Lecture / Ecriture
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Par le vent pleuré de Ron Rash

Ron Rash
  Un pied au paradis
  Serena
  Le monde à l'endroit
  Une terre d'ombre
  Incandescences
  Le Chant de la Tamassee
  Par le vent pleuré

Ron Rash est un auteur américain de poèmes, de nouvelles et de romans né en 1953.

Par le vent pleuré - Ron Rash

Tension
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   Le dernier roman de Ron Rash promène le lecteur entre passé et présent, 1969 et 2015 entre souvenirs du dernier été de l'enfance et l'actuelle réalité qui demande des comptes.
   
   La plongée dans la fin des années 60, nous fait découvrir l'expérience que vont vivre deux frères, Bill l'aîné et Eugène le cadet, celle du vent de liberté et de rébellion qui souffle et de la jeunesse éclatante.
   
   1969, l'année folle où les hippies croient encore au pouvoir des fleurs mais comptent aussi sur l'aide de la drogue, de l'alcool et des médicaments.
   
   C'est dans cette ambiance nouvelle dans une Amérique très puritaine que nous entraîne le récit.
   Eugène et Bill prennent leurs premières bières au bord de la rivière tout en pêchant la truite. Ils vivent avec leur mère sous l'autorité du grand-père paternel, seul médecin de la petite ville de Sylva en Caroline du Nord.
   
   Bill est promis à un brillant avenir dans la médecine, son grand-père surveille de près ses études et les finance. Tout comme Eugène, mais lui est plus rêveur même s'il admire son frère.
   
   Lors de leur partie dominicale habituelle, ils font la connaissance de Ligea, jeune fille très libérée, elle connaît le sexe, boit de l'alcool, fume de l'herbe et aime ça; elle aime aussi prendre quelques médicaments pour planer. Fascinées par elle, ils succomberont tous les deux à leur façon et braveront, pendant l'été ultime de leur enfance, tous les interdits.
   L'été se termine par une séparation au goût amer pour chacun puis la vie continue.
   
   Mais 45 ans plus tard, resurgit l'ombre de ce dernier été au bord de la rivière. Les restes d'une jeune fille disparue et que les pluies incessantes ont fait remonter à la surface.
   Ligea revient cette fois hanter la vie de Bill et Eugène.
   Que s'est-il vraiment passé ? Ligeia devait quitter la petite ville de Sylva. Pourquoi la police pose-t-elle toutes ces questions à Eugène ?
   Les deux frères, fâchés, vont se confronter une dernière fois à la vérité et découvrir les secrets que chacun a enfouis.
   
   Ron Rash signe là un roman noir court et intense sur l'adolescence et le cours que prend la vie malgré soi. Il interroge sur la cruauté de nos actes, sur la recherche du pardon, sur les jeux de l'enfance et sur l'éternelle rédemption.
   
   Pour Bill, l'été 1969 sera noyé par les études et la réussite professionnelle. Pour Eugène, toujours futur écrivain, c'est dans l'alcool qu'il a noyé ses douleurs et se fêlures.
   
   Le roman est très prenant, parce que le lecteur sait que le narrateur, Eugène, va nous raconter une histoire dont on connaît la triste fin.
   
   C'est étouffant comme cet été et on ne lâche pas ce roman à l'écriture soignée et à la lenteur dont Ron Rash signe son œuvre.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Un ange est passé, un peu maudit
Note :

    45 ans séparent la rencontre de Ligeia et des frères Bill et Eugene dans une bourgade des Appalaches, en Caroline du Nord, et la découverte des ossements de cette dernière. Elle avait dix-sept ans et su tourner la tête aux deux frangins sous la coupe de leur grand-père médecin et notable local, peu enclin aux nouveautés de la fin des sixties, ni en musique ni en libertés.
   
    Ligeia est presque un archétype, celui de la jeune fille moderne et qui se lance à corps perdu dans les expériences toute fraîches. Dame, c'est bon de vivre cette époque du presque tout est permis. Manque un peu de jugeote la Ligeia. Et là intervient mon inamovible couplet sur la similarité entre la rébellion et la convention. A savoir que des milliers de jeunes crurent se singulariser en faisant appel à la chimie des paradis artificiels et tombèrent vite, très très vite pour certains, dans la triste banalité des chambres d'hôtel d'où l'on ne se réveille guère. Fin d'aparté.
   
    Ron Rash n'a besoin que de 200 pages pour aller à l'essentiel. A savoir que c'est un peu un ange exilé qui a bouleversé la vie des frères. "L'ange exilé" (Look homeward Angel) est aussi le titre du roman posthume de Thomas Wolfe, auquel "Par le vent pleuré" (The Risen) fait référence. Thomas Wolfe est une icône de la littérature américaine que peu de gens ont finalement lue. Je vais quant à moi essayer de pallier cette carence.
   
    Ce n'est pas vraiment la rivalité ni la jalousie qui vont dégrader la fratrie au contact de la très libérée Ligeia. Plutôt une différence d'appréciation peut-être due aux quelques années qui les séparent. Au bout du compte, quarante ans plus tard, l’écart entre les deux frères ne s'est plus jamais réduit jusqu'à leur mise en cause concernant l'éventuel meurtre de la jeune fille. Bill est un chirurgien réputé, engagé socialement, bon père de famille. Eugene est un écrivain qui n'a pas écrit grand-chose, alcoolique en rupture avec sa femme et sa fille. Caïn et Abel en quelque sorte.
   
    Comme bercé pas les effluves rock de Jefferson Airplane ou Moby Grape, et moi, rien que de lire ces noms dans un roman m'emporte déjà, le beau récit de Rash, sans être inoubliable, instille une petite musique qui m'a touché, de celles qui sinuent tout au long d'une vie, la mienne, ou celle de ces deux frères tous deux brisés, chacun à sa manière. Le fait que ce soit complètement ma génération n'y est bien sûr pas étranger.
    ↓

critique par Eeguab




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Superficiel
Note :

    "A-t-on jamais vu un écrivain qui ne picole pas ?"
   

   1969. Les Appalaches. Bill et Eugene, deux frères encore adolescents, vivent sous l'emprise de leur grand-père, un médecin dur et manipulateur. Leur existence va prendre un tour nouveau l'été de cette même année lorsqu'ils font la connaissance de la belle Ligeia, qu'ils surnomment la "sirène", tant elle les attire. Bill prendra cependant assez rapidement ses distances avec cette fille accro aux médicaments, mais pas Eugene, toujours plus avide de sensations (alcool, drogue, sexe...). Jusqu'à la disparition brutale de Ligeia.
   
   Bien des années plus tard, Bill est devenu chirurgien, Eugene écrivain alcoolique et raté. Ils ne s'entendent plus guère. Et voilà qu'on découvre les ossements de Ligeia, drainés par la rivière...
   
   Ronrashette convaincue, j'avoue être malgré tout restée sur ma faim avec ce roman assez court et trop facile. L'histoire est prévisible (j'ai compris le pourquoi du comment assez vite et pourtant je ne suis pas Einstein), la rivalité entre les deux frères pas assez creusée et les personnages dans leur ensemble un peu superficiels. Ron Rash m'a habituée à davantage de tension, à une psychologie plus fine dans ses romans précédents. Ici, tout va trop vite, on reste à la surface, la nature est vite évoquée, simple toile de fond, un peu de pêche, un poil de rivière (un comble avec cet auteur !) et on ne s'attache guère aux personnages. Ligeia, en particulier, m'a paru d'un seul bloc, de même qu'Eugene et le grand-père, mauvais jusqu'au bout sans varier d'un iota.
   
    Bon ce n'est pas grave, l'ensemble se lit bien, l'écriture de Ron Rash est toujours fluide et agréable, le titre poétique (on comprend son sens à la lecture du livre, pas de panique, au début je me suis dit c'est quoi cette traduction qui ne veut absolument rien dire) je reste une Ronrashette qui attend le prochain chef-d’œuvre.
   
    "Et donne-moi une fin heureuse, a ajouté Ligeia, dont le sourire s'est évanoui, parce que dans la vraie vie ça ne risque pas d'arriver"

critique par Une Comète




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