Lecture / Ecriture
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Adieu à Berlin de Christopher Isherwood

Christopher Isherwood
  Adieu à Berlin

Adieu à Berlin - Christopher Isherwood

Berlin des années 30
Note :

   Fräulein Schroeder accueille dans son appartement berlinois des locataires, pour qui elle met à disposition des chambres en échange de quelques deutsch mark. Cinq personnes occupent ce logement parmi lesquels Christopher, personnage principal et narrateur du récit : Frl Kost , "florissante jeune femme blonde, avec de grands yeux bleus stupides", qui gagne sa vie de prostituée dans l’enceinte même de la maisonnée, Frl Mayer, bavaroise et danseuse de music-hall, cartomancienne à ses moments perdus, Bobby, barman, qui tisse des liens particuliers avec sa logeuse, et pour une somme modique dans la minuscule mansarde surnommé "Pavillon suédois", un voyageur de commerce, "absent toute la journée et une grande partie de la nuit". Tout ce microcosme, se côtoie, et parfois dans des situations délicates comme quand il s’agit de rejoindre la salle de bains commune. Au centre d’eux le narrateur Herr Issyyvoo, professeur de nationalité britannique.
   
    Une vie rythmée par le quotidien des uns et des autres, qu’observe avec beaucoup de flegme Christopher, qui donne des leçons particulières aux enfants des bourgeois de la ville.
   
   Jusqu’au jour où un ami lui présente Sally Bowles, une jeune chanteuse de cabaret, qui n’a pas froid aux yeux. Volontiers frivole et multipliant les conquêtes, se montrant tour à tour charmante et charmée, elle va former avec Christopher un duo improbable, pour le plus grand plaisir du lecteur.
   
   Une belle galerie de personnages dans le Berlin des années 30, merveilleusement restitué dans ce récit qui montre la montée du nazisme. Sans jamais se départir de son humour, l’auteur dresse le portrait d’un monde qui n’existe plus, dans un récit à la fois divertissant et documenté, porté par une très belle écriture. Un très bon moment de lecture.
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critique par Éléonore W.




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Témoignage
Note :

   Pour écrire ce roman qui consacra Isherwood comme l’un des auteurs majeurs américains du vingtième siècle, l’auteur s’inspira fortement de sa propre expérience. En effet, né Anglais, il dut fuir son pays natal dont la mentalité rigoriste victorienne ne s’accommodait pas de son homosexualité. Berlin, par la liberté de mœurs qu’elle représentait alors, s’imposa comme une destination naturelle. Il s’y installa donc de 1929 à 1933, observant de près la vie locale, enregistrant comme il le dira lui-même telle une caméra vivante ce qui se déroule sous ses yeux. Chassé par les Nazis, il finit par s’installer aux Etats-Unis et se fit naturaliser Américain en 1941.
   
   Adieu à Berlin inspira, une quarantaine d’années plus tard, le fameux film Cabaret de Bob Fosse où Liza Minelli tint le rôle central de la meneuse empruntée aux traits de Suzan Bowles dans le roman d’Isherwood.
   
   Devenu "Herr Issywood" chez sa logeuse, Christopher nous décrit sans affect ni jugement ce qu’il observe et vit. La nuit, la ville grouille de mille plaisirs parmi les plus interdits et les plus audacieux. Il n’est pas difficile de trouver un ou une partenaire de son choix pourvu que l’on ait de l’argent, du pouvoir ou du charme. De jour, c’est un tableau différent pour le plus gros de la population mal logée, mal nourrie, luttant le plus souvent pour simplement survivre.
   
   Pendant ce temps, Hitler creuse son sillon, préparant méticuleusement sa prise de pouvoir, faisant des Juifs les boucs émissaires d’une crise morale, économique et militaire à coup de propagande sournoise propre à manipuler progressivement l’opinion des Allemands envers celles et ceux avec lesquels ils ont jusque-là mené une vie tranquille, collaborative et plutôt mutuellement fructueuse.
   
   La force du roman est de retracer sans jugement, en s’en tenant aux faits, à la narration de scènes de la vie quotidienne, la façon dont une ville et, à travers elle, une nation opère un basculement imperceptible mais finalement inexorable vers l’inexcusable. Tel un observateur neutre, Christopher côtoie aussi bien le peuple que les nantis. A l’écoute et souvent partenaire passif, il rend compte du destin d’un peuple qui se dessine à travers les expériences chaotiques des personnages qu’il met en scène.

critique par Cetalir




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