Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Country. Les racines tordues du rock'n'roll de Nick Tosches

Nick Tosches
  La religion des ratés
  Country. Les racines tordues du rock'n'roll
  Héros oubliés du rock'n'roll : les années sauvages du rock avant Elvis
  Les Pièges de la nuit
  La Main de Dante
  Confessions d'un chasseur d'opium
  Night train
  Moi et le diable
  Le Roi des Juifs

AUTEUR DES MOIS D'AVRIL & MAI 2017

Nick Tosches, né en 1949 à Newark, dans le New jersey, d'un père italien et d'une mère irlandaise, a grandi à New York.

Divers petits boulots remplacent les études et ses premiers textes sont d'abord publiés dans des magazines de rock.

Il est l'auteur de plusieurs biographies, d'ouvrages de référence sur la musique moderne nord américaine et de polars, mais aussi de poésies.

Country. Les racines tordues du rock'n'roll - Nick Tosches

Une musique populaire
Note :

   Titre original : The Twisted roots of rock'n'roll, 1977
   
   Y a-t-il musique plus américaine que la country ? Avec ce livre initialement publié l'année de la mort d'Elvis, Nick Tosches a réalisé une véritable encyclopédie qu'on ne peut apprécier, faute de se souvenir de suffisamment d'artistes et de titres, qu'avec une discothèque démentielle ou plus commodément en compagnie de YouTube.
   
   Ringarde, la musique country ? Ne dites surtout pas cela à l'auteur ! "Les masses, reculant devant l'inondation générale du rap, se sont tournées vers la country contemporaine, comme alternative blanche, élevant celle-ci à un niveau de popularité jamais atteint" affirme Nick Tosches dans sa préface de 1996.
   
   Qu'est-ce donc que la country ? Tosches explore sa diversité, sa longue histoire, ses racines — y compris des ballades débarquées de la vieille Angleterre. "Un texte du dix-huitième siècle déversé à pleins tubes par le jukebox d'un bar topless n'est en rien l'exemple le plus bizarre de foutu truc taré qu'est la country." C'est une histoire musicale parfois métissée de blues, où l'on croise une foule de rednecks, où l'on s'installe souvent à Memphis, ou à Nashville pour le spectacle du Grand Ole Opry de WSM, la radio locale.
   
   Tosches fait revivre de multiples trajectoires d'interprètes méconnus courant à travers le Sud, depuis le Texas jusqu'à la Côte Est. Certaines de ces carrières ne se cantonnent pas à la musique country. Voici par exemple Jimmie Davis. Il a illustré la country dans les années trente avec "You are my Sunshire" sorti en 1939, repris par Johnny Cash sur un tempo lent, et qui serait le plus grand succès de toute l'histoire de la country. Ce même Jimmie Davis était aussi dans la police à Shreveport, Texas, et puis en 1944 il a été élu gouverneur démocrate de Louisiane et de nouveau en 1960. Mais ce sont aussi des pauvres types, des crackers — des vauriens — comme on disait en Géorgie, des types dont quelquefois l'auteur suit difficilement la trace. Quelques-uns ont figuré à Hollywood dans des films oubliés.
   
   Tosches souligne souvent l'indigence des paroles de la country, montre qu'elles étaient souvent crues — "obscénités campagnardes" — et se moque en passant de la fadeur des textes de Johnny Cash. L'un des musiciens les plus chouchoutés par l'auteur est Emmett Miller (Macon, Géorgie, 1900-1962). Il jouait en blackface dans les années 1920-1940 et il ornait sa country de passages en yodel, style en déconfiture après 1945 à l'heure du rockabilly.
   
   Des chanteurs blancs piquant la façon de jouer et de chanter des Noirs du Sud ce serait alors la solution miracle pour le patron des disques Sun ou Okey. Le label Sun a connu de fameux interprètes. Sur les plus connus, Elvis Presley et le fougueux Jerry Lee Lewis, Tosches multiplie les anecdotes piquantes. Saviez-vous que le second voulut tirer sur le premier ?
   
   Les recherches de Tosches s'étendent aux radios qui diffusent de la country, aux studios qui l'enregistrent, aux labels des majors et des indépendants. Avec le krach les ventes de disques chutèrent de 104 millions en 1927 à 6 millions en 1932. On explore en sa compagnie l'histoire du piano en Amérique, du violon qui domine aux XVIIIe et XIXe siècles, souvent joué par des esclaves, puis de la guitare hawaïenne et enfin des premières guitares électriques vers 1939.
   
   La country est toujours vivante et bien vivante. Ce livre en est la référence indispensable.

critique par Mapero




* * *