Lecture / Ecriture
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Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill

Nathan Hill
  Les fantômes du vieux pays

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill

720 pages captivantes
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   "Sa mère paraissait plantée en lui comme une écharde impossible à enlever."
   

   Samuel Anderson, professeur d'anglais à l’université de Chicago, n'en est pas encore conscient mais son existence entre étudiants paresseux et aventures passionnantes dans le jeu en ligne Le Monde d'Elfscape est sur le point d'exploser. Son seul souci était apparemment le roman qu'il s'était engagé à écrire il y a dix ans en échange d'un confortable à valoir depuis longtemps dépensé, mais voilà que sa mère, qui avait quitté le domicile familial sans plus jamais donner signe de vie alors que Samuel avait onze ans, est projetée sous les feux de l'actualité.
   
   Elle a en effet lancé une poignée de gravier sur un homme politique et l'événement entraîne des conséquences disproportionnées nécessitant l'intervention de son fils. Samuel va entreprendre alors un retour en arrière, dévoilant ses failles intimes, ses souffrances, mener une enquête sur le passé de sa mère, tant pour comprendre son attitude que pour essayer de trouver le moment où dans sa propre vie il a fait le mauvais choix.
   
   Un roman foisonnant et pourtant très bien structuré dont on pardonne volontiers les quelques longueurs tant il est enthousiasmant. Multipliant les points de vue, les retours en arrière, tantôt drôle (les passages avec l'étudiante tricheuse sont un pur régal de mauvaise foi !), tantôt émouvant, "Les fantômes du vieux pays" entraîne son héros, et avec lui le lecteur ravi, dans un maelström de rebondissements, brossant au passage un portrait décapant de l’Amérique contemporaine. Un formidable roman d'apprentissage aux personnages très attachants et un pur bonheur de lecture !
   
    Si, comme moi vos poignets craignent le poids des 720 pages, pensez à la liseuse électronique, vous pourrez en outre mesurer combien d'heures de lecture- et donc de bonheur -vous restent à partager avec Samuel, Faye et les autres.
   
   Et zou sur l'étagère des indispensables !
    ↓

critique par Cathulu




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Très ambitieux
Note :

    L'histoire se situe en 2011 où Samuel Andresen un jeune professeur de littérature à Chicago apprend par l'avocat de sa mère, Faye, que cette dernière a agressé avec des petits cailloux le sénateur Packer, républicain, candidat à l'élection présidentielle. L'avocat lui demande d'écrire une lettre attestant toutes les qualités de sa chère maman. Il est d'autant plus surpris qu'il ne l'a plus revue depuis 20 ans, un certain matin où elle a quitté la maison familiale.
   
    Samuel s'ennuie dans sa vie professionnelle et il espère toujours être un jour le grand écrivain qu'il a failli devenir. En attendant il s'adonne avec excès aux jeux vidéos en ligne où il est le roi des elfes, il est même vraiment très fort. Mais l'histoire de Faye, sa mère absente, peut lui être utile pour écrire enfin le livre que son éditeur lui réclame depuis longtemps, sinon Samuel est ruiné.
   
    Dans une écriture vive et remplie d'humour, l'auteur nous raconte l'histoire des Etats-Unis des années 1969 à 2011. Années sombres pour le rêve américain qui s’enlise dans une guerre au Vietnam dont la jeunesse révoltée ne veut pas et dans un patriotisme qui porte toujours le racisme dans son cœur.
   
    Ce sont ces années que Samuel va découvrir en menant l'enquête pour découvrir l'histoire de sa mère. Faye qui a vécu une enfance étouffante dans sa famille dans l'Iowa et qui rêvera d'études et d'indépendance à Chicago et qui malheureusement passera à côté de sa vie pour se rendre compte finalement que les plus beaux rêves s'arrangent avec la réalité.
   
    Le rapprochement entre mère et fils est difficile et la fin très habile et intéressante.
   
    Les personnages sont nombreux et porteurs de beaucoup de messages et de thèmes forts dans une Amérique aux prises avec ses démons. Beaucoup d'histoires se recoupent et peuvent déconcerter le lecteur, parce que pas toujours bien reliées, beaucoup de personnages aussi mais la lecture est intense.
   
    A la façon d'une enquête, avec des rebondissements, nous remontons le temps et cherchons avec le héros à savoir qui était au juste cette femme et qu'a été sa vie et sa quête pendant 20 ans.
   
    Un grand travail de recherche alimente ce premier roman, de plus de 700 pages, très ambitieux.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Les cinquante dernières années aux Etats-Unis
Note :

   "Scandale aux États-Unis : le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, a été agressé en public. Son assaillante est une femme d'âge mûr : Faye Andresen-Anderson. Les médias s’emparent de son histoire et la surnomment Calamity Packer. Seul Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, passe à côté du fait divers, tout occupé qu’il est à jouer en ligne au Monde d'Elfscape. Pourtant, Calamity Packer n’est autre que sa mère, qui l’a abandonné à l’âge de onze ans. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui avait versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en justice. (quatrième de couverture)
   
   Voici le premier roman de Nathan Hill, Les fantômes du vieux pays ! Un pavé de 700 pages, une fresque de vie aux Etats-Unis qui couvre plusieurs décennies jusqu’à notre époque, les différentes strates du passé se chevauchant. Ajoutez à cela un voyage en Norvège dans le présent et le passé, un nombre de personnages assez impressionnant dont le narrateur nous fait découvrir tour à tour le point de vue… Vous comprenez pourquoi les critiques parlent de roman ambitieux et de jeune prodige à propos de son auteur.
   
    Cet enchevêtrement de faits, d’Histoire avec un grand H, la guerre du Vietnam, les révoltes féministes, Mai 68 et les émeutes de Chicago, le 11 septembre, tous ces faits historiques entremêlés à la petite histoire des vies médiocres marquées par la peur de l'échec, par le sentiment d’abandon, est assez ahurissant et vous laisse pantelant. Un chaos que l’écrivain parvient pourtant à mettre en ordre car il y a du génie dans ce roman même si parfois il y a aussi quelques faiblesses.
   
    En tout cas, je l’ai lu avec beaucoup de plaisir, rapidement, et de temps en temps en me tordant de rire ! Mais le rire, il faut bien le dire a toujours un arrière-goût amer et ironique car il dénonce les travers de notre société ou les blessures secrètes des personnages. Ainsi l’on rit des déboires de Samuel, le personnage principal du roman, écrivain raté, professeur d’une petite université, de ses démêlés avec Laura, son étudiante, on rit de ses pleurs incessants et incontrôlables, mais l’on est en empathie avec lui, avec son enfance traumatisée par le départ de sa mère, et par son amour perdu, Bethany. Et que dire de son ami Pawnage si addict aux jeux vidéos qu’il ne vit plus dans la vie réelle et manque en mourir. Il y a là, à la fois, la critique d’une société qui finit par vivre par procuration sur écran interposé, mais aussi toute la tragédie de la solitude et de l’échec.
   
    La satire de la société américaine actuelle est donc bien menée avec ses jeux de pouvoir entre républicains et démocrates, avec ces politiciens véreux, ces hommes de "culture" comme Periwinkle, l’éditeur de Samuel, qui ne pensent plus littérature mais argent et rentabilité. Nathan Hill n’est pas plus tendre avec la société des années soixante. La condition féminine y est décrite dans toute son horreur et c’est la mère de Samuel, alors lycéenne et étudiante qui en est marquée à jamais. Les hommes politiques n’hésitent pas à mener un jeu trouble en attisant la contestation et en ordonnant de tirer sur les étudiants. La lutte contre le racisme et la ségrégation se solde par l’assassinat de Martin Luther King.
   
    Un roman qui a donc de grandes qualités même si parfois le récit présente des longueurs ou un trop plein ! C’est le défaut propre à un premier roman : on sent que l’écrivain veut tout dire là où il pourrait parfois suggérer ou élaguer ! D’autre part, j’ai trouvé la fin un peu trop consensuelle. Bien sûr, Samuel a grandi car il s’agit aussi d’un roman d’initiation mais cette "morale" qui dit que l’on doit s’efforcer de comprendre les autres, m’a paru plutôt démonstrative.
   
   Mais pour ne pas rester sur cette note négative, je veux terminer en soulignant la maîtrise de Nathan Hill dans l’écriture de sa comédie humaine. Le roman est agréable à lire, on s’attache aux personnages, on apprécie l’humour corrosif, et l’on découvre ou l’on revit, pour les plus âgés, les évènements des cinquante dernières années des Etats-Unis qui sont aussi un peu notre histoire..

critique par Claudialucia




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