Lecture / Ecriture
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Un soir au club de Christian Gailly

Christian Gailly
  Un soir au club
  Dernier amour
  Dring
  Les oubliés
  Nuage rouge

Christian Gailly est un écrivain français né en 1943 à Paris et décédé en 2013.

Un soir au club - Christian Gailly

« Round about Midnight »
Note :

   Voici un livre qui m'a laissée mi-séduite, mi-partagée... Séduite aux trois-quarts en somme. Une petite histoire de rien du tout. Une écriture dont on pourrait croire tout d'abord qu'elle est réduite au degré zéro du style. Des phrases courtes, très courtes même... Des répétitions ("renonça", trois fois dans un seul paragraphe...) sur lesquelles l'oeil accroche, et puis ces phrases qui se terminent comme en suspends ("Ils étaient trois, donc.", "(...) j'ai cru que je pourrais encore et puis.") et celles qui commencent comme à contretemps... Répétitions, ruptures, syncopes et anacrouses, c'est déstabilisant, c'est dérangeant. Et pourtant, il émane de ces phrases un charme bizarre, qui fait qu'on en redemande malgré un soupçon d'agacement, la même impression que celle que j'ai éprouvée en écoutant pour la première fois des enregistrements de Michel Petrucciani, une musique que j'ai finalement appris à aimer.
   
   Me voici donc séduite aux trois-quarts par ce "soir au club", mais une chose est sûre, je lirai d'autres livres de Christian Gailly. Et j'apprivoiserai peut-être - ou peut-être pas - sa petite musique.
   
   Prix du Livre Inter 2002
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critique par Fée Carabine




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Et le reste de la vie.
Note :

   Christian GAILLY a reçu le prix LIVRE INTER en 2002 pour Un soir au Club. Belle récompense pour un bien beau livre. L'envie de vivre, de vivre enfin sa vie même passée la bonne quarantaine, quitte à tout bouleverser. Et retrouver le même soir et la musique qu'on aime et la femme qu'on ne pourra plus quitter. Incandescent. Et cette fois ci l'écriture de GAILLY est adaptée, et au point. Pas comme dans "Dernier amour" où il m'avait fait peur! Phrases courtes, toujours, mais taillées comme il faut. C'est comme les fruitiers, si l'on veut des bourgeons il ne faut pas tailler n'importe où!
   
   "Son sac, dieu sait pourquoi, elle ne pouvait pas l'atteindre. Un sac comme ça se faisait dans le temps pour aller à la piscine. Fermé en haut par une ficelle passant dans des oeillets dorés.
   Debbie fouilla, trouva, ce qu'elle avait noté, et aussi ses lunettes grâce à quoi Simon lui supposa un âge qu'elle ne faisait pas.
   Son maillot lui allait à merveille. Mieux que ça. Semblait fait pour elle. Mieux que ça. Avoir été fait, non pas pour elle mais sur elle. Peut être même avec sa peau. Mais comme c'est impossible elle avait dû naître comme ça, en maillot noir une pièce.
   Dans le mouvement qu'elle fit pour reposer son sac de piscine, son foutoir à ficelle, Simon put voir que la peau se fripait au pli intérieur de la cuisse et au pli intérieur de l'épaule. Debbie avait bien l'âge qu'elle ne faisait pas...."

    ↓

critique par Tistou




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Retour de flamme
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Sait-il, vraiment, Simon Nardis, qu'il rate son train pour ne pas laisser passer sa chance? Une chance double, celle de retrouver la musique qu'il avait perdue et la femme qu'il n'espérait plus. Seulement voilà, qui dit train dit horaire, qui dit horaire dit morale, qui dit morale dit vie conjugale. Simon Nardis était déjà marié."

   
   Je ne me souviens plus du tout comment ce roman a bien pu atterrir dans ma pile. Mais bref, il y était. Et j'avais envie d'un truc qui parle de musique et comme il y avait des instruments sur la couverture, je l'ai pioché. Et j'ai sincèrement passé un bon moment de lecture.
   
   Ce court roman, c'est l'histoire de Simon Nardis. Simon était un pianiste jazz. Un grand. Mais depuis des années, pour ne pas sombrer, il a tourné le dos à sa passion, cessé de jouer, cessé d'écouter du jazz, cessé de boire, trouvé un job stable dans lequel il est bon. Et soudain, un soir, loin de chez lui, il accepte d'aller prendre un verre dans un club avec un jeune ingénieur à qui il a donné un coup de main. Un club de jazz. Et tout va être chamboulé.
   
   Aimez-vous le jazz? Moi, ça me fascine. Je pourrais écouter du piano jazz pendant des heures. Et pourtant, je suis absolument, mais alors là absolument incapable d'en jouer. J'aime les rythmes qui semblent vivants, syncopés, les thèmes réinterprétés, remodelés, ces deux trois petites notes qui sortent de nulle part et qui introduisent, comme ça, un nouveau thème ou qui rappellent l'ancien, ce piano qui semble nous raconter une histoire, hésiter, repartir. Et surtout cette communication entre des musiciens jazz. Bref, j'adore. Et l'écriture de ce texte, surtout la première partie, m'a rappelé cette structure, même s'il ne contient pas de fioritures. Des répétitions, des thèmes remaniés, des souvenirs qui sortent du fond, des pensées entremêlées. Et sur le coup, ça surprend. Il faut s'habituer, se laisser apprivoiser. Et là, l'un des thèmes principaux embarque et on comprend pourquoi c'est écrit comme ça. On va nous parler de jazz, de rupture, de passion. De passion qui reprend le dessus après avoir été mise en veilleuse des années.
   
    Bref, cette partie, celle sur un homme "endormi" qui soudainement renaît m'a beaucoup plu. Il fait soudain le choix - un peu inconscient - de ressentir de nouveau, de se laisser emporter... et de gérer le reste après. Il n'est pas parfait, Simon Nardis, loin de là. Souvent égoïste, peu sociable, inconséquent parfois. Pourtant, on a envie de le voir renaître. L'espoir apparaît par moments et ça fait plaisir.
   
   J'ai eu un peu plus de mal avec la deuxième partie du roman. En fait, surtout avec un élément (que je ne dévoilerai pas pour ne rien spoiler) et au manque de réaction du personnage à cet événement. Encore endormi, choqué? Bref, il m'a manqué un petit quelque chose. Disons que ça me l'a rendu moins sympathique. Par contre, la fin est touchante et j'ai beaucoup aimé le choix narratif, ce "je" extérieur mais pas tant que ça.
   
   Bref, un auteur que je prendrai certainement plaisir à lire de nouveau.

critique par Karine




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