Lecture / Ecriture
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La serpe de Philippe Jaenada

Philippe Jaenada
  Le Cosmonaute
  Les brutes
  Le chameau sauvage
  Plage de Manacora, 16h30
  La femme et l'ours
  Sulak
  La petite femelle
  Spiridon superstar
  La serpe

Philippe Jaenada est un écrivain français né en 1964.

La serpe - Philippe Jaenada

« Le Moi est haïssable »*
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   Prix Fémina 2017
   
    En 1941, en pleine période de sombre occupation, un triple meurtre fait scandale.
   
    Dans un château du Périgord, à Escoire exactement, le père, la tante et la bonne sont massacrés à coup de serpe dans la nuit. Seul survivant de ce carnage, le fils, Henri Girard. Les détails troublants et compromettants portent sur lui et il est accusé des meurtres. En plus, il devient le seul héritier de l'immense fortune familiale.
   
    Condamné et acquitté, le ténor du barreau de Paris, Maurice Garçon le défend. Le meurtre reste non élucidé.
   
    Le jeune Henri Girard, enfant gâté et mal aimé, dilapidera la fortune familiale, partira loin, reviendra, sera écrivain, journaliste, militant politique et défendra toute sa vie les causes perdues ou non.
   
    Il publiera un livre qui lui vaudra gloire et fortune, "Le salaire de la peur," et prendra le nom de Georges Arnaud.
   
    Henri Girard appartient à une famille très aisée, son père veuf très tôt, est archiviste auprès d'un ministre au gouvernement de Vichy. Il aime son fils mais a du mal à le lui montrer.
   
    L'enfant s'élève dans l'absence de sa mère, qui n'avait pas été acceptée par la famille. Une rancœur tenace s'ajoute à un probable mal être.
   
    Très intelligent, il affirme un caractère capricieux, colérique et méprisant. Il aime claquer l'argent qu'il ne gagne pas, il boit, fait la fête, se marie très tôt et mène une vie dissolue.
   
    Les derniers jours passés avec son père, la sœur de celui-ci et la bonne dans le château se terminent par ce bain de sang.
   
    Tout dans cette histoire est prenant, d'abord ce crime non élucidé dans une famille riche, ensuite la période de l'occupation et les activités du gouvernement de Vichy et la personnalité de Henri Girard.
   
    Nous allons le suivre, le connaître, peut-être même lui trouver des circonstances atténuantes ou pas.
   
    Les personnages gravitent dans un monde tourmenté, les personnalités croisées sont célèbres.
   
    Philippe Jaenada a fait un travail remarquable de recherche, d'investigations. Il mène une véritable enquête pour essayer de comprendre qui était Henri Girard.
   
    Mais l'auteur utilise une intrigue policière hautement diabolique pour se mettre en avant et partir dans des digressions personnelles et sans intérêt qui fatiguent. Sa vie, sa femme, son fils, ses romans précédents, tout se mêle et donne une lecture qui sur la longueur devient rébarbative et n'en finit pas.
   
   * Blaise Pascal
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critique par Marie de La page déchirée




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Enquête sur un triple assassinat
Note :

   Qu’est-ce qui peut provoquer une telle addiction dans un livre de Philippe Jaenada ? C’est ce que je me suis demandé en lisant en deux jours La serpe, un pavé de plus de six cents pages. Les meurtres qui y sont relatés sont anciens, les coupables ont été jugés depuis longtemps et la plupart des protagonistes ont maintenant disparu !
   
   Un vrai "polar"

   Dans La Serpe, Philippe Jaenada enquête comme il sait si bien le faire sur un triple assassinat qui a eu lieu dans le château de l'Escoire en Périgord, pendant la guerre de 1940. J’ai eu envie de lire ce roman quand j’ai appris que Henri Girard accusé d’avoir tué son père, sa tante et la bonne, n’était autre que Georges Arnaud, l’auteur de Le salaire de la peur. Ce livre paru dans les années 50, à l’écriture puissante, a donné lieu à plusieurs adaptations : celle de Clouzot, en particulier, avec Charles Vanel et Yves Montand.
   
   Philippe Jaenada procède, quand il prend en charge une affaire, exactement comme le ferait un enquêteur chargé de trouver le criminel. Il retourne sur les lieux du crime, examine les indices, s’imprègne de l’atmosphère; et, puisqu’il s’agit d’un évènement ancien, consulte les archives, les minutes du procès, la correspondance des principaux personnages. Au lieu de remonter le temps, il le descend, il s’immerge dans l’époque. Pas étonnant qu’il soit alors habité par des fantômes et qu’il puisse éprouver la chair de poule en mettant son pas dans les traces de l’assassin. Chemin faisant il nous fait part de ses doutes, s’il en a (et c’est le cas pour cette enquête) puis il apporte sa propre vision de ce qui s’est passé.
   
   Il s’agit donc pour le lecteur d’une véritable enquête policière dans laquelle les ressorts romanesques sont les mêmes que ceux d’un bon vieux "polar" ! Empathie pour les victimes, frissons, horreur des crimes commis, curiosité et questionnement sur la véritable identité du coupable, résolution de l’énigme.
   
   Et comme dans tout bon roman policier, nous découvrons ici la société française de l’époque. Ainsi l’antagonisme plus ou moins larvé entre châtelains et villageois, entre maîtres et employés semble jouer une grand rôle. La misère est très répandue dans cette France de la province, les inégalités sociales très marquées. De plus tout est exacerbé par les privations dues à la guerre. L’occupation allemande et le gouvernement de Vichy servent de toile de fond à ce drame et entrent en ligne de compte dans les motivations des personnages. Quant à la justice française, j’espère qu’elle a fait des progrès car la manière de conduire une enquête à cette époque-là est extrêmement inquiétante !
   
   Un enquêteur bourré d’humour

   L’inspecteur ? Allons, soyons bons ! Accordons lui le grade de commissaire! Le commissaire Jaenada ne peut s’empêcher de se glisser dans le récit et devient ainsi un personnage à part entière comme dans un roman de Fred Vargas. Et ceci par le biais des fameuses digressions jaenadiennes. Eh bien oui, vous partagez tout de ses états d’esprit, de ses peurs bleues, de ses vagues-à-l’âme, de ses amours aussi, sa femme et son fils… Et avec quel humour !
   
   Ainsi, vous saurez qu’il aime la solitude et la retraite, du moins c’est ce qu’il prétend ! Mais quand il part quinze jours en Périgord, c’est pire que s’il partait six mois en Sibérie au bord du lac Baïkal comme dans le dernier roman que je viens de lire de Sylvain Tesson. Heureusement, pour se coucher, il a emporté son "doudou", euh! je veux dire le foulard de sa femme ! Il est vrai que l’épreuve est grande pour un Parisien comme lui de partir ainsi dans le Périgord, une région sauvage et désolée avec des autochtones peut-être hostiles, on ne sait jamais !
   
   J’adore ce style d’humour ! Je m’arrête sur ce sujet, en précisant que l’humour permet de désamorcer la tension qui naît de l’atrocité et de la sauvagerie de ces assassinats qui nous sont décrits avec précision.
   
   L’analyse psychologique et la structure du livre

   L'écrivain est excellent dans l’art de l’analyse psychologique à travers les lettres, les écrits, mais aussi les déclarations des uns et des autres car tout est consigné au cours du procès et les nombreux témoignages permettent de brosser un portrait du suspect assez complexe.
   
    Il y a, et c’est ce qui me passionne, une mise en abyme de Henri Girard comme s’il était vu dans une succession de miroirs qui renvoient des images contradictoires. Par exemple, selon le point de vue, Henri Girard peut apparaître comme un sale gosse de riches, dépensier, caractériel, un individu méprisable, violent, capable de tous les crimes, plein de haine envers son père et sa tante. Mais aussi et en particulier à travers la correspondance qu’il entretenait avec son père, il peut être un enfant traumatisé par la mort de sa mère, mal dans sa peau, arrogant, certes, mais un fils aimant et respectueux, un homme très intelligent et cultivé, engagé contre le nazisme, un humaniste qui venait en aide aux plus pauvres..
   
   La structure du livre en deux parties va jouer sur les deux facettes du personnage et nous amener à un dénouement inattendu mais spectaculaire !

critique par Claudialucia




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