Lecture / Ecriture
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La Main de Dante de Nick Tosches

Nick Tosches
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AUTEUR DES MOIS D'AVRIL & MAI 2017

Nick Tosches, né en 1949 à Newark, dans le New jersey, d'un père italien et d'une mère irlandaise, a grandi à New York.

Divers petits boulots remplacent les études et ses premiers textes sont d'abord publiés dans des magazines de rock.

Il est l'auteur de plusieurs biographies, d'ouvrages de référence sur la musique moderne nord américaine et de polars, mais aussi de poésies.

La Main de Dante - Nick Tosches

Pas totalement revenu de l'enfer
Note :

   Titre original: In The Hand of Dante, Sib
   
   Je ricane dans ma barbe en pensant à ceux qui, trompés par un titre à la Dan Brown et une quatrième de couverture claire, vont se lancer bien confiants dans ce marigot. Il va y avoir des pertes en route.
   
   Nous commençons par une scène carrément répugnante (sexe + violence) après laquelle j'aurais définitivement refermé le bouquin si je ne m'étais pas engagée à le lire. Tosches fait partie de ceux qui pense qu'un uppercut d'entrée de jeu va accrocher le lecteur, mais il y a uppercut et coup bas. C'est sa façon de vous présenter Louie, un des trois personnages principaux de ce roman, tueur pas bégueule, de son état. Cela ne prend qu'une douzaine de pages après lesquelles, le lecteur se retrouve projeté sans avertissement bien loin de là, dans le temps et dans l'espace.
   
   Entrée en scène de Dante Alighieri, encore enfant. Nick Tosches sait énormément de choses sur Dante auquel il s'intéresse beaucoup, et depuis longtemps. Et il ne va pas tarder à vous en transmettre un maximum (oui, trop). Et ce qu'il ne sait pas, il l'imagine. Bref, nous suivons le poète, de son enfance à sa fin. Grand poète mais petit homme, dans ses amours velléitaires, et on ne met pas très longtemps à regretter la version officielle. NB : pas mal de citations en italien ne sont pas traduites (l'auteur parle italien, alors il ne voit pas pourquoi...). Mais pour le moment, ce chapitre est encore plus court que le premier (2 pages) et nous débarquons dans le troisième chapitre, en un troisième lieu et une troisième époque, pour y découvrir notre troisième personnage : l'auteur himself. Nick Tosches, reconverti en personnage de roman, et pas des plus scrupuleux. Ça, par contre, j'ai trouvé que c'était une bonne idée, amusante et riche en possibilités. Il jouera le rôle d'un spécialiste en livres anciens, se reconvertissant dans l'arnaque, avec de redoutables compagnons de jeu.
   
   C'est que "Un manuscrit complet de La Divine Comédie, rédigé de la main même de Dante" a été retrouvé par un prêtre qui compte bien s'en servir pour s'assurer de paisibles vieux jours. Hélas pour lui, il n'est pas le seul à avoir ce projet.
   
   Bref, une histoire pas mauvaise qui aurait pu donner un polar très correct et même plus. Malheureusement le lecteur se heurte rapidement à quelques problèmes : Les personnages restent quand même dans une peinture pas totalement convaincante, ni forcément très claire. (N. Tosches aime bien parler de ses goûts, mais ils n'ont pas toujours un rapport avec l'histoire...). L'intrigue est un peu floue, au point qu'on s'y perd parfois. Et surtout, tous les chapitres relatifs à Dante sont l'occasion d'une avalanche de renseignements très, trop, détaillés sur l'amoureux transi de Béatrice, sa vie, son œuvre. C'est long ! Cela alourdit considérablement le récit. On dirait que l'auteur à voulu faire à la fois un polar et un documentaire sur Dante et, c'est bien connu, qui trop embrasse, mal étreint. Les changements heurtés de lieu et d'époque ne parviennent pas à donner du rythme à ce roman qui s'enlise et perd de sa clarté au fil des pages...
   
   Il y a de belles pages littéraires, mais elles côtoient des outrances stupides, et pas seulement pour le personnage de Louie. Vous l'aurez compris, je le regrette mais je ne peux pas vous dire que j'ai apprécié ce livre, ce serait mentir. J'aurais bien voulu, pourtant, et je l'avais choisi en confiance, mais la vérité, c'est que, j'ai été contente de tourner la dernière page et de pouvoir passer à autre chose.
    ↓

critique par Sibylline




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Foutraque
Note :

   Je veux bien que certains encensent Nick Tosches comme un des plus grands de la littérature contemporaine américaine mais, pour ma part, j’y vois surtout un grand instable, doué mais "pas fini", pas mal défoncé probablement, avec un goût évident pour la provocation. Ceci ne suffit pas à mes yeux pour en faire un grand.
   
   Il a pourtant – c’est indéniable dans ce roman – des connaissances approfondies en ce qui concerne Dante, sa vie son œuvre, mais il présente une caractéristique rédhibitoire : celle du monsieur qui veut rester cryptique, probablement en partie par paresse (celle d’avoir à organiser son écriture) et par provocation (genre "je vous jette un os, démerdez-vous avec ça". En outre, quelque chose de particulièrement pénible sont ses citations en italien, en latin, voire en anglais… absolument pas traduites pour les béotiens (forcément !) que nous sommes. Condescendant le monsieur. Dis Nick ? Et si retirais le poil que tu as dans la main ?!
   
   Parce qu’en plus le procédé narratif ne simplifie rien puisqu’il traite, au fil des chapitres, de la vie de Dante et des efforts d’un homme de main de la Mafia chargé d’aller récupérer le manuscrit de "La Divine Comédie", pas moins, assisté d’un Nick Tosches himself dans le rôle d’un écrivain raté spécialiste de Dante.
   
   Nick Tosches ne donne aucun repère. Il passe du coq à l’âne puis revient à Dante et repart sur l’âne avant de virer coq. C’est agaçant au possible et me parait très méprisant vis-à-vis du lecteur. Le temps que j’ai mis à livre cet ouvrage est révélateur : longtemps, trop longtemps. J’avais autant envie de me replonger dedans que de me noyer.
   
   Voilà quelqu’un qui a certainement de très belles aptitudes à l’écriture, qui a de réelles connaissances en matière de Dante et de Mafia, mais qui s’en fout un peu puisqu’il est encensé par certains. On n’est pas loin de l’escroquerie…
   
   Il ne suffit pas d’être cryptique pour avoir du génie. Surtout si la confusion résulte d’une absence de volonté d’ordonner son discours.

critique par Tistou




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