Lecture / Ecriture
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Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith

Michael Farris Smith
  Nulle part sur la terre
  Le Pays des oubliés

Nulle part sur la terre - Michael Farris Smith

Très émouvant
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   Michael Farris Smith, né dans le Mississipi, est nouvelliste et romancier. Titulaire d'un doctorat de l'University of Southern Mississippi il a été professeur associé d'anglais au département de langues, littérature et philosophie à la Mississippi University for Women à Columbus. Il vit à Oxford (Mississippi) avec sa femme et ses deux filles. "Nulle part sur la terre", son deuxième roman, vient de paraître.
   
   Après onze années, Russel sort de prison ayant purgé sa peine et retourne à McComb sa ville natale dans le Mississipi à la frontière avec la Louisiane. Ailleurs, Maben, une femme seule avec une fillette, marche le long des routes, sans ressources et fuyant un danger qui rôde. Elle aussi revient à McComb où elle a vécu autrefois. L’un comme l’autre vont devoir affronter un présent plein de dangers et revivre un passé douloureux.
   
   Je ne vais surtout pas entrer plus loin dans les détails de l’intrigue car ce serait aller contre la volonté de l’auteur. Toute la force de ce roman résidant dans sa construction et l’écriture de Michael Farris Smith. Appâté autant qu’épaté, le lecteur est constamment dans l’attente. Qu’est-ce qui s’est passé pour que cette femme et cette gamine errent ainsi sur les routes ? Pourquoi Russel a-t-il écopé de onze ans de tôle, quel genre de crime a-t-il commis ? Pourquoi à peine descendu du car le déposant à McComb se fait-il dérouiller par deux types bien décidés à se venger ? Tels sont les premiers appâts de ce récit.
   
   Quant à l’épate, c’est l’écriture. Une longueur de phrase donnant un rythme envoutant et captivant, immédiatement perceptible dès les premières pages. Nombreux sont les romans qui se ressemblent dans les grandes lignes de leurs scénarios – particulièrement ce genre de romans américains -, les décors, le pick-up qui roule de nuit avec les canettes de bières à portée de main, les hommes rudes et bagarreurs, les femmes qui subissent etc. J’ai lu des piles de bouquins de ce type, pourtant malgré leur analogie apparente, il y en a de bons et il y en a de mauvais, toute la différence résidant dans l’écriture ; et là avec Michael Farris Smith nous sommes dans la première catégorie, celle des très bons romans et peut-être même des grands écrivains si d’autres livres viennent confirmer cette hypothèse.
   
   Si le lecteur est pris par la technique de l’écrivain, il succombe aussi au charme des personnages. Tous sont attachants et paradoxe, ce sont leurs faiblesses ou leurs défauts qui attirent notre sympathie ou du moins notre compréhension. Pour donner un exemple, c’est le genre de bouquin où les méchants peuvent pleurer, "Il pleurait comme un homme qui a perdu la foi et il n’essaya pas d’empêcher les larmes de couler…"
   

   Le Bien, le Mal ne sont que des mots dont on voudrait facilement qualifier les gens, pourtant il ne tient qu’à un rien de tomber dans une case ou l’autre. Russel et Maben ne le savent que trop bien, poursuivis par un fatum qui n’a que de sales tours dans son sac. Et pour ceux qui ont fait le mal, la repentance les absout-elle de leurs crimes ?
   
   Un très beau roman car extrêmement touchant.
   
   "Il éprouvait souvent une grande sérénité lorsqu’il roulait sur les chemins de l’arrière-pays au plus profond de la nuit : les routes désertes, ce sentiment d’être séparé de tout ce qui vivait là-bas dans les lumières de la ville. Mais cette sérénité pouvait tout aussi bien se briser et s’éparpiller dans les recoins les plus sombres de la campagne quand il était soudain submergé par les pensées haineuses qui l’habitaient – l’épouse qu’il n’avait plus, et le fils qu’il ne pouvait pas voir, et la femme qui était la sienne aujourd’hui, et les hommes qui fricotaient avec elle, et les morts qui ne reviendraient jamais, et les vivants qui reviendraient toujours. Et alors il enrageait contre l’objet le plus saillant de sa haine, et il regardait dans le rétroviseur et cet objet était là et lui rendait son regard…"

    ↓

critique par Le Bouquineur




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Un roman qui vous emporte
Note :

   "Elle s'était rendu compte avec le temps que les mauvais coups, une fois que c’était parti, s'amoncelaient et proliféraient comme une plante grimpante sauvage et vénéneuse, un lierre qui courait tout le long des kilomètres et des années, depuis les visages brumeux qu'elle avait connus jusqu'aux frontières qu'elle avait franchies et à tout ce qu'avaient pu instiller en elle les inconnus croisés en chemin."
   

   Passablement malmenée par la vie, n'ayant nulle part où aller, Maben revient dans sa ville natale, en Louisiane avec sa petite fille. Elle espère pouvoir enfin trouver un peu de calme et de repos.
   Russell, après avoir purgé une peine de onze ans de prison, retourne lui aussi dans cette bourgade où réside encore son père.
   
   Le meurtre d'un shérif peu scrupuleux va réunir nos deux anti-héros et leur offrira peut être, paradoxalement, une possibilité de rédemption.
   
   A lire le résumé, je soufflais d'avance, ayant déjà l'impression d'avoir lu ou vu cette histoire cent fois. Mais, ici, c'est l’atmosphère palpable de tragédie ambiante, quasi étouffante, ainsi que le style de l'auteur, qui font toute la différence. On partage la souffrance des héros, on les regarde tomber et s'accrocher néanmoins, ne jamais renoncer malgré tout. Un roman prenant.
   ↓

critique par Cathulu




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Nowhere to run
Note :

   Nulle part sur la terre, titre français, n'est déjà pas d'une franche gaîté. Mais le titre original, Desperation Road, est encore plus sombre. Nous sommes dans le Sud américain, une terre de Mississippi classique, où l'on a déjà rencontré pas mal d'auteurs. C'est un bon roman, où les personnages sont évidemment marqués du sceau de la violence et du destin. Vengeance, rédemption, des restes d'amitié, de la déveine surtout. Oui, c'est surtout ça. Dans ce Deep South la plupart du temps on n'a pas de pot. Et les rencontres sont souvent mauvaises.
   
   Maben traîne de motel en motel Annalee sa gamine de cinq ans. Les camionneurs sont souvent son seul horizon avec les flics. Il y a parmi les deux corporations de braves types, pas tous. Russel, lui, vient de purger 11 ans de cabane pour homicide involontaire, voiture et alcool, très vieille antienne. La poisse leur colle aux basques à tous deux et n'est pas près de les lâcher. Maben, dès le début, et toujours en rupture, doit se défendre et ça tourne mal. Russel, dès sa sortie de prison, se fait cogner par les frères de sa victime de jadis. Tous les ingrédients du sud brutal, écrasant et alcoolisé, sont en place. Vengeance, remords, et surtout bien mince espoir, voir le titre original.
   
   Nulle part sur la terre se lit avec plaisir. Bien sûr cette Amérique dite des laissés pour compte a été mille fois dépeinte et le cinéma s'en est bien souvent emparé. Ces autoroutes, ces motels, cette moiteur, ces relents de bière et de bourbon, ces filles paumées, ces baluchons qui montent en cabine... La route du désespoir. Cependant Mitchell, le père taiseux de Russel, ou Boyd, un copain d'enfance policier honnête, sans grandes phrases ni accolades, aident chacun à leur manière. Et les autres,
   "Heather aimait que Larry soit toujours galvanisé par la haine. Elle aimait l'entendre parler de son frère mort, l'entendre parler de vengeance. Elle aimait son côté fruste, la rage qui s'allumait quand il la basculait."
Voilà de quoi est fait le Sud. Voilà de quoi est fait le monde.

critique par Eeguab




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