Lecture / Ecriture
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Le Mystère de la Patience de Jostein Gaarder

Jostein Gaarder
  Le monde de Sophie
  Le Mystère de la Patience
  La fille du directeur de cirque
  Le château des Pyrénées
  Ados: L'Héritage d'Anna Jostein Gaarder
  Dans un miroir obscur

Jostein Gaarder est un professeur de philosophie et écrivain norvégien, né à Oslo en 1952.

Le Mystère de la Patience - Jostein Gaarder

Initiation méthodique aux vapeurs métaphysiques
Note :

   Resté célèbre dans le monde entier depuis « Le monde de Sophie » où l’épopée d’une enfant à travers les âges de la philosophie, des anciens à nos jours sur les traces d’un étrange bonhomme mystérieux, l’auteur norvégien explore de nouveau l’univers des amoureux de la sagesse en grimpant un niveau supplémentaire dans la dynamique du conte.
   
   Ancien professeur d’histoire et de philosophie, Jostein Gaarder a une âme de précepteur. Il transmet et écrit pour cela. N’écrit-il que pour cela ? Si Sophie entraînait le lecteur sur les bancs d’une université peu commune, Hans-Thomas, le jeune protagoniste de ce roman nous amène à réfléchir sur les cimes d’un conte aux multiples ressorts fantastiques, scintillants. Le fil conducteur, le voici :
    Hans-Thomas et son père sillonnent l’Europe en Fiat rouge, de la Norvège au pays des philosophes (la Grèce, pardi) pour y retrouver cette maman perdue il y a huit ans. Besoin de se trouver elle-même dans la patrie de la sagesse, elle y coule depuis une carrière des plus superficielles ; elle est mannequin, elle a du succès. Et ce voyage, à chaque étape prend une tournure de plus en plus étrange. Le jeune héros se retrouve plongé au cœur d’une histoire vieille de plus d’un siècle, autour d’un jeu de 52 cartes. Va-t-il percer le mystère de la patience ?
   
   « Celui qui révèlera le destin se devra d’y survivre. »
   
   C’est une épopée douce aux couleurs acidulées mais jamais mielleuses. Les accents sont tendres mais jamais naïfs. La réflexion est abordable mais jamais vaine, et toujours de grande substance.
   
   C’est aussi l’occasion de redécouvrir le mythe d’Œdipe, l’histoire du temple d’Apollon à Delphes avec sa curieuse occupante, la Pyhtie, allumée par des gaz souterrains, planant en permanence à dix mille, elle divaguait à longueur de journée pour le plus grand bonheur des touristes antiques les plus illustres.
   
   Vous n’aviez rien à emporter sur la plage cet été ? Ne bronzez pas idiot : « Le Monde de Sophie » et « Le Mystère de la Patience » ne s’évitent pas. Apprendre, se divertir, voyager à travers l’Europe et dans une île imaginaire fabuleuse ne se refuse pas entre la pastèque et la fêta.
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critique par Kassineo




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La patience n'est pas qu'une qualité, c'est aussi un jeu de cartes
Note :

   Hans-Thomas est un petit garçon ordinaire, qui vit à Arendal, dans le Sud de la Norvège, avec son père "fils de Boche", comme on appelle ceux qui sont nés de père allemand pendant l'occupation du pays, et qui présente la particularité de collectionner les Jokers des jeux de cartes. Sa mère, Anita, est partie lorsqu'il avait 4 ans, car elle voulait "savoir qui elle était". Un jour, par hasard, Hans-Thomas et son père retrouvent sa trace: elle aurait changé de nom et serait devenue mannequin en Grèce. Ils décident d'aller la retrouver pour la convaincre de revenir, et ils se lancent dans un road-trip à travers l'Europe. Mais au détour d'une station service suisse, Hans-Thomas rencontre un étrange nain qui lui remet un petit morceau de verre et les envoie dans un drôle de village du nom de Dorf, où le jeune garçon reçoit du boulanger trois brioches. Or, dans la plus grosse d'entre elles, Hans-Thomas découvre un livre minuscule, qu'il parvient à lire grâce au morceau de verre-loupe que le nain lui a donné. Mais d'ailleurs, comment ce nain pouvait-il savoir qu'il en aurait besoin? Et cette histoire racontée dans le livre, celle d'un marin échoué sur une île déserte peuplée de cartes à jouer, n'est-ce qu'une pure fiction? Toutes ces ressemblances entre le livre et la vie du petit garçon ne sauraient être fortuites...
   
   Premier livre du célèbre écrivain norvégien, ce roman entrecroise deux histoires, celle du héros et celle de l'île, qui vont peu à peu se rapprocher jusqu'à se confondre. A la fois quête de l'identité, quête de la mère et quête de la vérité, ce roman initiatique est assez original: chaque "chapitre" porte le nom d'une carte à jouer, regroupées par famille, le Joker occupant une place centrale. A la manière de Lewis Caroll, Jostein Gaarder nous emmène dans un monde parallèle et onirique, où derrière les apparences de conte merveilleux se cachent de véritables réflexions philosophiques, notamment sur l'importance de conserver en toute circonstance un esprit critique, sur le sens de la vie et l'existence ou non d'un destin.
   
   De plus, le héros, ce petit garçon au nom si compliqué, est très attachant, et porte sur le monde un regard dénué de préjugés, ce que nous avons peut-être trop tendance à oublier de faire en grandissant... Lui seul peut encore voir la magie qui se cache derrière chaque rencontre, et son père, enfermé dans son alcoolisme et sa collection de cartes à jouer, n'y prête pour sa part aucune attention, mais n'est jamais antipathique, car l'amour sans limite qu'il porte à sa femme lui confère une humanité appréciable et le rend fort touchant. Encore une fois, Gaarder prouve à ceux qui en douteraient encore, déçus peut-être par "Le Monde de Sophie", qu'il est un grand auteur, capable d'écrire un conte philosophique extraordinaire, suscitant à chaque page l'émerveillement des lecteurs, petits et grands, car ce roman, comme "Alice au Pays des merveilles", présente plusieurs niveaux de lecture, ce qui n'est pas sa moindre qualité.
   
    Jamais dogmatique, jamais simpliste non plus, Jostein Gaarder nous fait réfléchir et nous enchante par ses trouvailles, notamment l'allégorie de l'île enchantée, régie par les lois de la patience (jeu de cartes voisin du "solitaire"), qui est bien plus proche de notre monde actuel que nous ne pourrions le croire. En somme, un roman d'une grande beauté, plein de poésie et de profondeur, qui sous ses apparences de conte de fée cache en réalité une œuvre véritablement philosophique et intelligente.
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critique par Elizabeth Bennet




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Joker philosophique
Note :

   Sait-on garder son émerveillement, l’âge adulte venu, face au miracle qu’est la vie, à cette heureuse improbabilité qui fait que nous sommes, chacun de nous, le résultat d’un hasard qui nous conduit à être vivant ? En profite-t-on pour garder les yeux ouverts et apprendre et penser sans cesse ? C’est à cette question essentielle pour nous éviter d’oublier d’être intelligents et de sombrer dans une routine mortelle, que Gaarder tente d’apporter une réponse originale.
   
   Pour cela, celui qui fut un professeur de philosophie qui se fit connaître par le best-seller "Le monde de Sophie", imagine un petit conte philosophique d’une grande inventivité certes, mais dont la contrepartie est de finir par manquer un peu de lisibilité à force de multiplier les acrobaties.
   
   En mettant sur la route Hans-Thomas, un petit garçon intelligent et éveillé d’une douzaine d’années, et son père, un graisseur et ex-marin, qui a la particularité de collectionner les jokers de tous les jeux de carte qui croisent son chemin, l’auteur va créer les conditions d’un voyage initiatique. Hans-Thomas et son père traversent l’Europe en voiture pour tenter de retrouver leur mère et épouse, Anita, disparue sans explication huit ans plus tôt et dont ils ont retrouvé la trace par hasard comme mannequin dans un magazine grec.
   
   En demandant leur chemin, ils vont se trouver orientés vers un petit village suisse après qu’un mystérieux nain ait remis une loupe à l’adolescent. A partir de là, une suite rocambolesque d’évènements va faire strictement coïncider le voyage de nos deux compères avec le récit transcrit sur un livre minuscule, remis au garçon par un vieux boulanger du village où le nain les aura envoyés et dont la lecture est rendue possible par la fameuse loupe.
   
   Un récit qui nous transporte sur une île magique habitée par des nains dont nous comprendrons bien vite qu’ils sont tous les représentants vivants d’un jeu de carte destinés à composer une longue patience dont le joker, normalement hors jeu, est la clé. Une patience qui, elle-même, ne fait que symboliser le cycle éternel de la vie et de son renouvellement de génération en génération.
   
   Au fur et à mesure que les récits se déroulent en parallèle, le père et le fils descendant vers la Grèce et l’enfant découvrant une histoire de plus en plus étonnante, Hans-Thomas va lever un certain nombre de mystères sur la vie de sa propre famille et dénouer le destin dont il est l’enjeu.
   
   Impossible et inutile de tenter de résumer une histoire qui deviendra de plus en plus complexe, voire obscure. Il suffira de retenir que c’est en étant différent des autres, du commun, en se comportant en joker capable de troubler le jeu pour mieux en éclaircir le résultat en fin de compte, en refusant la fatalité et la facilité, que l’on deviendra seulement un homme capable de libre-arbitre et d’étonnements permanents.
   
   Pour ma part, je suis largement resté sur ma faim. Certes ce roman est d’une grande créativité. Mais, à force de multiplier les parallèles, de recourir à des circonstances improbables, de frôler le monde la magie, Jostein Gaarder prend le risque d’amoindrir l’impact de son message destiné aux adultes mais délivré sous la forme d’un conte pour les enfants. Mais peut-être manquons-nous de fraicheur d’esprit ?
   
   J'ai, in fine, largement préféré "Dans un miroir obscur", rédigé l’année suivante.

critique par Cetalir




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