Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'explosion de la durite de Jean Rolin

Jean Rolin
  L'explosion de la durite
  La ligne de front
  Terminal frigo
  Ormuz
  Les Evénements

Jean Rolin est un écrivain et journaliste français né en 1949. Il est le frère d'Olivier Rolin.

L'explosion de la durite - Jean Rolin

Marcel au Congo
Note :

   Par respect pour le travail de l’auteur et son investissement sentimental, je n’aime pas tellement dire du mal d’un livre mais aujourd’hui, je n’arrive pas trop non plus à dire du bien de celui-là.
   Je fais taire mes scrupules en songeant que son ouvrage a bénéficié de beaucoup de pub avec sa sortie dans la fournée de la « Rentrée Littéraire » et qu’il a dû bien se vendre. L’auteur doit être content et n’être guère atteint par mes multiples réserves… Alors allons-y pour les réserves.
   
   Un suspens insoutenable se met en place dès la première ligne (page 9) avec l’explosion de cette malheureuse durite sur une route peu et mal fréquentée du Congo. Compte tenu des circonstances tant politiques que routières ( soldats en maraude, passages de camions conduits par des chauffards), leur vie est en danger. Heureusement pour nos nerfs sensibles, ce suspens prend fin page 19 où l’auteur nous annonce qu’il rédige ces lignes bien en sécurité, à Paris, après son retour. Fin définitive du suspens. On ne le reverra plus.
   
   Ce qu’on va voir par contre, et pas qu’un peu, ce sont les cours d’histoire du Congo moderne, de ses luttes, clans, massacres, coups d’états, exécutions et guérillas diverses. Le tout d’une confusion, ou du moins d’une complexité incroyable. Pour celui qui a assez de mémoire pour enregistrer 20 noms bizarres nouveaux à la page, c’est très enrichissant et il ne fermera pas cet ouvrage sans avoir acquis une sérieuse connaissance des rouages et méandres du Congo actuel et de ce qui l’a conduit à être ce qu’il est. Pour les autres, reste une forte impression de pagaille et de chaos brutal et irrationnel qui n’est d’ailleurs pas non plus un mauvais résumé de la situation. On ne peut donc que féliciter Jean Rolin d’avoir si bien su le rendre.
   
   Bon, situons notre histoire, tout de même. Cela se passe donc au Congo et un peu en France, dans un passé très récent (2005). Pour une raison que j’avoue ne pas avoir absolument bien saisie, deux hommes (le narrateur et un ami qui reste en France mais dont la famille est au Congo) décident d’envoyer là-bas une voiture d’occasion que le 1er va convoyer. Je dis que la raison m’en semble obscure car celle annoncée est d’en faire tirer un bénéfice notable à la famille… avec les frais et le temps investi, on se demande comment cela serait possible. M’enfin… bon.
   
   Ce périple, entrecoupé de pannes et contretemps, sera donc l’occasion pour J. Rolin de nous distiller ces passionnantes pages d’histoire géopolitique dont je vous parlais au début. Et pour les aventures… non. Il n’y en a pas. Désolée. On est dans le didactique, on y reste.
   
   On étend même le champ des apprentissages à la littérature puisque notre héros, qui voyage en cargo a eu la sagesse de se munir de lecture : Les souvenirs de voyage de Joseph Conrad, qui se trouva aux mêmes endroits que lui 115 ans plus tôt (ce qui est donc judicieux), et la Recherche du temps perdu. Et là… l’idée me sembla rapidement moins bonne, puisque voilà notre auteur séduit par le style qui se demande s’il ne pourrait pas lui aussi nous faire des phrases de 6 lignes, allez 13 (page 75), allez chiche, 22 lignes (pages 81-82). Quand c’était Proust, ça allait, on pouvait même parler de charme, mais quand le texte ne respire pas, une phrase trop longue et le lecteur suffoque et se demande quelle idée… ou alors, c’était un pari avec un copain. Possible.
   
   A part cela, quelques trouvailles, qui m’ont par exemple permis d’en apprendre sur les yeux des chats : « avec des yeux effilés comme ceux d’un chat. » (page 36) ( ?) mais dans l’ensemble, vous l’aurez peut-être compris, je n’ai pas été emballée. J’ai trouvé les cours indigestes, l’histoire sans intérêt et le style sans charme. Dur, dur. Désolée. Faut se dire qu’il y aura sûrement des gens qui aimeront. Ca fera une moyenne.

critique par Sibylline




* * *