langue dénuée de chichis. Il va à l’essentiel à chaque coin de phrase.
   
   Il va sans dire que le personnage principal du livre n’est rien d’autre que cette prairie sauvage, mais le personnage du trappeur (que les adeptes de Cooper retrouveront avec bonheur - la prairie s’insère dans un cycle de 5 romans, dont l’incontournable Dernier des Mohicans qui le précède) sert de fil rouge aux aventures d’une poignée d’hommes fiers et se tenant debout. Ce lonesome cowboy qui n’a pour tout bétail qu’un vieux chien plus très vigoureux mais attentif au moindre bruit, à la moindre fragrance, à l’image de son maitre en somme, est l’incarnation de la sagesse acquise par une vie au grand air et des hauts faits dont il n’a pas à rougir au moment d’entreprendre ce long voyage dont personne encore n’a pu relater les particularités intrinsèques.
   
   Les 5 romans dans l'ordre du récit:
   
   Le Tueur de daims
   Le Dernier des Mohicans
   Le Lac Ontario
   Les Pionniers
   La Prairie

critique par Walter Hartright




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