Lecture / Ecriture
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Crime d’honneur de Elif Shafak

Elif Shafak
  La bâtarde d’Istanbul
  Soufi, mon amour
  Crime d’honneur

Elif Şhafak est une écrivaine turque née en 1971.

Crime d’honneur - Elif Shafak

Tuer sa mère, crime d’honneur ?
Note :

   Très actuel, ce roman d’Elif Shafak, écrivaine turque. Il nous parle de tant de problématiques qui déchirent notre monde occidental, ou du moins la vision du monde que nous avons depuis l’Occident.
   
   Il y est question de "kurdité" (pas simple en Turquie. Pas plus que dans les pays limitrophes d’ailleurs !). Il nous parle d’émigration vers l’Occident, Londres dans ce cas précis. Il nous parle aussi de cette prééminence de la masculinité dans le monde proche-oriental, principale source de conflits et d’inadaptation à mes yeux de ce public en Occident. Prééminence de la masculinité ou soumission de la féminité, ce qui revient à peu de choses près au même, mais ne devrait pas conduire Iskender, adolescent mal dans sa peau de Kurde à Londres, à tuer Pembe, sa mère, au motif qu’elle a retrouvé l’amour après avoir perdu son mari.
   
   Beaucoup de problématiques donc, et un ouvrage touffu tant la construction en est compliquée, avec une histoire qui s’étend sur trois générations ; depuis Naze, la grand-mère, qui ne met que des filles au monde, de Pembe et Jamila, les jumelles, aux destins si dissemblables, jusqu’à Esma, Iskender et Yunus, les enfants de Pembe.
   
   Oui, cette construction avec d’incessants aller-retours, aussi bien dans le temps qu’entre Turquie et Londres, où se sont établis Pembe et son mari, Adem - transparent dans le roman – avec leurs trois enfants pour fuir ce qu’ils vivent comme l’absence d’avenir, la misère et les contraintes sociales, cette construction donc est très compliquée et oblige à feuilleter régulièrement le livre en arrière.
   
   Ce sont paradoxalement ces contraintes sociales qu’ils ont cru tous fuir qui vont être le cœur du drame ; le meurtre de Pembe par son fils. Mais oui, c’est qu’en fait, les contraintes sociales ils les ont emportées avec eux. Cette prééminence du masculin, cette soumission du féminin, jusqu’au crime. D’honneur ? Allons donc, crime de la pression culturelle plutôt. Cette pression culturelle qui fait que les émigrés de culture musulmane, qui n’accordent pas sa place à la femme, ont tant de problèmes à se trouver une place dans notre société occidentale.

critique par Tistou




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