Lecture / Ecriture
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Couleurs de Gilles Servat

Gilles Servat
  Couleurs

Couleurs - Gilles Servat

Liberté couleur des feuilles*
Note :

   Recueil de 12 textes de Gilles Servat, que je connais plus comme chanteur depuis très longtemps. Je me souviens également d’avoir lu et de détenir encore dans ma bibliothèque "La naissance d’Acturus", début d’une saga basée sur des légendes celtiques.
   
   "Pen ar bed", court et beau texte mêlant poésie et prose, commence ce recueil, le paradis est hélas perdu !
   
   Dans "Couleurs", un homme devant la beauté de la plage des "Grands Sables" de Groix tente d’expliquer la théorie des couleurs à une femme aveugle, mais musicienne. Peinture et musique, plaisir des yeux et des oreilles ! Beaucoup de poésie et de richesse d’écriture.
   
   "Le messager" nous emmène en voyage, dans le temps et l’espace (spatio-temporelle, pour faire plus scientifique !), fusée dernier cri, à la pointe du progrès, des ordinateurs en veux-tu en voilà, tous plus performants les uns que les autres ! Mais l’amour et la jalousie sont des grains de sable plus puissants que la technologie.
   
   "Paul et Antoinette", c’est le mariage du siècle, l’amour avec un grand A qui triomphe, elle, fille de milliardaire, catholique convaincue, lui, orphelin et maître-nageur. Ils nagent donc dans le bonheur, mais (car il y a un mais et un mets aussi d’ailleurs !) Autant en emporte le vent !
   
   "Onzième", je vous rassure, pas question de football, ici mais du onzième arrondissement de Paris. Embarquons pour une visite pleine de souvenirs et d’histoires de ce quartier de Paris naguère prolétaire et vivant. J’y ai moi aussi habité et fini mes courtes études professionnelles. Un très beau texte. Avec un savoureux dialogue au sujet du "Génie de la Bastille".
   
   "Trégor" peut se résumer à sa première phrase, mais que cela ne vous empêche pas de lire le reste !
   - Qu’irais-je faire à Paris ? Ailleurs sont les paradis !

   Et le Trégor en fait partie. Une balade vers Perros-Guirec, Ploumanac’h, tout est dit !
   Il est fait ici mention d’Yvon Le Men, de Yan Ber-Piriou et d’Angela Duval, fine fleur (de sel) de la poésie bretonne.
   
   "Les chevaux de mer", vision nocturne, histoire irlandaise, gardons la part de rêve qui est en nous !
   
   Ce recueil se termine par ce qui est présenté comme "Traduit de l’irlandais ancien, puis librement adapté pour le temps présent". Son titre "Le cochon de Mac Dathó".
   Retour vers les temps anciens et les cinq royaumes. Une saga irlandaise pleine de violence et de fureur ! Un banquet qui tourne à l’affrontement entre deux royaumes au sujet d’un chien !
   
   Parmi les personnages de ce livre, nous trouvons un dénommé (je prends ma respiration) Serge-Thomas-Edgar-Louis-Lucien Achefer, un homme brillant et éclairé s’il en est ! Un bretonnant du nom de Alain Lebras, long comme un jour sans pain et surnommé Lebraslong par ses collègues. Agé de 104 ans, il est à un an de la retraite ! On rencontre aussi l’Ankou qui fait sa tournée d’adieu, eh oui place à la relève !
   
   Un livre parfois étrange "Passage Pommeraye" par exemple, ou rappelant des chansons de l’auteur "Je suis un ours", apocalyptique dans "G.P.E.".
   
   Beaucoup d’humour et de poésie également au fil des pages et des récits !
   
   Une lecture très agréable, nous aurons, Gilles et moi, un autre sujet de discussion pour échanger les souvenirs d’un concert en plein air bien arrosé (de pluie, je précise) un soir d’été à Aubignan dans le Vaucluse, il y a quelques années maintenant.
   
   Petite évocation de l’or noir irlandais :
   - Avec ses eaux noires et sa plage de sable blanc, on dirait… une Guinness !

   
   
   Extraits :
   
    - Ici, avant moi, s'assirent, émus, des hommes coiffés de fiers chapeaux et des femmes aux nuques fleuries de lin, leurs blancs pétales soulevés par la brise.
   
   - Un de mes amis tient un bar à Kerempoulo, tout près d'ici. Nous pourrions continuer cette conversation chez lui, devant une bière bretonne. Il fait chaud, et plus je parle, plus j'ai soif.
   
   - La matière évolue et on arrive au stade de la connerie. Mais alors, comment expliquer le muscadet ? La matière seule peut-elle inventer le muscadet, ce breuvage divin ?
   
   - Puis je suis parti vers la Cigale, place Grasling, pour boire un muscadet rouge à la mémoire d'André Breton.
   
   - Alan ar Brazh oc'h ?
   Du Breton ! Alain n'en revenait pas. Le gars lui avait demandé en breton s'il était Alain Lebras !
   
   - Le prolo bossait encore au fond des impasses, une clope maïs au coin des lèvres. Son accent et sa gouaille faisaient merveille, le soir devant un rouge posé sur le zing.
   
   - Cet ange, qui a la tête dans un royaume et le corps dans une république, vous l'avez reconnu bien sûr. C'est l'Irlande.
   

   * Poème de René Guy Cadou. Musique de Gilles Servat.

critique par Eireann Yvon




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