Lecture / Ecriture
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Une seconde de plus de Delphine Coulin

Delphine Coulin
  Une seconde de plus
  Les mille-vies
  Samba pour la France
  Voir du pays

Une seconde de plus - Delphine Coulin

Le temps qui passe
Note :

    Ce sont des nouvelles de 6 femmes d'âges différents et leurs façons d'envisager le temps, sur la vie, la douleur.
   
   J'aime beaucoup les livres qui parlent de cette notion impalpable qu’est le TEMPS (la durée de vie chez l'être humain).
   
   La première nouvelle, "Belle lurette" me touche beaucoup j'ai l'impression de me reconnaître."-Je ne pourrais pas me revoir, ado ?" Beaucoup d'impressions justes dans le miroir de cette femme face à la petite qu'elle a été."Les enfants ont ce pouvoir-là : voir dans les adultes les enfants qu'ils ont été." Puis elle évoque son premier roman que j'ai lu et relu que j'ai trouvé très intéressant « Des Traces ». "Le déclic a eu lieu un jour où je devais participer à un séminaire d'entreprise. Une grande banque, qui finançait une fondation destinée au personnes âgées, avait eu la brillante idée de commencer la journée par une présentation de mon livre"
   
   Et son premier roman parle des personnes âgées, c'est un moment dans la vie d'un adulte qui fait peur, froid dans le dos.
   
   La deuxième nouvelle, elle se lit d'un trait : l'histoire d'une étudiante qui se lie le temps d'un stage à une jeune fille et à son père. L'histoire d'une rivière qui va disparaître, car on construit un barrage. C'est ma nouvelle préférée.
   
   À la lecture de ses nouvelles , on retrouve bien l'ambiance de son premier roman les Traces. Le temps consacré aux personnes âgées dans "un temps fou" une infirmière s'occupe de son père très malade. Dans celle "Vie et destin de Madeleine Bayard", l'histoire des chats, clin d'œil à Cédric Klapish avec son film « chacun cherche son chat ».
   
   "L'apesanteur" nouvelle sur la mort de Ness, ces cendres vont être un tableau. C'est une nouvelle étrange et puis pourquoi pas faire une œuvre d'art dédiée à la personne que l'on aime qui a su mettre de la couleur dans notre vie ?
   
    Enfin voilà un écrivain à découvrir,oui , elle a du talent. Ce sont des nouvelles avec un climat, où la douleur est présente.
    ↓

critique par mAlice




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Mais pas une seconde de trop!
Note :

   Recueils de six nouvelles de cet auteur née en Bretagne, à Lanester il me semble?
   Son premier roman, "Les traces", a obtenu plusieurs prix littéraires dont celui du "Télégramme" en 2006. Je reprends une de mes habitudes pour un auteur que je ne connais pas, commencer par des nouvelles.
   
   "Belle lurette", c'est quand la trentaine venue on se retrouve avec son enfance, mais de plein fouet, soi-même avec pleins d'années en moins, face à une petite fille de maintenant, qui remet en cause la vie que l'on mène. Comme en plus cette enfant est lucide mais impertinente, son alter ego adulte n'a pas forcément le beau rôle. A déguster sans retenue mais avec une certaine appréhension. N'avons-nous pas trahi notre enfance en perdant notre innocence?
   
   Dans "Les conserves", un sous-titre me vient à l'esprit "Histoire d'eaux". Nous sommes sur les bords de la Rense, dans une maison qui sent le rance. Une jeune étudiante en géographie spécialisée dans l'étude des rivières s'y installe avec une jeune fille et son père. La vie s'écoule au rythme de la rivière, mais un jour la décision tombe, la maison sera noyée sous des milliers de litres d'eau pour la construction d'un barrage! Une autre vie commence et certains rêves seront eux aussi noyés.
   
   "Apesanteur" qui aurait pu s'appeler "Paix à ses cendres". Nous sommes dans le milieu artistique, et dans celui des exilés d'Amérique Latine. La narratrice vient de perdre son compagnon Ness (Nestor) qui était sculpteur. A la crémation elle retrouve Diego, artiste peintre et compagnon d'exil de Ness et la mère de celui-ci. Bien vite se pose la question: que faire des cendres? Évidement la compagne et la mère de Ness s'opposent. Quelle pourrait être la solution pour qu'enfin le mort repose en paix!
   
   "Vie et destin de Madeleine Bayard, révolutionnaire". Elle aime les chats Madeleine, d'accord ses voisins pensent qu'elle les aime trop, ou qu'eux l'aiment trop. Faut dire qu'elle les nourrit, ces petits chéris et bien, alors ils préviennent les amis etc...
   Mais tout le monde n'est pas spécialement ravi de cette invasion, d'accord il n'y a plus ni souris ni rats, mais à part cela, le bruit, l'odeur les poils pleins l'escalier. Bref c'est la guerre entre Madeleine et le reste du monde. Mr Fuchs ouvre les hostilités en tuant un chaton. Alors c'est "Madeleine envers et contre tous!"
   
   "Un temps fou", à elle seule, cette nouvelle justifie la lecture du recueil! Je n'en parlerai pas plus.
   
   "Les gouttes en bas des draps" est un court texte, sorte de requiem se déroulant en Italie autour de linge qui sèche et de gens qui s’observent.
   
   Six femmes, six histoires de l'écrivain confronté à son enfance. Une femme encore, jeune étudiante voit sous ses yeux et sous les eaux deux vies changer, l'enfermement du père qui quitte sa maison pour un deux pièces et de sa fille qui reste avec lui.
   Affrontement ensuite, qui de la mère ou de la compagne doit décider pour les cendres du défunt, objet de discorde. Une Madeleine qui ne fait pas une fleur à ses voisins dans une histoire qui va loin, très loin même! Anne, travaillant dans un hôpital est confrontée à la mort, une certaine habitude s'installe, mais pas tout le temps!
   
   Un superbe recueil de nouvelles de cette auteur qui était pour moi inconnue, mais qui ne le restera pas longtemps. Une bonne chose que de se fixer d'autres objectifs de lecture que nos habitudes.
   Une très belle écriture, classique avec des phrases lumineuses comme celle-ci:
   - Elle adorait les soirées longues, celles qui viennent après le changement d'heure et qui s'étirent au bord de la mer, comme si celle-ci absorbait le soleil des après-midi et diffusait encore sa lumière le soir venu.

   
   
   Extraits :
   
   - J'étais prise en otage par ma propre enfance.
   
   - C'était un peu comme si je vivais chez une grand-mère déguisée en homme des bois.
   
   - C'est la misère qui rend passif. On n'a plus envie de mener des combats perdus d'avance.
   
   - Et toujours le bruit de l'eau qui s'écoulait.
   
   - Columbarium. Des oiseaux enfermés.
   
   - L'amour est un bouquet de violettes, quelle connerie.
   
   - Son pouvoir de nuisance paraissait sans limite.
   
   - Je crois aussi qu'il avait enfin compris qu'il fallait profiter de son temps.
   
   - Mon père a planté son regard dans le mien, et ses yeux m'ont dit qu'il savait qu'il allait mourir cette nuit-là.

critique par Eireann Yvon




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