Lecture / Ecriture
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Foutricomédie de Juan Goytisolo

Juan Goytisolo
  Foutricomédie

Foutricomédie - Juan Goytisolo

Le gay savoir
Note :

   Le mois de juin 2017 vient de voir s'éteindre à Marrakech un important romancier espagnol. Pour rendre hommage à cet auteur encore absent de nos tablettes, j'ai choisi ce volume au titre étonnant : "Foutricomédie de frère Bugeo Montesino et autres oiseaux à plumes chatoyantes !" La présence d'un extrait du Jardin des délices de Jérôme Bosch sur la couverture de l'édition française a aussi guidé mon choix. A la lecture, de nombreuses surprises attendent le lecteur. Par moments j'ai retrouvé l'atmosphère de La Légende de Philippe Vasset.
   
   Pour aller droit au but je cite la présentation de l'éditeur :
   "Juan Goytisolo s'inspire dans ce roman d'un authentique ouvrage espagnol du XVIe siècle, intitulé Carajicomedia et constitué d'une série de petits poèmes rabelaisiens et érotiques qui parodient les livres de piété de l'époque. Pour les lecteurs du XVIe siècle, Carajicomedia avait un parfum de sacrilège. Dans le même esprit, Juan Goytisolo fait ici, sur le mode burlesque et mordant, une critique en règle du discours que tient l'Eglise catholique - et plus particulièrement l'Opus Dei - sur le sexe, discours qui, pour l'auteur, exprime depuis des siècles toute une tradition répressive et misogyne, ainsi qu'une homosexualité latente et édulcorée.
   Le père de Trennes, membre de la confrérie catholique de la Sainte Oeuvre, alias frère Bugeo Montesino, signataire de ladite Carajicomedia, rencontre épisodiquement saint Jean de Barbès-Rochechouart, un double de l'auteur de cette Foutricomédie, version moderne de l'ouvrage de saint dévergondage : utilisant le vocabulaire religieux du bréviaire de l'Opus Dei, Chemin, le père de Trennes décrit ses "missions apostoliques" plutôt sulfureuses à travers ses réincarnations, ses rencontres avec les grands et petits personnages de l'Histoire, passant ainsi au crible la littérature et la conscience ibériques."
   

   Dans ce roman d'une composition alambiquée, je ne saurais dire si Juan Goytisolo accorde plus d'importance à peindre une homosexualité affamée ou à se moquer de l'Opus Dei, mais ce qui est sûr reste la qualité de son écriture, très élaborée, et le sens de la formule qui fait mouche. Si le chapitre II — présenté comme le début d'un manuscrit remis au narrateur et consacré aux aventures sexuelles (entre Barbès et Tanger) d'un avatar de frère Bugeo est vite lassant — en revanche le chapitre VI, "Transmigrations de frère Bugeo" est plein d'esprit ce qui le rend plus convaincant et atteint un summum de picaresque quand on côtoie les bûchers de l'Inquisition et que le frère Bugeo se métamorphose en don Guzman de Alfarache.
   
   En bref, une lecture divertissante pour peu qu'on accepte de fréquenter le "gay savoir" de l'auteur.

critique par Mapero




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