Lecture / Ecriture
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Zabor ou les psaumes de Kamel Daoud

Kamel Daoud
  Meursault, contre-enquête
  Mes indépendances
  Zabor ou les psaumes

Kamel Daoud est un écrivain et journaliste algérien d'expression française né en 1970.

Zabor ou les psaumes - Kamel Daoud

« A Daoud, nous avons donné les psaumes »
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
    "J'avais une belle écriture appliquée qui remplissait la fonction des veines sous la peau des apparences. Elle servait sûrement à faire circuler un genre de sang."
   
   Kamel Daoud joue ici avec le poncif qui dit que dès que leurs contemporains ont à leur tour disparu et avec eux, la mémoire, il ne reste rien des vies qui n'ont pas laissé de trace écrite, c'est comme si elles n'avaient pas été vécues. Et alors, les gens sont vraiment morts. Seule l'écriture aurait pu les maintenir en vie. L'auteur prend cette affirmation au pied de la lettre en créant son personnage d’Ismaël, alias Zabor, qui prolonge la vie des villageois qui l'entourent en en faisant les personnages de récits imaginaires qu'il poursuit sans trêve (au risque qu'ils meurent s'il ne le fait pas, du moins en est-il persuadé).
   
   Il est par ailleurs, depuis l'enfance, sujet à des crises nerveuses et épileptiques que la superstition commune attribue aux mauvais esprits. Pour des raisons que l'on découvre, il était rejeté et ne pouvant en aucun cas trouver sa place dans sa famille ni dans son village, il s'est trouvé un monde autre et s'est mis à cultiver sa différence. Ce sera le monde des mots, de l'écrit, puis du français et des livres. Le fossé se creuse, il y en avait déjà un entre l'arabe du village et celui de l'école, découvrir le français, se fut découvrir un mode de pensée totalement différent et pour tout dire, peu conciliable, c'était la langue de la libre pensée et de la liberté de la femme, ainsi que celle de l'éveil sensuel assumé.
   
   Il est donc persuadé d'avoir sauvé de très nombreuses personnes qui l'ignorent, mais qui seraient mortes s'il ne poursuivait pas son travail d'écriture les concernant. Sa réputation s'en est répandue dans ce village superstitieux et, quand tout est perdu, on l'appelle au chevet des moribonds, dans l'idée qu'on ne sait jamais et qu'on ne risque rien à essayer. Les malades sont peu fiers de l'appeler et ceux qui se remettent n'en parlent guère, mais sa réputation est néanmoins faite.
   
   C'est pour lui une immense responsabilité. Il sent sur ses épaules le poids de ces existences qu'il doit maintenir et ne peut cesser un instant d'écrire, persuadé que dans le cas contraire, tout s'effondrerait. Il vit seul avec sa tante, vieille fille rejetée qui lui a servi de mère (il est peut-être responsable de son célibat définitif, car il n'est pas moralement irréprochable). Que Kamel Daoud ait tiré de sa propre enfance matière à nourrir son roman, cela semble certain, qu'il se soit représenté en Zabor et ait mis en lui beaucoup de son caractère, j'en doute fort.
   
   Qui osera dire du mal du livre de Kamel Daoud ? Pas moi, très certainement et pas grand monde d'autre je pense, il est si beau ! Si bien écrit, porté par une langue si maîtrisée et si poétique, l'hommage à la littérature ainsi que la réflexion sur un de ses rôles sont à la fois si justifiés et si exacts... Ajoutez à cela que l'auteur mène un combat si juste en son pays qu'il mérite plus que tout d'être soutenu. Cependant, mon impression est que ce bijou d'écriture s’accommode mal de ses 328 pages. Le lecteur ne peut maintenir si longtemps son admiration et le rythme s'y essouffle. Meursault était court, comme un éclat de cristal. Il subjuguait. Ici, on ne s'ennuie pas, je n'ai pas eu à me forcer pour tout lire, mais on avance lentement, on a perdu la fulgurance de l'éclat. On s'installe dans le "monumental", cela me séduit moins.
   Mais c'est beau.
   
   "Le vieillard était devenu une poignée de chair dans la main froissée du drap. Les cigognes de la mort étaient là, dans le gros nid invisible de sa tombe."

critique par Sibylline




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