Lecture / Ecriture
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Frappe-toi le cœur de Amélie Nothomb

Amélie Nothomb
  Les combustibles
  Cosmétique de l'ennemi
  Les Catilinaires
  Robert des noms propres
  Antechrista
  Stupeur et tremblements
  Journal d’Hirondelle
  Acide Sulfurique
  Mercure
  Le sabotage amoureux
  Métaphysique des tubes
  Ni d’Eve ni d’Adam
  Le fait du Prince
  Une forme de vie
  Tuer le père
  Hygiène de l'assassin
  Le mystère par excellence
  Barbe bleue
  Attentat
  La nostalgie heureuse
  Pétronille
  Le voyage d’hiver
  Biographie de la faim
  Le crime du comte Neville
  Frappe-toi le cœur
  Riquet à la houppe

Amélie Nothomb est le nom de plume de Fabienne-Claire Nothomb, écrivaine belge francophone née en 1966 à Bruxelles. Fille d'ambassadeur, elle a passé son enfance en Asie et aux Etats Unis.
Auteur prolifique, elle a écrit de nombreux romans (traditionnellement un par an).

* Interview dans la rubrique "Rencontres"

Frappe-toi le cœur - Amélie Nothomb

Dining in Tokyo
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   "Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie."
   
   "C’était donc cela, le sens, la raison d’être de toute vie: si l’on était là, si l’on tolérait tant d’épreuves, si l’on faisait l’effort de continuer à respirer, si l’on acceptait tant de froideur, c’était pour connaître l’amour."

   
   Vous l’aurez deviné, en cette nouvelle rentrée littéraire, j’attendais impatiemment de découvrir le nouveau Nothomb! Frappe-toi le cœur, le titre mystérieux tiré de la phrase d’Alfred de Musset, n’a cessé de m’intriguer depuis qu’il a été dévoilé au grand public.
   
   Cet ultime rendez-vous annuel nous plonge dans les années 1971 où nous retrouvons Marie, 19 ans, dans une ville assez éloignée de Paris. Elle étudie le secrétariat sans ambitions particulières pour le métier. Grande blonde, Marie est si belle qu’elle rend toutes les filles folles de jalousie et les garçons fous d’envie. C’est d’ailleurs ce qui lui plait; voir la jalousie dans les yeux d’autrui lui assigne un sourire en coin de contentement. Fréquentant le plus beau garçon de la ville, Olivier, Marie tomba rapidement enceinte sans qu’ils ne l’aient prévu. Cette grossesse engendra leur mariage et plongea Marie dans un profond épuisement. Elle mit au monde une petite fille, Diane, qui fut toujours très mûre pour son âge, si bien qu’elle en laissait sa mamie stupéfaite. Mais ce ne fut pas le cas de Marie qui, sans comprendre pourquoi, ressentait un énorme malaise face à sa fille à qui elle n’arrivait pas à donner de son affection…
   
   Diane grandira avec la distance et la froideur de sa mère, et la chaleur et l’amour de son père. Cette mère, elle essayera sans cesse de la comprendre, de lui donner justification. Jusqu’à la naissance de Nicolas, son petit frère, et surtout celle de Célia, la petite dernière de la fratrie. En effet, avec cette dernière naissance, face au comportement de sa mère, il n’y eut désormais plus de justification possible…
   
    "Elle n’avait plus le loisir de disparaître, il fallait qu’elle affronte le réel – c’était une expression qu’elle avait lue et dont elle ne comprenait pas le sens, sinon qu’il devait s’agir de quelque chose d’insupportable."
   

   Superbe mélange entre "Métaphysique des tubes" et quelque chose de tout à fait nouveau, ce roman tourne donc autour de la jalousie qu’Amélie n’hésite pas à pousser à l’extrême pour nous en faire découvrir toutes les facettes les plus mesquines. Le petit plus est que l’on se retrouve complètement perplexe vers le milieu du roman alors que l’on croyait tout comprendre. On se demandera jusqu’au bout, avec régal, où l’auteur va nous mener.
   
   J’avoue que j’attendais beaucoup de l’auteure, qui est mon auteure préférée, et dont "Riquet à la houppe" m’avait malheureusement déçue. Quel plaisir de retrouver une Amélie Nothomb comme je l’aime dans ce nouveau roman et de devoir me faire violence pour décrocher de ma lecture.
   
   Merci pour ce court moment de pur bonheur annuel. C’est vous le génie, mademoiselle Nothomb.
   
    "Si on formait les ingénieurs nucléaires comme on forme les cardiologues, ce serait tous les jours Tchernobyl. Quand même, il me semble que le cœur mérite autant de sérieux, sinon plus, que la radioactivité, non?"

    ↓

critique par Tatiana F.




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Chez Amélie, pas de superflu !
Note :

   Je commence à comprendre le succès de Madame Nothomb qui tous les ans publie un roman assez vite lu et connaît un lectorat fidèle et patient. "Frappe-toi le cœur" ne déroge pas à la règle : l'analyse et la profondeur des personnages sont assez vite expédiées, exceptée la thématique de la maternité. Une période de sept années se déroule en deux pages : chez Amélie, pas de superflu ! Alors oui, ce nouvel opus est sympa à lire, idéal pour les transits liés aux transports en commun : un rien peut faire varier l'attention, ici pas de crainte de se perdre, il faut vraiment y mettre de la mauvaise volonté.
   
   Donc rien de lourd, rien d'assommant et pour ainsi dire, pas de sentiment ou d'empathie dégagée à l'égard de l'héroïne, la noble Diane, déjà mature et sage à l'âge de deux ans (la récurrence d'être né(e) vieux/vieille est relativement fréquente chez l'auteure). On vit son brillant parcours malgré les embûches, malgré le manque originel, malgré des rencontres toxiques, sans une seule crainte. Cette foi en l'héroïne est développée par le zap' permanent de l'auteure : les scènes qui se prolongent ne sont là que pour corréler une assertion intéressante et tout à fait discutable dans ce roman : pour être une mère aimante et équilibrée dans "Frappe-toi le cœur", il faut soit refuser de mettre au monde un enfant, soit être grand-mère. Si Freud était là, il se questionnerait : Amélie a peut-être un message subliminal à transmettre à son lectorat féminin ou une cicatrice interne à refermer ?
   
   Car, oui, "Frappe-toi le cœur" parle avant de tout de mère(s) et pas qu'en bien, mais aussi d'émancipation féminine, avec une fin complètement affligeante dont je vous laisse la surprise. Dire que cette histoire n'apporte pas grand chose est faux : je le redis, la lire ne vous fera aucun mal, c'est même un redoutable page-turner dont on vient à bout après deux heures. Le texte est aéré et la police d'écriture suffisamment large : une réduction de pages aurait pu être envisagée sans casser l'écrit originel mais aurait réduit sérieusement le coût de ce roman (autour de 17 euros pour le broché neuf) pour un public qui l'aurait bien mérité.
   
   J'en viens à cette réflexion : qu'est-ce qui maintenant différencie la littérature d'Amélie Nothomb de celle de Marc Lévy ? Juste un prix : celui du grand prix de l'Académie française en 1999 pour "Stupeur et Tremblements" et ses premiers ouvrages d'une autre teneur/saveur. Et c'est tout.
    ↓

critique par Philisine Cave




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Rien à retenir
Note :

    Voilà donc Nothomb lancée sur le thème très en vogue des relations toxiques, avec une mère rongée par la jalousie et une fillette précoce et pleine de mansuétude envers sa mère, à qui elle pardonne même, dans sa grande sagesse d'enfant de huit ans, de lui préférer son petit-frère, et surtout d'idolâtrer sa plus jeune sœur. Quelle grandeur d'âme ! Quelle lucidité pour cette enfant qui, dès sa naissance, a pris acte du désamour de sa mère ! C'est admirable, vraiment. Et pas du tout invraisemblable.
   
    Il faut dire aussi qu'en 160 pages, avec 3 bons centimètres de marge de chaque côté et une police d'écriture taille 16, Nothomb n'a pas le temps de développer ni d'approfondir, et tant pis si ça coince niveau crédibilité. Eh oui, les contraintes éditoriales étant ce qu'elles sont, il faut bien que le nouveau Nothomb, comme le Beaujolais nouveau, paraisse à la période prévue, pour la rentrée littéraire, même si cela doit se faire au détriment du style, de la profondeur et de l'originalité
   
    Les personnages, qui étaient auparavant la grande force de Nothomb par leur côté excessif ou atypique, sont ici manichéens, creux et forgés sans nuance : d'un côté les victimes, comme Diane, Célia ou la petite Mariel. De l'autre, les bourreaux, Marie et Olivia, mères toxiques et imbuvables (comme le Beaujol... bref). Entre les deux, une galerie de personnages inconsistants : les maris, Olivier et Stanislas (caricature du mathématicien qui cherche l'inspiration 18h par jour couché sur son lit, les yeux dans le vide), et Elizabeth, l'amie de Diane, dont le trait le plus marquant est d'avoir pour nom de famille "Deux", ce qui fait bien rire ses camarades. Quant à l'héroïne, Diane, elle ne suscite aucune compassion, et l'on a bien du mal à s'identifier à cette jeune femme qui dès le berceau avait compris, avec une lucidité inconcevable pour un nourrisson, que sa mère ne l'aimait pas, par pure jalousie.
   
    L'intrigue elle-même est improbable : comment admettre l'absence totale de réaction du mari, des parents, des professeurs devant la détresse de Diane et la relation manifestement anormale entre mère et fille ? Comment accepter le fait que Diane, à 15 ans à peine, quitte le domicile familial pour aller vivre chez une amie, avec la bénédiction de tout son entourage (situation que Nothomb avait d'ailleurs déjà mise en scène, avec aussi peu de crédibilité, dans le très mauvais Antéchrista) ? Comment croire enfin un seul instant que les professeurs de médecine tissent des relations amicales avec leurs étudiants, comme le fait Olivia, qui déjeune tous les jours à la brasserie du coin avec Diane ?
   
    Truffé d'incohérences, écrit dans un style d'une platitude sidérante, bien loin des fulgurances qu'on pouvait trouver dans les premiers romans de Nothomb, ce livre accumule les poncifs et tombe dans la psychologie de bas-étage en mettant en parallèle deux relations toxiques entre mère et fille, comme si Diane, après avoir vainement cherché en Olivia une mère de substitution, devenait elle-même une figure maternelle positive pour la petite Mariel en laquelle elle se reconnaît. Ne parlons même pas de la fin, abrupte et sans aucune vraisemblance, qui conclut ce roman par une queue de poisson grotesque, trait devenu d'ailleurs récurrent chez Nothomb.
   
    Frappe-toi le cœur est donc un roman dont on peut largement se dispenser, vu sa piètre qualité, ses invraisemblances et son traitement superficiel d'un thème déjà rebattu. Pour ceux qui voudraient tout de même se laisser tenter, ce roman présente un avantage non négligeable : il est vite lu et donc vite oublié.

critique par Elizabeth Bennet




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