Lecture / Ecriture
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La poupée sanglante de Gaston Leroux

Gaston Leroux
  Le mystère de la chambre jaune
  Le fauteuil hanté
  Le parfum de la dame en noir
  La poupée sanglante
  L comme: Le fantôme de l'opéra - T1

Gaston Leroux est un romancier français, né en 1868 et décédé en 1927.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La poupée sanglante - Gaston Leroux

N'est pas une poupée de cire et de son...
Note :

   Dans un coin retiré de l'île Saint-Louis, près du Pont Marie et de la rue Le Regrattier anciennement rue de la Femme-sans-Tête, à l'ombre des hôtels où vécurent Madame Du Châtelet, Georges Sand, Baudelaire, Gérard de Nerval ou encore Daumier, se dresse l'échoppe de Bénédict Masson relieur d'art.
   
   Face à sa boutique, ou presque, celle du vieux Norbert, horloger mais travaillant à des mécaniques, des chimères, des régulateurs, à la recherche d'un mouvement perpétuel. Avec le vieux Norbert habitent sa fille, la jeune et belle Christine, et son neveu, le prosecteur. Ne chercher pas dans un dictionnaire ce qu'est un prosecteur, en voici la définition, ce qui vous évitera de perdre du temps inutilement et permettra d'avancer dans la lecture de cet article : Un prosecteur est une personne chargée de la préparation d'une dissection en vue d'une démonstration, d'ordinaire dans une école de médecine ou un hôpital.
   
   En réalité Norbert, sa fille et son neveu, n'habitent pas sur la rue, mais dans un pavillon séparé de la boutique par un jardinet. Bénédict Masson n'a jamais vu ce pavillon jusqu'au jour où il se rend compte que depuis la lucarne du grenier de son habitation, il lui faut emprunter une échelle, il perçoit les mouvements, non perpétuels, de Christine qui couche dans l'atelier, c'est-à-dire au deuxième étage du pavillon, le premier étage étant réservé à Norbert et son neveu, le prosecteur.
   
   Or Jacques, le neveu, est plus ou moins fiancé avec Christine. Et Masson, est amoureux de la belle jeune fille au port d'archiduchesse. Mais comment se déclarer alors qu'on sait pertinemment qu'on est laid, pour ne pas dire un monstre. Je n'invente rien, c'est Bénédict Masson lui-même qui l'affirme :
   "Je suis un monstre !... je suis d'une laideur terrible. Pourquoi terrible ? Parce que toutes les femmes me fuient !"
   

   Il est vrai qu'ayant passé, après l'obtention d'un premier Prix lors d'une exposition des maîtres de la reliure, une annonce pour recruter des élèves femmes, celles qui se sont présentées ne sont pas restées longtemps près de Bénédict, parfois qu'une journée. Depuis plus personne ne les a revues ou n'a plus eu de leurs nouvelles.
   
   Donc Bénédict Masson se conduit comme un voyeur et il aperçoit Christine qui à l'aide d'une clé ouvre un énorme bahut. Un homme en sort qu'elle embrasse. Frustré Masson ne peut voir la suite car Christine a fermé la porte-fenêtre et tiré les rideaux.
   
   Masson continue ses observations à travers la lucarne et il découvre que chez son voisin il se passe des choses étranges avec cet homme qui sort du bahut. Mais ne précipitons pas les événements et précisons que la bâtisse qui abrite l'horloger et sa famille, est dépendante de l'hôtel de Coulteray mais n'offre aucun point de passage pour les relier. Le marquis de Coulteray, Georges-Marie-Vincent, est le dernier représentant d'une longue lignée de nobles et il s'est marié avec la fille cadette du gouverneur de Delhi, miss Bessie Clavendish, qu'il a connue lors d'un voyage aux Indes anglaises, et bien entendu galantes.
   
   Donc, un jour, il surprend Christine avec celui qu'elle appelle Gabriel, le tenant par la main. La jeune fille lui rend visite, lui demandant de relier cinq ouvrages auxquels elle tient particulièrement, cinq Verlaine. Puis la nuit même alors qu'il est à son poste d'observation, il assiste à l'intrusion de Norbert dans la pièce où Christine se repose, l'horloger brandissant une arme formidable, une sorte de chenet de bronze, il frappe Gabriel à la tête tandis que Christine implore : ne le tue pas ! A Jacques, le prosecteur qui vient se mêler à la scène, Norbert déclare tout simplement qu'il ne lui obéissait plus !
   
   Tandis que Bénédict se demande ce que Norbert et son neveu ont fait du cadavre, il se hâte chez l'horloger afin de rencontrer Christine et celle-ci lui avoue que les ouvrages ne sont pas sa propriété mais appartiennent au marquis qui recherche un relieur d'art pouvant se consacrer à sa bibliothèque. C'est ainsi que l'artisan artiste peut pénétrer chez le marquis où il fait la connaissance de sa femme. Une femme pâle, engoncée dans des vêtements, et qui a froid perpétuellement. Mais il est étonné de voir dans la galerie, alors qu'il attend la jeune femme, des tableaux représentant le même personnage, dans des tenues différentes datant des siècles derniers. Les ancêtres du marquis qui lui ressemblent étrangement comme deux gouttes d'eau, comme si c'était le même individu qui avait posé pour ces reproductions. Elle est gardée, ou accompagnée, par deux personnages, Sing-sing un petit valet de pied indou et Sangor, le valet de chambre du marquis, sans oublier le docteur Saïd Kan.
   
   Un opuscule lui est prêté, "Les plus célèbres Broucolaques". Une forme de vampires ou de faux ressuscités. Et Gabriel, que Bénédict pensait mort, fait sa réapparition !
   
   Le récit de Bénédict Masson est enchâssé entre les deux parties de présentation, et ce qui compose la suite du récit, entre l'île Saint-Louis, et les environs de Corbillères-les-Eaux, près de la Loire, en région Touraine. Le côté urbain et pourtant secret, renfermé, presque sauvage de la pointe de l'île, s'oppose aux espaces bucoliques de la forêt dans laquelle est blottie la maisonnette de Bénédict, maisonnette dans laquelle il se réfugie parfois, près de l'étang aux eaux de plomb. Non loin du château de Coulteray. Certains personnages gravitent dans les deux endroits, dont la marquise qui a de plus en plus froid, est de plus en plus pâle et possède un bobo dans le cou.
   
   De nouveaux protagonistes apparaissent, dont le père Violette, ancien garde-chasse du marquis et braconnier à ses heures. Le père Violette qui professe à l'encontre du relieur d'art une haine farouche alimentée par de la jalousie. D'abord Bénédict Masson ne chasse ni ne pêche jamais, se contentant de rester des heures dans les bosquets ou blotti parmi les roseaux. Et il rumine, en compagnie de la mère Muche, qu'il approvisionne en repas clandestins, la propriétaire cuisinière de l'auberge de l'Arbre vert, à l'affaire de la disparition des femmes qui ont côtoyé un jour ou l'autre le relieur d'art et qui ont disparu bel et bien.
   
   Et c'est dans ce décor entre ville et campagne que se déroule cette intrigue qui se prolonge dans "La machine à assassiner", une intrigue qui connait un début d'épilogue mais dans laquelle tout n'est pas expliqué.
   
   "La Poupée sanglante" offre une habile synthèse entre roman policier, roman de suspens, roman fantastique et roman du surnaturel, par un maître de l'étrange et du mystère, dont les titres de gloire, la série des Rouletabille dont Le Mystère de la chambre Jaune et Le Parfum de la Dame en noir, la série des Chéri-Bibi, ou encore Le Fauteuil hanté, Le Fantôme de l'Opéra, pour ne citer que les plus connus, ont partiellement éclipsé une grande partie de son œuvre riche et abondante.
   
   A noter que La poupée sanglante a paru en 1923 en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 1re partie : La Sublime Aventure de Bénédicte Masson, puis chez Jules Tallandier en 1924 et que La Machine à assassiner a paru en feuilleton dans Le Matin sous le titre La Poupée sanglante, 2e partie : Gabriel, et toujours chez Jules Tallandier en 1924.

critique par Oncle Paul




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