Lecture / Ecriture
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Les buveurs de lumière de Jenni Fagan

Jenni Fagan
  Les buveurs de lumière

Les buveurs de lumière - Jenni Fagan

Une dystopie qui met le cœur en joie
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   Prix Transfuge du meilleur roman anglophone 2017
   

   "Quand les adultes entendent grincer une petite porte sombre dans leur cœur, ils montent le son de la télé. Ils s'enfilent un verre de vin. Ils disent au chat que c'était juste une porte qui grinçait. Le chat sait. Il saute du canapé et sort de la pièce. Quand cette petite porte sombre dans un cœur se met à faire clic-clac clic-clac clic-clac si fort et si violemment qu'on voit littéralement battre leur poitrine - eh bien là ils disent qu'ils ont du cholestérol et ils essaient d'arrêter le beurre, ils se mettent à aller marcher".
   

   Une dystopie qui met le cœur en joie, vous n'y croyez pas ? Vous avez tort, je viens d'en lire une. Sans doute parce que ce n'est pas la catastrophe climatique en cours qui est mise en avant, mais plutôt la relation entre un petit groupe humain atypique et attachant.
   
   Dylan a vécu toute sa vie à Soho dans un cinéma géré par sa mère Vivienne et sa grand-mère, Gunn. La mort rapprochée des deux femmes lui révèle qu'il n'a plus rien et doit quitter cet univers familier. Sans le lui dire, sa mère avait acheté une caravane à Clachan Fells, au nord de l'Ecosse, pour lui assurer au moins un toit. La famille est originaire des îles de cette région.
   
   Par ailleurs, nous sommes en 2020 et l'hiver est anormalement précoce et dur. Il neige même à Jérusalem, la température descend constamment. C'est dans ce contexte que Dylan débarque à Clachan Fells, où il fait déjà nettement plus froid qu'à Londres. La caravane est sommairement équipée, en tout cas pas pour les temps qui s'annoncent. Dylan découvre les quelques habitants qui l'entourent, en premier lieu Stella, adolescente en cours de transformation. Elle est née garçon. Dylan tombe immédiatement amoureux de sa mère, Constance, qu'il surnomme "la cireuse de lune".
   
   La petite communauté de laissés pour compte se débrouille comme elle peut avec les conditions de vie qui se dégradent. Constance est une bricoleuse pleine de ressources et Stella se débat courageusement avec les humiliations et les problèmes liés à son changement de sexe.
   
   Ce roman a un charme fou, qui tient à ses personnages parmi les plus beaux rencontrés dans mes lectures récentes. Il y a une humanité et une tendresse fortes entre eux et une acceptation (plus ou moins facile) des problèmes de chacun. La description des paysages de glace, de neige, de montagnes, de nuages, est lyrique, poétique, éblouissante. On a beau savoir que cette beauté est liée à une catastrophe majeure et angoissante, elle est réelle et elle est là.
   
   Dylan, le géant au cœur tendre, va découvrir la raison pour laquelle sa mère a acheté une caravane justement dans cet endroit-là. Les secrets enfouis des deux femmes le bouleversent et lui rendent plus proches ses chères disparues.
   
   C'est une histoire de tolérance, d'amour inconditionnel, de solidarité dans un monde qui se délite, mais où la vie continue malgré tout.
   
   Et si vous voulez savoir qui sont "les buveurs de lumière" bien nommés du titre, il vous faudra le lire ..
   
   Une belle découverte et un coup de cœur.
   
   "L'homme dit quelque chose au micro pendant que de gros téléviseurs passent des séquences d'informations en boucle et tout le monde est scotché devant - ne peut s'empêcher de regarder, ne peut détourner les yeux, se levant seulement pour aller chercher à manger ou aux toilettes. Dehors il neige à gros flocons et les gens envoient des SMS angoissés. Même ici il règne un froid polaire. Au micro un type fatigué explique qu'il y a un poste de secours dans le Coin des Affaires et de la soupe gratuite à la cafétéria. Ils ont transformé Ikéa en un lieu ou la communauté peut recevoir des soins médicaux, s'abriter, acheter à manger, se réchauffer. Dylan ressent une curieuse exaltation d'être assis là devant une assiette de boulettes de viande et de frites arrosées de jus et d'un supplément de sauce à la canneberge. La personne au micro se remet à parler d'une voix déprimée".

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critique par Aifelle




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Période glaciaire
Note :

   Dylan arrive avec sa valise contenant les cendres de sa mère et de sa grand-mère dans un pot de crème glacée et un tupperware, dans une bande de terre, entre la mer et les terres agricoles entourée par de vastes montagnes.
   
   Des caravanes réparties de part et d'autre d'une allée, dont celle que sa mère lui a léguée. Disperser les cendres, vendre la caravane, une boite de conserve au milieu des montagnes, et partir dans un endroit chaud.
   
   Constance, sa voisine, souffre de somnambulisme, la nuit elle passe l'aspirateur sur la route et avec un chiffon elle lustre la lune. Elle a eu deux amants en même temps et maintenant elle a une fille alors qu'avant elle avait un garçon. Stella une fille avec un sexe de garçon, elle regarde le soleil juste en dessous, elle boit la lumière et après elle rayonne comme un ange.
   
   Un roman dans un cadre apocalyptique, un parc de caravanes où vivent un groupe hétéroclite de personnages en marge de la société, un géant tatoué, une adolescente transgenre, sa mère une survivaliste, un vieil astronome, une prostituée,un sataniste, un autre qui essaye de communiquer avec les extra terrestres. Des naufragés qui vont s'entraider pour survivre. Un livre sur l'intolérance, la haine de tout ce qui est différent. La force de ce récit est de situer ce cataclysme climatique à une période anxieusement proche de nous, 2020. le désastre naturel se mêle avec les drames de la vie ordinaire. Une écriture poétique voire lyrique à certains moments qui tranche avec la situation de fin du monde avec des descriptions de paysages gelés, belles et réalistes. Un roman envoûtant.
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critique par Y. Montmartin




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La Terre est si belle !
Note :

   Il s’agit d’une dystopie et oui encore ! Cette rentrée littéraire en est prolixe, placée comme elle est sous le signe de la catastrophe écologique, du réchauffement, de la montée des eaux avec toutes les conséquences qui peuvent en découler. C'est la deuxième que je lis après "Monde sans oiseaux".
   
   Le lecteur est transporté au Nord de l’Ecosse, dans la ville de Clachan Fells, dans une région aux hivers déjà rigoureux en temps normal ! Mais il ne s’agit plus de normalité. Les glaces du pôle en fondant ont refroidi le gulf steam qui ne peut plus jouer son rôle régulateur. Un gigantesque iceberg aussi grand qu’un montagne s’est détaché et se dirige vers les côtes écossaises. Un épisode glaciaire qui touche le monde entier commence. Les températures ne cessent de descendre ! Le froid, la pénurie alimentaire, l’obscurité d’une nuit démesurée… La mort en perspective. C’est dans cette ambiance de fin de monde que vont se retrouver des personnages d’un milieu modeste, tous un peu marginaux, qui vont tenter de survivre, chacun dans leur caravane à peine mieux isolée qu’une boîte de conserve.
   
   Et pourtant, curieusement, le livre est plein d’espoir. Il rayonne, en effet, de chaleur humaine et ceci sans jeu de mots car dans ce froid polaire ces personnages tenus à l’écart de la "bonne" société, sont d’une grande humanité. Ainsi est Dylan, le géant déboussolé qui vient de perdre sa mère et sa grand mère et le cinéma familial (en faillite) où s’est déroulé toute sa vie. Tous s’acceptent malgré leur différence, leurs faiblesses, ils s’entraident, ils font front. Ils sont décidés à lutter. On a l’impression en fréquentant cette petite poignée d’irréductibles que tout serait possible si les êtres humains le voulaient. Pourtant vous ne trouverez aucune trace de sensiblerie ou d’utopie dans ce livre. Ce monde est dur, les gens "comme il faut" rejettent ce qui n’est pas conforme à la norme. La petite Stella l’apprend à ses dépens d’une manière bien cruelle... Et l’on meurt de froid dans la neige.
   
   Et puis, autre source de bonheur dans ce roman, la beauté incroyable de la nature. Au moment où elle tue, elle expose les merveilles de ses arbres gelés, encapuchonnés de neige, de ses pénitents de glace, sa forêt de stalactites rutilantes, ses aurores boréales, ses trois soleils brillant faiblement dans le ciel. Un monde de blancheur scintillant, une profusion de beautés que le style poétique de l’écrivaine nous met sous le nez comme pour nous dire que la Terre est si belle qu’elle ne doit pas disparaître.

critique par Claudialucia




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