Lecture / Ecriture
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Suicide de Édouard Levé

Édouard Levé
  Autoportrait
  Suicide

Édouard Levé est un écrivain, artiste et photographe français né le 1er janvier 1965, mort le 15 octobre 2007 à Paris.

D'abord très conceptuel, il met volontairement fin à une carrière de peintre abstrait (« j'ai brûlé quasiment toutes mes toiles »), et se lance dans la photographie en couleur, composée en intérieur, avec des modèles en vêtements de ville, posant sur un fond uni, souvent dans des postures en lien avec un sport (Rugby) ou une activité (Pornographie).

Ecrivain, Edouard Levé travaille une écriture sobre, dégagée du pathos, dans des livres livrés sans "mode d'emploi", où le lecteur doit reconstituer une continuité. Son dernier manuscrit, Suicide, est déposé chez son éditeur trois jours avant qu'il ne se donne la mort à 42 ans.
(Wikipedia)

Suicide - Édouard Levé

Choix ?
Note :

   Quand on s’apprête à lire un livre intitulé "Suicide", on peut déjà ressentir quelque appréhension, mais quand on sait en plus que l’auteur de ce livre s’est suicidé à peine quelques jours après avoir porté le manuscrit à son éditeur, on peut éprouver de réelles réticences et redouter une lecture éprouvante qui mettrait nos esprits et nos nerfs à rude épreuve.
   
   Pour ma part, j’avais acheté "Suicide" d’Edouard Levé il y a peut-être cinq ou six ans, et j’en repoussais toujours la lecture, redoutant justement un récit très noir, un désespoir qui s’étalerait dans toute sa crudité, la sincérité d’un homme qui n’a plus rien à perdre. Du même auteur, j’avais cependant déjà lu "Autoportrait", qui date me semble-t-il de 2004, et que j’avais plutôt apprécié, et dont je m’étais dit qu’il était peu enclin aux épanchements et qu’il savait trouver un ton original pour aborder les sujets intimes, voire risqués.
   
   J’ai donc finalement profité de mes dernières vacances pour lire ce livre, entre une promenade en bord de mer et un verre en terrasse, ayant envie d’affronter ce sujet morbide avec toute l’ouverture et la détente nécessaires.
   
   Que vous dirai-je de cette lecture ?
   – Que le livre est court et vite lu.
   – Qu’il prend pour prétexte le suicide d’un de ses amis quelques vingt ans plus tôt pour dresser en creux son propre portrait, ce dont on peut se rendre compte facilement car on retrouve dans "Suicide" de grandes ressemblances avec "Autoportrait", certains passages quasiment identiques.
   – Que le style est plutôt froid, dédramatisé, avec une mise à distance de toute sorte de sentiments, comme si l’auteur voulait se cacher derrière une façade lisse et acceptable.
   – Que les idées sont intelligentes et brillantes, subtilement formulées, l’auteur mettant le doigt sur les étrangetés et bizarreries de l’existence, avec une acuité qui emporte je crois l’adhésion du lecteur.
   – Qu’on sent, surtout dans les premières pages du livre, une véritable fascination de l’auteur pour le suicide, pour l’image que les vivants ont des suicidés, davantage que pour la mort proprement dite, ce qui crée un effet très dérangeant, que je ne crois pas avoir déjà ressenti par rapport à d’autres livres.
   – Que ce livre ne répond pas du tout aux grandes questions existentielles (par exemple "Pourquoi mourir ?" ou "Qu’est-ce qui peut justifier un tel acte ?") qui, précisément, auraient pu m’intéresser, mais peut-être s’agit-il de questions trop épineuses, voire insolubles.
   – Que ce livre se termine par une suite de tercets qui, malgré leur forme et leur caractère poétiques, se révèlent un peu systématiques et lassants et me paraissent finalement moins poétiques que toutes les pages qui précèdent.
   
   Voici un extrait :
   
    "Ta vie fut une hypothèse. Ceux qui meurent vieux sont un bloc de passé. On pense à eux, et apparaît ce qu’ils furent. On pense à toi, et apparaît ce que tu aurais pu être. Tu fus et tu resteras un bloc de possibilités.
    Ton suicide fut la parole la plus importante de ta vie, mais tu n’en cueilleras pas les fruits.
    Es-tu mort puisque je te parle ?
    Si tu vivais encore, serions-nous amis ? Je fus plus lié à d’autres garçons. Mais le temps m’a séparé d’eux sans que je m’en aperçoive. Il suffirait d’un coup de téléphone pour renouer. Aucun de nous ne risque la désillusion des retrouvailles.
    Ton silence est devenu une éloquence. Mais eux, qui peuvent encore parler, ils restent silencieux. Je ne repense plus à eux, dont je fus si proche. Mais toi, autrefois lointain, distant et ténébreux, tu rayonnes à présent près de moi. (…)

critique par Etcetera




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