Lecture / Ecriture
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La rivière de Esther Kinsky

Esther Kinsky
  La rivière

La rivière - Esther Kinsky

Fleuves
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   "Nous promenons notre cœur aux mauvais endroits. Je m'en suis avisée au bord de chaque fleuve, et tout particulièrement de l'Oder."
   

   Une femme s'installe "dans un appartement sommairement agencé où [elle]allait poser [sa]vie pour un temps." dans la banlieue de Londres, près d'une rivière.
   
   D'elle, nous ne connaîtrons pas grand chose, ni son nom, ni son âge. Elle semble être dans un entre-deux à la fois temporel et spatial, à la marge de la ville, côtoyant des gens à peine insérés dans la société. Elle arpente la campagne, photographiant à l'aide d'un appareil instantané, suivant les rivières; pérégrinations où lui reviennent parfois des souvenirs, tous liés à des cours d'eau étrangers, en Italie, en Inde , en Israël, dans les pays de l'Est de l'Europe.
   
   Fleuve frontières, fleuves abolissant les frontières entre l'eau douce et la mer,"fleuve infusé de morts"(le Gange), elle les décrit avec une extrême précision, empreinte de poésie.
   
   Quelques rencontres fugitives, quelques évocations oniriques, facétieuses ou dramatiques de scènes urbaines ou de nature, apparitions fantasmatiques (le Roi des Corbeaux), créent un climat étrange et fascinant où revivent parfois certaines activités économiques du passé.
   
   Cela donne un texte au rythme lent, à la langue exceptionnelle (bravo au traducteur), qui peut parfois perdre son lecteur, mais qui offrira à qui acceptera de se laisser envoûter une magnifique expérience de lecture.
   
   391 pages piquetées de marque-pages.
   
   Extrait:
   "Au terme de bien des années, je m'étais détachée de la vie que j'avais menée dans la ville, comme nous découpons aux ciseaux une partie de paysage ou d'un portrait de groupe. Navrée du dégât que j'avais ainsi causé à l'image que je laissais derrière moi, et ne sachant trop ce qu'allait devenir le fragment découpé, je m'installai dans le provisoire, en un lieu où je ne connaissais personne dans le voisinage, où les noms des rues, les odeurs, les vues et les visages m'étaient inconnus, dans un appartement sommairement agencé où j'allais poser ma vie pour un temps."

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critique par Cathulu




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Au fil de l'eau
Note :

   " Ici les gens sont solidaires, même les maisons adossées les unes aux autres ont appris à se serrer les coudes."
   

   La narratrice quitte son ancienne maison par un petit matin bleu pour un appartement à l'est de Londres, sommairement agencé, où elle va poser sa vie pour un temps. Elle se promène au bord de la rivière Lea affluent de la Tamise et nous entraîne à la rencontre des oiseaux, des buissons et des arbres, le long des sentiers de promenade elle vagabonde dans des quartiers abandonnés, des usines désaffectées, des terrains vagues, des étendues sauvages.
   
   Des petits fragments du monde fixés sur la pellicule, des souvenirs, des moments de sa vie saisis par l'objectif l'emmènent au fil de l'eau du Rhin, le fleuve de son enfance, au Gange à Calcutta, en passant par l'Oder fleuve frontière, le Saint Laurent à l'est du Canada, la Neretva en Croatie, la Tisza au nord de la Hongrie, un voyage à la rencontre des habitants, de personnages atypiques, des commerçants et des artisans, des cultures et des coutumes.
   
   Un roman qui serpente le long des cours d'eaux, ruisseaux, rivières, fleuves, une écriture précise et poétique avec un talent de la description hors du commun pour nous conter les paysages, les couleurs, que ce soit une usine éventrée, une terre en friche, un marécage nauséabond, les plages de Tel Aviv ou le cours du Rhin qui porte sur son dos toute la vie errante des péniches.
   
   A chaque page on ressent la présence de l'eau toute proche. Un roman qui coule doucement, mais laissez-vous entraîner au fil du courant porté par une langue magnifique.

critique par Y. Montmartin




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