Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La terre vaine de Thomas Stearns Eliot

Thomas Stearns Eliot
  La terre vaine

Né à Saint-Louis, Missouri, en 1888, Thomas Stearns Eliot poursuit des études de Lettres et de Philosophie à Harvard et à la Sorbonne (où il suit notamment les cours de Bertrand Russell et de Bergson), tout en se passionnant pour la poésie et particulièrement pour le mouvement symboliste (Laforgue, Corbière... mais sans laisser de côté pour autant les grands classiques que sont Henry James, John Donne ou Dante...).

En 1914, il s'installe en Angleterre, à Oxford où il projette de poursuivre ses études, et où il fait la connaissance d'Ezra Pound, auquel il dédiera "La terre vaine" (publiée en 1922). T.S. Eliot épouse Vivien Haigh-Wood en 1915 et décide de se fixer en Angleterre. Sur la recommandation de sa belle-famille, il entre alors comme employé à la Lloyds Bank (ce qu'Ezra Pound qualifie de "gaspillage criminel"). Il y reste 8 ans, jusqu'à ce qu'il obtienne un poste de directeur chez l'éditeur Faber & Gwyer (plus tard Faber & Faber). Et pendant tout ce temps, il poursuit une intense activité de poète, auteur dramatique, critique littéraire et essayiste, s'imposant comme le plus en vue des écrivains américains d'Angleterre.

L'oeuvre de T.S. Eliot est tout entière nourrie de son questionnement religieux, ce dont témoignent en particulier "La terre vaine", réflexion poétique sur la mort et la rédemption, et "Meurtre dans la cathédrale", évocation de Thomas Becket, archevêque de Canterbury assassiné pour s'être opposé aux velléités schismatiques d'Henri VIII. Elle valut à son auteur le prix Nobel de littérature en 1948.

T.S. Eliot est mort en 1965.

La terre vaine - Thomas Stearns Eliot

Un amas d'images brisées
Note :

   Se sentir littéralement balayé par un torrent d'images fragmentées, de citations et d'allusions allant de la Terre Gaste de la légende arthurienne, à la Bible, aux textes sacrés du Bouddhisme et aux grands poètes comme Dante, Shakespeare, Baudelaire ou Nerval...
   
   Se perdre entre la force imprécatoire du texte anglais originel (le choix d'une édition bilingue s'impose!), les innombrables écarts vers l'Italien, l'Allemand ou le Français ou encore ce très long cortège de notes où l'auteur a entrepris d'éclairer bon nombre des allusions et citations dont son texte est truffé... Tel est le sort qui attend presque immanquablement le lecteur de "La terre vaine".
   
   T.S. Eliot s'est sans doute donné bien de la peine, dans ses notes, pour mettre l'accent sur la réflexion philosophique ou religieuse qui sous-tend son poème, cette quête de rédemption qui passe par une traversée du désert et une mort symbolique. Mais cela ne serait rien sans la force étonnante de ses images, leur impact visuel réel, leur charge d'inquiétude, l'énergie qui se dégage de leur prolifération... Une énergie instinctive et authentique qui fait de "La terre vaine" bien plus qu'un collage de fragments empruntés ici et là: une des grandes oeuvres poétiques du XXème siècle.
   
   
   Extrait:
   "Cité fantôme
   Sous le fauve brouillard d'une aurore hivernale:
   La foule s'écoulait sur le Pont de Londres: tant de gens...
   Qui eût dit que la mort eût défait tant de gens?
   Des soupirs s'exhalaient, espacés et rapides,
   Et chacun fixait son regard devant ses pas.
   S'écoulait, dis-je, à contre-pente, et dévalait King William Street,
   Vers où Sainte-Marie Woolnoth comptait les heures
   Avec un son éteint au coup final de neuf.
   Là j'aperçus quelqu'un et le hélai: «Stetson!
   «Toi qui fus avec moi dans la flotte à Mylae!
   «Ce cadavre que tu plantas l'année dernière dans ton jardin,
   «A-t-il déjà levé? Va-t-il pas fleurir cette année?
   «Ou si la gelée blanche a dérangé sa couche?
   «Oh keep the Dog far hence, that's friend to men,
   «Or with his nails he'll dig up again!
   «Hypocrite lecteur!... mon semblable!... mon frère!...» "
   
   
   "Unreal City,
   Under the brown fog of a winter dawn,
   A crowd flowed over London Bridge, so many,
   I had not thought death had undone so many.
   Sighs, short and infrequent, were exhaled,
   And each man fixed his eyes before his feet.
   Flowed up the hill and down King William Street,
   To where Saint Mary Woolnoth kept the hours
   With a dead sound on the final stroke of nine.
   There I saw one I knew, and stopped him, crying: 'Stetson!
   'You who were with me in the ships et Mylae!
   'That corpse you planted last year in your garden,
   'Has it begun to sprout? Will it bloom this year?
   'Or has the sudden frost disturbed its bed?
   'Oh keep the Dog far hence, that's friend to men,
   'Or with his nails he'll dig up again!
   'You! hypocrite lecteur! - mon semblable, - mon frère!' " (pp. 18-21)

critique par Fée Carabine




* * *