Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La jeune fille suppliciée sur une étagère de Akira Yoshimura

Akira Yoshimura
  Naufrages
  La jeune fille suppliciée sur une étagère
  Le convoi de l'eau
  Un été en vêtements de deuil
  L’arc-en-ciel blanc
  Mourir pour la patrie

Akira Yoshimura est un écrivain japonais né en 1927 et décédé en 2006.
Plusieurs de ses romans ont été édités en français chez Actes Sud

La jeune fille suppliciée sur une étagère - Akira Yoshimura

La mort… différemment.
Note :

   Comment parler différemment de la mort…c’est le défi qu’a relevé Akira Yoshimura, et il réussit plutôt bien…Ce livre est composé de deux nouvelles qui parlent de la mort, mais différemment de ce que l’on peut s‘imaginer.
   
   La première nous relate l’histoire d’une jeune fille de seize ans qui vient de mourir et de ce que va devenir son corps… en effet, ses parents vont le vendre à un hôpital universitaire et cette jeune fille va observer de l’intérieur de son corps tout ce qui va se dérouler pendant deux mois et demi après sa mort, les étudiants qui vont défiler devant elle et disposer de son corps pour leurs expériences médicales ainsi que tous les médecins légistes possibles et imaginables.
   
   La deuxième (« Le sourire des pierres » ) nous raconte la rencontre plus qu’étrange entre Eichi et Sone, anciens voisins d’enfance et perdus de vue depuis de nombreuses années…Mais si Eichi fera le premier pas pour renouer le contact avec Sone, il finira par avoir des doutes sur sa personnalité déjà étrange lorsqu’il était plus jeune et regrettera même de l’avoir présenté à sa sœur qui vit avec lui après avoir été rejeté par sa belle-famille pour cause de stérilité. Quand il viendra cohabiter avec eux, des évènements troublants vont se produire… qui ont trait à la mort bien évidemment.
   
   Bien que le sujet puisse paraître un peu morbide, Akira Yoshimura ne tombe jamais dans le glauque et le sinistre et il aborde la mort de deux manières différentes, très intéressantes et captivantes.
   Le seul bémol que j’aurais à exprimer serait que j’ai eu l’impression que ces deux nouvelles n’étaient pas vraiment finies, ou du moins elles ne racontent qu’un moment de vie (ou de mort plutôt) et ça m’a un peu perturbée.
   Mais sinon, je vous le conseille vivement, le style m’a beaucoup plu et je me replongerai volontiers dans un roman japonais.
    ↓

critique par Mme Patch




* * *



Titre accrocheur
Note :

   Essayez donc de lire "La jeune fille suppliciée sur une étagère" dans les transports en commun, de poser ce petit livre sur votre table de cours ou légèrement en évidence lorsque vos amis arrivent chez vous pour dîner. Laissez-moi vous présenter la situation :
   
   Cas de figure numéro 1 : effrayé, votre voisin de table s’écarte de deux rangs, vos amis se lancent des coups d’œil lourds de sous-entendus, l’homme sur le strapontin d’en face vous dévisage ouvertement avec un rictus débilissime.
   
   Cas de figure numéro 2 : ne voyant que les mots "fille supplici…", vos compagnons d’infortune se contorsionnent, tordent leur cou et louchent sur votre livre à tel point que les yeux ne sont pas loin de leur sortir de la tête… pour finalement vous demander sur un ton faussement innocent : "au fait, tu lis quoi?". Le tout pour ensuite afficher un air horrifié, dégoûté, bien sûr monstrueusement hypocrite vu leur curiosité morbide précédente.
   
   Ai-je donc lu un roman d’horreur cette semaine? Serais-je friande de massacres à la tronçonneuse? J’en doute fortement. Et je mets en garde ici les pauvres lecteurs qui se verront couvrir d’opprobre en lisant ce même recueil, tout comme les voisins peu scrupuleux qui auraient tendance à s’imaginer que le lecteur à leurs côtés est un psychopathe aux lectures d’une morbidité fascinante.
   
   "La jeune fille suppliciée sur une étagère" de Yoshimura est un livre particulier, fascinant, qui traite de la mort avec poésie et détachement, choisissant les sujets les plus audacieux sans tremper dans le scandale ni le vulgaire.
   
   La première nouvelle de ce recueil retrace le parcours de la jeune Micko Mizuse après son décès. Allongée sur un tatami dans la maison parentale, Micko voit ses parents recevoir une somme d’argent pour confier son corps à la science. Elle assiste avec détachement à la dégradation de son corps, dépouillé de ses organes, plongé dans l’alcool puis incinéré. Subissant une dernière honte lorsque sa mère refuse de recueillir ses cendres, l’adolescente finit auprès des restes d’autres disparus, pensant trouver le repos dans les profondeurs du bâtiment funéraire… pour finalement entendre les bruissements provoqués par d’autres disparus.
   
   La seconde nouvelle, "le Sourire des Pierres", évoque les retrouvailles d’Eichi et Sone, deux amis d’enfance autrefois habitués à jouer dans le cimetière attenant à leur maison. Sone vit de la revente illégale de statues funéraires anciennes et semble avoir causé le suicide d’une jeune fille. Eichi s’interroge sur Sone ; le malaise grandit lorsque sa sœur se rapproche de lui.
   
   Ce recueil rappellera à certains la grâce et la poésie des récits de Yoko Ogawa. Sans être totalement conquise, j’ai apprécié le rythme et la musicalité des textes de Yoshimura, la mélancolie de ces récits où l’éveil des sens est peut-être le thème central. Beauté et détachement sont les maîtres mots de ces nouvelles traitant avec subtilité d’un thème pourtant grave. Là encore, je suis fascinée par la maîtrise avec laquelle les auteurs japonais font de la mort un sujet envoûtant, nous troublant sans pour autant gâcher le plaisir de la lecture.

critique par Lou




* * *